opus hominis 1

Genre : Drame, horreur, trash, expérimental (interdit aux - 18 ans)

Année : 1998

Durée : 12 min

 

Synopsis :

Dans une ferme de la campagne allemande, c'est le départ pour une vache de quitter son enclos à destination de l'abattoir où elle y finira sa vie pour se retrouver sur les étalages des boucheries.

 

La critique :

Il y a de ça quelques jours, je décidais de relever un nouveau défi qui fut de chroniquer un film de l'une des égéries du cinéma trash actuel : Marian Dora. Un allemand qui a su, à force de ténacité et d'idées novatrices, se forger une solide réputation, comptant bien nombre de laudateurs adeptes du transgressif et de la contre-culture. En effet, à l'instar de Karim Hussain, Dora cultive cette capacité de mêler l'horreur pure avec un macabre lyrisme. Par la création d'ambiances soignées et mélancoliques, il apporte un second niveau de lecture à un genre généralement gouverné à noyer les cinéphiles sous un flot toujours plus continu d'exactions scandaleuses et d'ignominies où la dépravation est reine.
Si j'ai pu découvrir son univers avec le bouleversant Christian B, chroniqué par les soins de inthemood, c'est avec le déprimant Cadavericon que je m'attelais à la tâche après avoir décelé son existence version intégrale sur YouTube. Inutile de dire que sans ça, cette chronique n'aurait jamais vu le jour. Mais alors que cette histoire de courte durée allait en rester là, un autre arrivage se fit avec Opus Hominis, disponible depuis seulement 5 jours. 

Ayant eu vent de sa très bonne réputation et de son classement dans le célébrissime top 200 du blog, l'opportunité se tenait dans le creux de ma main. D'une ridicule durée de 12 min, la pellicule pouvait être visionnée aisément au beau milieu de la journée. Je me dirigeais toutefois sur le Net pour glaner quelques infos sur cette étrangeté. Manque de pot, aucune réelle information ne me parvint si ce n'est sa date de sortie et sa présence dans la fameuse anthologie The World of Marian Dora où il y officie avec bon nombre de courts métrages. Bref, aucune chronique disponible sur la Toile française. C'est toujours avec une certaine fierté que je suis fier d'être le premier à mettre en valeur des pellicules inconnues, quand bien même elles s'axent dans le genre de l'horreur et que, comme vous le savez, en termes de qualité cinématographique, j'ai un peu beaucoup de mal.
Cependant, après avoir pris deux claques, ma confiance était à son beau fixe. Enfin, j'avais trouvé un réalisateur exclusivement tourné vers l'horreur qui pouvait combler mes attentes avec Karim Hussain.

Opus hominis 2

ATTENTION SPOILERS : Dans une ferme de la campagne allemande, c'est le départ pour une vache de quitter son enclos à destination de l'abattoir où elle y finira sa vie pour se retrouver sur les étalages des boucheries.

Dans mon cas, fini la belle et macabre histoire d'amour de Christian B, finie la préparation mortuaire psychologiquement éprouvante de Cadavericon. Il n'est plus question de traiter l'être humain, sa vie après la mort qui est une thématique très appréciée de Dora. L'heure est à nos amis les animaux. Enfin, peut-on encore dire qu'ils sont nos amis ? Opus Hominis, où le réalisateur revêt une fois de plus les oripeaux de Marian D. Botulino, est nanti d'une histoire simple, axée sur le documentaire morbide. De nombreux documentaires d'investigation ont traité les dessous des abattoirs par le passé mais tous ceux-ci avaient en commun une retenue dans les images présentées. Seul le documentaire polémique Terriens présentait une réalité dérangeante.
Seulement, certains en ont critiqué l'aspect voyeuriste par le biais de la présence de nombreuses tortures sur animaux, ainsi que le propos trop engagé du réalisateur. Dans le cas de Marian Dora, son budget restreint l'empêche d'avoir de telles ambitions. Il a d'autres objectifs plus simples auxquels il rajoutera sa patte glaciale. Opus Hominis ne sera centré que sur un abattoir et une vache. Après son électrocution, c'est le protocole de base qui sera effectué sous nos yeux. On lui retirera sa peau car ça ne se mange pas, n'est-ce pas ? Les bouchers la décapiteront et lui fendront les pattes. Après quoi, l'éviscération et le démembrement auront lieu en bonne et due forme pour se retrouver sur l'étalage d'une belle bouchère en clap de fin. 

