Polisse

Genre : Drame 

Année : 2011

Durée : 2h07

 

Synopsis :

Les policiers de la brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris luttent contre les innombrables sévices subis par des mineurs : traque de pédophiles, appréhensions de parents soupçonnés de maltraitance, suivi d'adolescents pickpockets, adolescents en dérive sexuelle, protection de mineurs sans domicile, mineurs victimes de viol, etc. Plongés dans cet univers éprouvant, ces policiers très impliqués et soudés tentent de préserver leur vie privée et leur santé psychique. Une jeune photographe est envoyée faire un reportage photo dans l'unité chargée des affaires de mœurs.

 

La critique :

La perte de confiance envers le cinéma français n'est désormais plus une surprise. Celui-ci va mal, aussi bien d'un point de vue économique que dans l'esprit de l'opinion publique. D'abord, le modèle sur lequel il se base n'est guère viable, je dirais même qu'il est terriblement instable. Une personne du milieu le comparait à une bulle susceptible d'éclater à tout moment. Le financement par la télévision étant une réalité, celui-ci désire récupérer ses investissements pour faire passer les films financés par ses soins sur ses chaînes. On pourrait voir ces oeuvres comme des oeuvres destinées avant tout pour se retrouver sur la télévision. En soi, ce ne serait pas ça le pire, mais le fait que la France est championne pour la création de pellicules populaires qui ne fonctionnent pas, tout ça combiné à des financements abusifs (rappelons quand même que Supercondriaque, c'est 31 millions d'euros) et à une surproduction phénoménale de films financés. Autant dire que le cinéma français est loin de s'ébaudir d'un modèle viable. Ironie du sort, il se perd rarement des fortunes dans les films d'auteur en comparaison des films populaires. Mais qu'est-ce qui pourrait expliquer une telle fuite ?
L'aversion envers son cinéma est une réalité. Les diatribes typées "pfff du cinéma français" existent en bien grand nombre. Autre problème, le peu d'inspiration du pays mettant trop en avant le drame, la comédie et la comédie romantique. Ceci laisse peu de marge de manoeuvre pour ceux qui aimeraient visionner un autre genre. Et ce n'est certainement pas l'horreur et le gore qui seront appréciés et dispo en grand nombre.

Si je ne peux cacher ma nostalgie du vieux cinéma français, en particulier la Nouvelle Vague, je trouve nécessaire qu'il ne faille pas cantonner toute une époque à l'insipide. Et de nos jours, c'est du côté du film d'auteur que l'on retrouvera les pépites. Ces dernières années, plusieurs films ont été plébiscités par les cinéphiles dont celui d'aujourd'hui nommé Polisse, réalisé par Maïwenn à l'origine de titres tels Le Bal des Actrices, Pardonnez Moi et Mon Roi. Alors cantonnée à une popularité pas exceptionnelle, c'est avec Polisse, constituant son métrage le plus connu, qu'elle se taillera sa réputation. Pourquoi cette faute d'orthographe ? Tout simplement parce que... le titre qu'elle voulait n'était plus disponible, donc le mot original. Inspirée par la faute d'orthographe de son fils en écrivant le mot "police", on en arrive au résultat actuel. Petite parenthèse inutile terminée.
Pour en revenir à avant, au moment de sa sortie, le film remporte une grande popularité tant du côté de la population que des critiques spécialisées. Les récompenses sont élogieuses : prix du jury au Festival de Cannes (attribué par Robert de Niro, enchanté du visionnage) et 2 Césars, celui du meilleur espoir féminin et du meilleur montage. Souvent cité par les cinéphiles comme l'un des grands classiques des années 2010, il eut été logique pour moi de m'y intéresser davantage.

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ATTENTION SPOILERS : Les policiers de la brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris luttent contre les innombrables sévices subis par des mineurs : traque de pédophiles, appréhensions de parents soupçonnés de maltraitance, suivi d'adolescents pickpockets, adolescents en dérive sexuelle, protection de mineurs sans domicile, mineurs victimes de viol, etc. Plongés dans cet univers éprouvant, ces policiers très impliqués et soudés tentent de préserver leur vie privée et leur santé psychique. Une jeune photographe est envoyée faire un reportage photo dans l'unité chargée des affaires de mœurs.

