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Genre : Thriller, horreur, gore, trash (interdit aux -1 6 ans)

Année : 2013

Durée : 1h12

 

Synopsis :

Encore bouleversé par la mort de sa mère, un homme est hanté par des cauchemars. Il est persuadé que Dieu lui a donné l'ordre de s'occuper de tous les pécheurs.

 

La critique :

Aux habitués du blog qui me suivent depuis un moment, vous devez sans doute savoir que je n'ai jamais été le chroniqueur ayant su bouleverser votre délicat estomac plus ou moins endurci. La raison étant que mon endurance n'est pas au niveau des piliers indéfectibles de Cinéma Choc et que je reconnais ne pas être un laudateur absolu du cinéma extrême. Si je suis ouvert à tous les genres possibles du Septième Art, je dois avouer que le drame et le thriller sont mes petits péchés mignons. A cela vous pouvez rajouter les films borderline typés expérimental/inclassable que j'ai pu vous fournir depuis mon avènement. Même si j'ai pu toucher à tous les styles de chronique possibles (films extrêmes y compris), le fait de ne pas toujours officier dans l'horreur découle d'une crainte d'un genre trop malmené par les plus gros tâcherons du système solaire. Seulement voilà, comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, je me suis dit que pourquoi ne pas proposer plus fréquemment des films qui tâchent, qui peuvent donner quelques sueurs froides à certains. S'il est un peu tard pour l'annoncer au vu des chroniques précédentes, 2019 sera l'année d'un renouveau pour Taratata s'engageant à abreuver davantage le blog de trash et, en parallèle, d'expérimental. Bien sûr, je ne garantis pas fournir les pires saloperies de l'histoire du cinéma.
Mais ne vous inquiétez pas, je resterai quand même fidèle à mes fondamentaux même s'ils seront un peu plus éclipsés. 

Ceci étant dit, nous pouvons entrer plus en détail dans le vif du sujet. Si je parle d'un pays nommé Allemagne, aucun doute possible que les adulateurs de tripailles et de sang à satiété manifesteraient un engouement bien réel. A plusieurs reprises, ce pays a su se démarquer sur la scène underground par le biais de réalisateurs quelque peu secoués. Jorg Buttgereit, d'abord, qui a offert au monde le controversé diptyque Nekromantik et d'autres métrages un peu moins probants. Andreas Schnaas, Heiko Fipper et Olaf Ittenbach sont également des incontournables. Cependant, la palme est à remettre au célébrissime Marian Dora jouissant d'un véritable culte dans le milieu. Etat de fait entièrement mérité à mon humble avis après avoir visionné trois court-métrages du bonhomme.
Ceci dit, aucun de ces cinéastes ne sera mis en avant avec moi aujourd'hui car c'est à Philip Lilienschwarz que je ferai l'honneur aujourd'hui. Un nom sans doute totalement méconnu et pour cause, il n'a réalisé jusqu'à présent qu'un seul et unique film en la personne d'Absolutio - Erlösung Im Blut. Dans la langue de Shakespeare, on traduira par "Absolution - La rédemption par le sang". Tout un programme peu ragoûtant. Un film que j'ai découvert par hasard au détour d'une liste SensCritique sur les films politiquement incorrects. Au vu de la lyrique pochette, c'était avec une pointe d'appréhension mâtinée de curiosité que j'enclenchais le visionnage. 

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 ATTENTION SPOILERS : Encore bouleversé par la mort de sa mère, un homme est hanté par des cauchemars. Il est persuadé que Dieu lui a donné l'ordre de s'occuper de tous les pécheurs.