Quand je le disais que la trame était d'une simplicité enfantine. Seulement, ce qui aurait pu n'être qu'un énième documentaire glorifiant le végétarisme et tançant les carnivores, va bien au-delà de ça. Il n'est pas question pour Dora de rudoyer quiconque ou attendrir les spectateurs à cette noble cause. Opus Hominis va fonctionner comme un documentaire nanti d'une neutralité faisant froid dans le dos. La caméra se balade, sans quelconque censure, sur les actes post-mortem des employés pour préparer au mieux la viande. Si cette vérité est connue de tous, l'impassibilité des bouchers fait froid dans le dos tant leur rythme mécanique ne traduit aucun sentiment envers le fait d'ôter la vie à un animal. L'abattoir, plongé dans une lumière austère, illustre un enfer légalisé, posant un constat que, en fin de compte, nous nous faisons nous-même. Un être vivant aussi évolué a-t-il le droit de tuer pour son propre plaisir gustatif des êtres innocents et élevés pour être servis en steak, entrecôte ou carpaccio ?
Ce qui est génial avec Opus Hominis est que sous sa réalisation tout à fait classique, il fait naître chez le cinéphile des questionnements sans y répondre. C'est à lui seul d'y répondre et de faire ses choix pour l'avenir. Pas de jugement, pas de pitié et autres lamentations, pas de rage. Seulement, la vérité et rien que la vérité.

Opus hominis 3

L'amateurisme type du cinéaste est toujours présent. Une vieille caméra à l'image quelque peu floue, des environnements lugubres où toute joie ne semble jamais avoir frôlé ces lieux. La mise en scène se montre assez approximative mais cela vient plus du choix de tourner un documentaire. Vous vous douterez aussi que les effets spéciaux ne seront pas de la partie. La mort est réelle. Les plans sur les abats sont réels, ainsi que sur la tête de vache aux yeux d'un noir infernal. Ce noir symbolisant la vie qui lui a été prise de manière non naturelle. La bande son se montre beaucoup plus glauque que d'accoutumée. Pas de mélodie, juste de longs et lents bruitages industriels.
La question de l'interprétation des acteurs ne sera pas d'application vu qu'il n'y en a tout simplement aucun. Les bouchers vaquant à leurs occupations, les fermiers pareillement et la vache ben...

Comme nous le savons tous, notre monde est de plus en plus soumis aux questions liées à notre mode de consommation frugal. Jamais encore dans l'histoire de l'humanité, les débats n'ont autant fleuri. Ceux-ci ne trouvent pas seulement écho sur la question de la souffrance animale mais aussi, et surtout, à l'écologie et à une démographie galopante. L'heure est aux réflexions sur l'environnement et la viande est un domaine usant d'énormément d'eau pour être produite, en plus d'impacter sur la topologie car, pour répondre aux besoins grandissants de l'homme, il faut plus d'élevages, plus d'enclos donc plus de champs et de prairies et, fatalement, plus d'espaces verts à exploiter. Même si je reconnais être un adorateur de la viande, on ne peut faire la sourde oreille sur ce qu'il se passe actuellement.
Tout le monde s'accorde à dire qu'il faudra faire des concessions dans le futur, manger moins de viande, privilégier les légumineuses. En l'espace de 12 misérables minutes, Opus Hominis parvient à créer chez le spectateur une introspection sur lui-même, sur son comportement et son implication dans l'industrie alimentaire. Et tout ça juste en filmant avec une impartialité record une vache subir le processus minutieux qui lui est accordé en abattoir. Après, le court-métrage n'est pas trash et l'interdiction aux moins de 18 ans ne provient que de sa présence dans le coffret Marian Dora aux côtés des pellicules les plus outrageantes de son auteur. Donc, à défaut de propager des clips grotesques, émotionnels et putassiers, j'inviterai les végétariens, végétaliens et autres activistes à prendre exemple sur Opus Hominis pour interpeller l'opinion publique et faire changer les mentalités. De toute façon, tôt ou tard, il faudra changer notre mode d'alimentation. 

 

Note :  ???

 

 

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