Au moins, ce que l'on peut dire, est que nous avons droit à une thématique pour le moins osée en comparaison de la gentillesse du cinéma français actuel. Osé mais terriblement casse-gueule en raison d'un sujet extrêmement sensible. Représenter la véritable définition de chaos chez l'enfant n'est pas chose aisée, en termes de respect sur deux points précis : éviter le voyeurisme outrancier, ainsi que les mièvreries pathologiques pour tenter de tirer des larmes au spectateur. Procédé utilisé dans toutes les purges dramatiques où les cinéastes pensent qu'un bon drame est un drame qui fait couler des larmes. Maïwenn va nous amener dans les locaux sensibles de la BPM où chaque jour qui passe, des policiers au sang-froid se doivent de protéger des enfants victimes de la saleté du monde adulte.
En première ligne, souvent des jeunes filles, les êtres les plus sensibles et naïfs que les malades peuvent abuser comme bon leur semble. C'est bien celles-ci qui représenteront l'essentiel des enfants du récit. Au moins, Polisse plante le décor en débutant sur l'audition d'une jeune fille confessant au policier que son papa lui grattait les fesses en dessous de son pyjama. Le décor est planté, glauque à souhait devant l'acte indéfendable qui est de souiller l'être pur en début de vie, n'étant pas encore conscient de tous les travers infernaux et autodestructeurs de l'humanité. 

Tourné presque comme un documentaire, Polisse va suivre le travail et le quotidien de ces inspecteurs traquant les auteurs, les arrêtant et les auditionnant. Se devant de garder leur calme, on les voit souvent nerveux devant l'horreur des déclarations des criminels, prêts à bondir pour les massacrer si la loi leur permettait. Evidemment, officier dans un tel environnement n'est pas une sinécure et cela s'en ressent pour certains, embarrassés en dehors du travail, parfois prenant les affaires en cours comme une justice personnelle. Mais plus encore, ces policiers ne sont pas les personnes les plus intègres qui soient. Une misandre anorexique, une névrosée en pleine période de divorce, un mari badinant avec la jeune photographe envoyée pour suivre cette brigade dans ses expéditions. Cette photographe qui va afficher sous un angle nouveau ces individus, les immortalisant, faisant apparaître leurs problèmes et leurs doutes, prenant parfois des proportions grotesques.
Ceux-ci à cran n'hésitent pas à s'énerver sur les autres, parfois même devant les détenus médusés. Cette nervosité trouve aussi sa source dans des institutions policières à la ramasse financièrement. La BPM est mise sur le côté, juste bonne à faire de la paperasse, avec à sa solde seulement deux Peugeot d'occas' pour leurs interventions. C'est bien peu ! A plusieurs reprises, certains feront éclater leur rancoeur sur leur supérieur, véritable connard en costume cravate sans aucune connaissance du terrain. Une belle critique des institutions ! 

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Polisse n'expose pas de scénario principal, clairement prédéfini mais s'axe comme une sitcom de deux heures mettant en avant toutes les pires abominations que peuvent faire des humains s'arrogant le titre de "parent". Et à ce niveau, on en aura sous toutes les coutures. Une toxicomane qui fait tomber son bébé lors d'une dispute, une mère faisant des fellations à ses enfants pour les "calmer", un père pratiquant des attouchements sur sa fille au nom de l'amour paternel, un grand-père fétichiste ou des jeunes adolescentes aux moeurs débridées. L'une de 14 ans seulement tiendra un blog à consonance très pornographique où elle s'exhibe nue dans la plus totale normalité. Des histoires de plus grande envergure auront lieu comme cette descente de police dans un camp de Roms ou une mère SDF confiant son enfant à la police parce qu'elle refuse qu'il continue à dormir dans la rue avec elle.
Si vous vous dites avec tout ça que le drame coup de poing est d'actualité, vous avez tout faux, à mon plus grand malheur. Car, d'une part, Polisse est victime de son propre concept de film sitcom l'empêchant de développer suffisamment chaque personnage. L'ambition aurait été plus judicieuse d'en faire une série. Seconde problématique, Maïwenn focalise parfois trop son film sur les problèmes externes avec ce goût de ne pas suffisamment accorder d'importance aux enfants.

