melancholy der engel

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2009
Durée : 2h38

Synopsis : Un voyage dans les profondeurs émotionnelles troublée de passion, de vengeance et de désir de mort. Un film sur la folie, la cruauté et la poésie qui laisse le public dans l'incrédulité pure...  

 

La critique :

Certes, le cinéma extrême et underground germanique peut s'enorgueillir de posséder de solides arguties dans sa besace. Des films tels que Black Past (Olaf Ittenbach, 1989), The Burning Moon (Olaf Ittenbach, 1992), Violent Shit (Andreas Schnaas, 1989), ou encore Barricade (Timo Rose, 2007) ont permis d'ériger leurs auteurs iconoclastes (principalement Olaf Ittenbach, Andreas Schnaas et Timo Rose) au zénith de leur outrecuidance, défiant par ailleurs le courroux et les admonestations bilieuses de la censure. Néanmoins, un autre metteur en scène allemand peut s'enhardir de détenir la couronne hiératique et sérénissime de ce cinéma déviant et impudent.
Son nom ? Marian Dora. Certes, à l'instar de ses augustes devanciers, lui aussi affectionne le cinéma bis et "Z".

Le cinéaste n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le style et la filmographie de Sergio Martino. Mais Marian Dora, c'est aussi un agrégat de références éparses qui s'accointent à la fois avec la philosophie de Nietzche, la psychanalyse freudienne, la littérature du Marquis de Sade et les cinémas conjugués de Ruggero Deodato (notamment Cannibal Holocaust) et de François Truffaut. Pour l'anecdote futile, le film favori de Marian Dora s'intitule La Chambre Verte (François Truffaut, 1978), une pellicule qui se distingue (c'est un doux euphémisme !) de la filmographie harangueuse, bouillonnante et souvent sadique de Marian Dora.
En outre, le réalisateur germanique s'est, de prime abord, illustré via plusieurs courts-métrages, notamment Cadavericon, Carnophage, Christian B., Der Puppenschänder, Subcimitero, ou encore Sane Impression.

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Ainsi, au fil des années, les thuriféraires du cinéma trash et extrême se sont coalisés pour encenser, aduler et adouber le style de Marian Dora. En l'occurrence, ces derniers vénèrent son cinéma irrévérencieux, ainsi que sa diligence pour une mise en scène à la fois âpre, clinquante et cérémonieuse. Marian Dora escompte également quelques longs-métrages dans une filmographie plutôt prolifique. Ses fans les plus patentés n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Cannibal (2006), Reise Nach Agatis (2010), Debris Documentar (2012), Carcinoma (2014), ou encore le segment "Mors in Tabula" pour le film The Profane Exhibit (2013).
Vient également s'agréger Melancholie Der Engel, sorti en 2009, et qui représente, selon les laudateurs de Marian Dora, la quintessence du style du cinéaste.

Evidemment, il s'agit d'une production indépendante qui n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures et pour cause... Puisque Melancholie Der Engel est interdit aux moins de 18 ans en raison - entre autres - de séquences explicites de violences sexuelles ; sujet sur lequel nous reviendrons ultérieurement. A contrario, le métrage s'est illustré dans divers festivals, notamment à New York et à Berlin, remportant par ailleurs plusieurs récompenses éminentes. La distribution du film se compose de Frank Oliver, Martina Adora, Margarethe Von Stern, Zenza Raggi, Patrizia Johann, Peter Martell, Janette Weller et Bianca Schneider. En l'occurrence, procéder à l'exégèse de Melancholie Der Engel est un exercice pour le moins déroutant tant le film est ésotérique, mystique, voire amphigourique.
Toutefois, quitte à être à la fois succinct et péjoratif, Melancholie Der Engel s'apparente à un voyage dans les profondeurs émotionnelles troublée de passion, de vengeance et de désir de mort. 

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Il s'agit donc d'un film sur la folie, la cruauté et la poésie qui laisse le public dans l'incrédulité pure... Tout du moins, c'est le synopsis le plus laconique que l'on trouve sur la Toile. En vérité, sur le fond, Melancholie Der Engel pourrait presque s'apparenter à une suite en nettement plus mystique et désenchantée de La Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973) tant certaines accointances sont évidentes. A l'instar du film putride et mortifère de Marco Ferreri, Melancholie Der Engel s'appesantit lui aussi sur des festivités organisées par deux amis qui dérivent prestement vers les parties d'agapes et de priapées. Dans cette litanie de dépravations, des animaux sont carrément crucifiés, strangulés, égorgés, saignés et tortorés sous les rires sardoniques et les quolibets de leurs tortionnaires.
Le consumérisme plantureux et écervelé a encore franchi une étape supplémentaire vers l'ignominie et la décadence.