Une fois n'est pas coutume, ma surprise fut que, après moult recherches, aucun blog ou site français n'abordaient plus en détails ce film. Vous aurez compris qu'il n'y avait aucune chronique en français pour voir divers avis. Même les sites de pointe ultraspécialisés ne le mentionnaient pas. Une seule solution : m'affronter à des reviews rédigés dans la langue de Shakespeare ou, forcément, de Goëthe. En soit, j'étais habitué à cet état de fait depuis quelques temps. Seulement, une problématique supplémentaire, à mon goût très désagréable, va se rajouter lorsque je me rendis compte que le site de référence Wipfilms ne me proposait aucun sous-titrage.
Mes tentatives de trouver une version VOSTA ailleurs furent tuées dans l'oeuf. C'est donc à l'aveugle que je m'attaquais à ce fameux Absolutio sans comprendre un traître mot de ce qu'il se racontait. Tout au plus, je comprenais deux ou trois mots très proches du français mais mes connaissances allemandes se résumèrent à "bier", "achtung", "wurst", "ich liebe dich", entre autres. Avec l'aide d'un site anglais détaillant l'histoire et le synopsis français acquis sur SensCritique, l'épreuve fut, tout compte fait, assez abordable. Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Jesaja (en anglais Isahia) est un homme comme tant d'autres, sans histoire, vouant une piété admirable à la chrétienté, son prénom renvoyant immanquablement à la Bible. En parallèle, sa mère est hospitalisée. Au mieux, nous dirons que sa vie est morne, sans saveur. Il n'a pas de femme, pas d'enfants et ne semble pas non plus avoir d'amis. Sa seule compagnie étant sa vipère de soeur désireuse d'acquérir le plus possible de l'héritage laissé.

Profondément introverti, il se parle souvent à lui-même. Lorsque sa mère meurt, sa vie s'écroule. Son seul réel lien d'amour avec l'humanité est balayé par la Faucheuse le laissant désormais seul. Sa solitude due à la perte de sa profonde relation d'amour maternel va altérer sa santé mentale. Il est convaincu que Dieu lui a adressé le boulot d'exercer le jugement divin sur les pécheurs. Bien sûr, ce message du Très Haut n'étant qu'une fabulation de son inconscient, on est en droit de se poser quelques questions sur une folie engloutissant de plus en plus Jesaja. Lilienschwartz va se permettre une audacieuse approche dans son traitement des chrétiens. Pour lui, le refuge dans la religion ne protège pas du mal, de la souffrance, du malheur frappant sa famille.
L'homme reste avant tout un animal incapable de se libérer de ses pulsions de violence inhérentes à lui-même. Il est le fruit d'une évolution dans l'adversité et la survie à tout prix. La chrétienté ne protègera pas non plus sa conscience. Avec la mort de sa mère, une haine animale naquit, cachée sous le masque factice d'une hypothétique justice divine prompte à punir les pécheurs, ceux jouissant des sept péchés capitaux. Est-ce une colère incontrôlable germant dans le coeur de Jesaja pour se venger de la mort de sa mère ? A ses yeux, sa mère, pure dans son âme, ne méritait pas de mourir, en comparaison des pécheurs. Sa rancoeur proviendrait sûrement de ce dernier point cité. 

 

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Une revanche est à prendre. Jesaja se voit comme l'arme de Dieu et, partout autour de lui, le péché est présent. Tous les gens sont mal et vivent dans l'erreur et le détournement des règles divines. A défaut de juger l'humanité, son courroux va s'abattre sur plusieurs personnalités de son entourage. Tout d'abord, et de manière surprenante, une femme qu'il ne connaît pas mais qu'il doit s'imaginer comme impure. Son voisin aux moeurs débridées sortant d'un divorce et nouant déjà un flirt sera dans son collimateur mais aussi son avocat trompant sa femme et bien sûr sa soeur. Malheureusement, Absolutio va rapidement montrer ses faiblesses après des débuts prometteurs.
Tout d'abord, tout ce que j'ai cité ici n'est qu'une seule trame évoluant en parallèle avec une autre histoire dont on se fout éperdument, narrant l'histoire d'un homme du syndicat du crime quittant le métier en voulant démarrer une nouvelle vie après avoir appris qu'il avait une soeur dont il ne connaissait pas l'existence. Seulement, en arrivant sur les lieux, il se rend compte que celle-ci a disparu. Le problème de ce choix scénaristique est que nous nous éloignions des pensées torturées de Jesaja, alors que le choix le plus judicieux aurait été de n'adopter que son point de vue. Ce changement de storyline casse le rythme tortueux que nous étions en droit d'attendre. 