Enfin, ce qui est à mon sens le plus désagréable est de retrouver cette bien-pensance typiquement française qui se censure dans des proportions risibles. Compte tenu du sujet, l'absence d'interdiction majeure si ce n'est un simple avertissement a le mérite d'interpeller. Maïwenn ne retransmet l'interdit que par des paroles mais ne va jamais outrepasser les règles. Je ne parle pas de voyeurisme abject frôlant la légalité mais de vouloir avoir cette volonté de déranger, de malmener qui n'est présente que durant les auditions. C'est bien peu ! Ne vous attendez pas à une ambiance poisseuse, véritablement glauque, propice à délivrer un uppercut en bonne et due forme.
Non, on va plutôt développer une romance maladroite entre un mari infidèle et la photographe. De plus, il y a un contraste assez surprenant par moment. D'un côté, le drame véritable avec cette séquence poignante de la séparation de la mère SDF et de son enfant, de l'autre la blague irrespectueuse voyant un fou rire généralisé des policiers devant l'audition d'une jeune fille forcée d'avoir dû faire des fellations pour récupérer son téléphone. Audacieux et dérangeant avec du recul mais surprenant dans le mauvais sens du terme à chaud. Pour finir, on se passera de parler de cette fin incompréhensible voyant Iris se défénestrer au beau milieu de la conférence de police de rentrée. Wtf ????

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Si nous abordons le cas de la technique du film, ça reste très conventionnel tout en étant de bonne qualité. L'image est remarquable, s'enorgueillissant d'un véritable professionnalisme dans les plans à la fois aérés et plus resserrés lors de séquences plus oppressantes. La bande son ne casse pas trois pattes à un canard mais a le mérite d'être en accord avec la tonalité du récit. Mention spéciale à la musique du début distillant un mal-être de par son innocence en contraste total avec ce qui va arriver. Et pour les acteurs, ça peut se voir comme une interprétation très téléfilm mais j'ai trouvé que leur prestation était vraie, sans fioriture, sans volonté d'exagération car, jour de gloire, aucune volonté de dramatisation grossière ne sera présente. Un point qui remonte fortement la note globale.
Si l'on retrouve la réalisatrice dans le rôle de la photographe timorée et fragile, on aura au casting Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Karole Rocher ou encore Emmanuelle Bercot. Plusieurs scènes crispantes les verront au sommet de leur prestation. Tout d'abord, la policière musulmane en état d'hystérie face à un intégriste musulman comparu pour avoir voulu marier sa jeune fille au Maghreb. Une superbe initiative où la femme a désormais l'ascendant sur l'homme tout puissant dans les milieux islamiques rigoristes. Et puis, la dispute stupéfiante entre Nadine et Iris. Deux séquences admirables et touchantes.  

En conclusion, je peux comprendre que cette chronique vous laisse dubitatif sans avoir une réelle envie de vous jeter dans le visionnage. Il est vrai que certains choix maladroits empêchent Polisse de se hisser parmi les drames les plus bouleversants alors que le potentiel était là. La faute en revient en premier lieu à cette pu**in d'autocensure gangrénant le milieu cinématographique pour éviter de choquer les quelques cul-bénits de l'assemblée. Un témoignage évident que l'irrévérence n'est pas l'amie du cinéma en France, même là où elle doit parfois y être quasi indispensable.
Mais au-delà de ça, l'aspect tranche de vie tend à surpasser parfois un peu trop l'horreur du boulot où avoir des nerfs à rude épreuve est une condition sine qua non pour tenir le coup. Un peu dommage quand on se rend compte que Polisse se suit avec une cruelle légèreté, bien loin de toute forme de noirceur et de réelle oppression, en évitant heureusement l'insupportable patho. Bien sûr, d'un point de vue cinématographique, le résultat est très satisfaisant et se suit sans le moindre encombre mais il manque cette gnac dont souffre cruellement le cinéma français. Le fait de savoir choquer, foutre aux chiottes la bien-pensance, de montrer l'interdit, de casser les codes moraux trop rigides. 

 

Note : 14/20

 

 

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