Ainsi, la "fiesta" (vraiment un terme à minorer et à guillemeter...) se transmute en série de bacchanales avec des séquences formelles de nécrophilie, de zoophilie, ainsi que de viols collectifs. Pour ceux et celles qui gourmandent et abhorrent les tortures pratiquées sur les animaux, merci de quitter promptement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates... Corrélativement à ces fourberies et à ces bestialités frénétiques, Marian Dora se polarise également sur cette dichotomie entre ces parties de débauche et de luxure et une série de lithographies catholiques et oecuméniques.
Indubitablement, pour Marian Dora, l'individu occidental s'est sciemment éloigné de la religion et s'est donc fourvoyé dans le péché d'hédonisme et de concupiscence. Désormais, c'est un ciel à la fois luminescent et contristé qui assiste à notre propre déréliction. 

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C'est sûrement la raison pour laquelle Marian Dora insiste aussi lourdement sur cette figure christique en désuétude qui scrute amèrement cet état d'affliction et d'abjuration de nos âmes. En résumé, le mal et le péché se sont emparés de notre for intérieur. Si l'eudémonisme reste l'un des principaux leitmotivs de cette décrépitude, pour Marian Dora, c'est surtout cette apostasie catholique qui serait à l'origine de ces moeurs crapuleuses. Selon Marian Dora, cette dégénérescence préfigure, avec le temps, l'une des ultimes absoutes de l'Humanité ; au mieux le déclin d'une civilisation occidentale obnubilée par ses propres avidités. De facto, on comprend beaucoup mieux la sémiologie et l'intitulé du film, donc Melancholie Der Engel ; ainsi que la démonstration, pour le moins fougueuse et virulente de Marian Dora, tant les exactions commises dépassent les tabous ultimes et séculaires décrétées depuis des lustres par l'Humanité.

Mais Melancholie Der Engel, c'est aussi ce schisme infrangible entre la primordialité d'une nature indicible, ce lyrisme désenchanté et l'âpreté des actes commis par nos bourreaux d'infortune. Certes, ces derniers ont perdu leur âme et se sont noyés dans des géhennes profondément tourmentées. Paradoxalement, ces personnages en déliquescence recherchent, bon gré mal gré, une certaine quiétude de la part de cet empyrée céleste. Ce n'est pas aléatoire si Melancholie Der Engel est souvent considéré comme un chef d'oeuvre fuligineux et auteurisant.
Personnellement, je lui préfère pourtant Cannibal (précédemment susmentionné dans ses lignes). En effet, nonobstant ses qualités de mise en scène indubitables (entre autres, cette luminosité prégnante et ses couleurs chatoyantes), Melancholie Der Engel n'est pas exempt de tout reproche. 

En premier lieu, la longueur astronomique du film (presque deux heures et quarante minutes de pellicule tout de même !) finit par estourbir le spectateur médusé sur la durée. La démonstration de débauche, ainsi que cette césure inextinguible entre cette défection du christianisme et l'apogée de notre eudémonisme, est sans doute un peu trop rébarbative et grandiloquente. Par exemple, était-il absolument indispensable de s'étendre aussi impunément sur cet homme entièrement dévêtu qui sommeille quelque part dans la forêt et à proximité d'un félin crucifié ?
A raison, les âmes pieuses argueront probablement en faveur d'une saynète sulpicienne. Tel est sans doute, par ailleurs, la principale aspérité de Marian Dora... A savoir que la principale crise de notre civilisation occidentale serait avant tout d'ordre mystique et spirituelle, avec toutes les conséquences délétères que cette résipiscence engendre et génère... Il faudrait donc être particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner et reconnaître la puissance et l'essence d'une oeuvre telle que Melancholie Der Engel. Indiscutablement, une telle oeuvre cinéphilique mériterait sans doute une analyse beaucoup plus vétilleuse pour appréhender son message, souvent nébuleux en l'occurrence.
Enfin, si quelqu'un a compris quelque chose à ce film et à cette chronique, qu'il me téléphone de toute urgence...

 

Note : 14/20

 

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