Secundo, comme la pochette le laissait présager, nous pensions assister à un film pour le moins trash, si ce n'est extrême. La douche froide jaillit quand on se rend compte que les scènes outrageantes ne sont pas aussi nombreuses que ce que l'on s'imaginait au départ. Du coup, malgré les 72 minutes, certaines longueurs se feront ressentir lors de passages inutiles. Pour contrebalancer, Lilienschwartz aura au moins le mérite de nous offrir, en dépit d'un faible budget, des séquences sanglantes solidement retroussées avec des effets spéciaux surprenants de crédibilité. La femme du bar sera peut-être celle qui prendra le plus cher vu qu'elle subira une énucléation, un arrachage violent de la peau du crâne (fini les permanentes pour elle) avant le fatality au marteau sur sa tête méconnaissable. Il serait inutile de faire un listing complet des tortures pour chaque personnage, alors je tâcherai d'être générique en mentionnant un pied coupé à la scie, un homme égorgé comme une truie, des scarifications sévères, une extraction d'intestins. La meilleure séquence sera celle qui illustrera la pochette voyant ces fantasmagories de Jesaja éventré dans une salle baignée d'entrailles. Néanmoins, si l'on rassemble toutes ces scènes, le pedigree n'est pas de taille pour se mesurer à une interdiction aux moins de 18 ans en bonne et due forme, sans compter qu'aucune séance à caractère sexuelle n'est présente.
Pour finir, la fin est pour le moins grossière, voyant notre Jesaja finir le crâne fendu en deux à la hache par l'ex-truand. 

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Histoire de finir sur une note optimiste, je parlerai du visuel du film tout bonnement ravissant. L'image est lisse, aux moult couleurs la rendant stylisée. On apprécie les plans sur la ville, la nature et l'église. Bon, il est vrai que la mise en scène très amateur se fait ressentir dans la manière de tourner certaines scènes. Pourtant, Lilienschwartz nous offrira des scènes rondement bien menées, à l'image du terrifiant Jesaja poursuivant la femme dans les rues. Même si ça a été dit auparavant, toutes les scènes dans l'antre inquisitrice du serial-killer seront largement convaincantes. En parallèle, on se serait passé d'une séquence dans une rue marchande avec le plan bien frappant sur le magasin Zara. Une petite chose qui pourra lâcher un sourire moqueur.
Niveau sonore, Absolutio sait utiliser de bonnes sonorités sourdes. Et pour finir sur les acteurs, on sera conquis par la très bonne interprétation de Jesaja par Stefan Vancura. Seul regret, ce choix d'opter régulièrement pour les discours intérieurs du meurtrier en voix-off, cassant certaines séquences qui auraient pu être d'un meilleur rendu s'il n'y avait aucune parole. Pour les autres acteurs hors séances de torture, c'est l'insipide qui prédomine. Norman Sonnleitner dans la peau de Marc le truand est à s'endormir. Pareillement pour Lucy, la colocataire de sa soeur, qui est tenu par Caroline Betz.

C'est avec une pointe d'amertume que je finissais le visionnage d'Absolutio après avoir passé une journée de merde liée à un problème de carte bancaire. Bien dommage quand on sait que le potentiel était là pour faire du métrage un chef d'oeuvre confirmé si certains choix de très mauvais goût n'avaient pas fait leur apparition. Le plus gros problème est à imputer au déroulement scénaristique lui-même avec l'illogique choix de deux histoires convergeant vers la fin. Tout réalisateur un minimum professionnel sait qu'il faut se focaliser le plus possible sur le psychopathe pour mieux retranscrire sa folie. Bien dommage quand on voit le charisme de Vancura.
Et puis, le problème survient aussi du fait qu'Absolutio est radin sur le trash. Du coup, sa difficulté d'accès s'en ressentira fortement car, d'un côté, il sera trop viscéral pour les amateurs de thrillers plus conventionnels et, de l'autre, il sera trop sage pour les gourmands d'hémoglobine et de tortures en tout genre. Mais bon, on se plaira à voir un tueur bien différent de ce que l'on peut voir en temps normal et avec lui des thématiques pour le moins intéressantes et prêtant à la discussion, quand bien même le film ne sera à recommander qu'aux férus absolus d'histoires de malades dangereux. 

 

Note : 11/20

 

 

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