great american snuff film

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2003
Durée : 1h27

Synopsis : Le film suit le parcours de William Allen Grone, un meurtrier qui séquestre, torture et assassine deux demoiselles... 

 

La critique :

Selon le site Wikipédia, "lsnuff movie, ou parfois snuff film, est un terme désignant une vidéo ou un long-métrage mettant en scène la torture, le meurtre, le suicide ou le viol d'une ou plusieurs personnes. Dans ces films clandestins, la victime est censée ne pas être un acteur mais une personne véritablement tuée ou torturée (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Snuff_movie). De facto, ce genre de procédé, pour le moins retors et fallacieux, interroge sur cette frontière ténue entre la fiction et la réalité. Dès l'orée des années 1960, le film Le Voyeur, alias Peeping Tom (Michael Powell, 1960), se questionnait déjà sur cette rhétorique spinescente.
Le long-métrage de Michael Powell se focalisait, entre autres, sur la sociopathie naissante de Mark Lewis, un cadreur monteur et photographe obnubilé par l'instant fatidique de la mort.

Via sa caméra ensanglantée, le psychopathe mutilait ses victimes jusqu'à trépas et filmait cet ultime soupir. Ce même procédé morbide sera par ailleurs le principal leitmotiv de toute une floraison de productions scandaleuses et polémiques. Les thuriféraires de ce registre cinématographique ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que Snuff (Roberta et Michael Findlay, 1976), Last House On Dead End Street (Roger Watkins, 1977), Hardcore (Paul Schrader, 1979), Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Tesis (1996), 8 MM (Joel Schumacher, 1999), Muzan-e (Daisuke Yamanouchi, 1999), Snuff 102 (Mariano Peralta, 2007), ou encore la trilogie August Underground amorcée par les soins de Fred Vogel parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.
En outre, c'est surtout la série des Guinea Pig, en particulier Flowers of Flesh and Blood (Hideshi Hino, 1985), qui va susciter les anathèmes et les quolibets.

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Le métrage repose sur un syllogisme plutôt lapidaire et suit le long supplice d'une jeune femme asiatique et anonyme qui subit le courroux et les exactions rutilantes d'un tortionnaire grimé en samouraï. C'est presque aléatoirement que le comédien Charlie Sheen tombe sur Flowers of Flesh and Blood. L'acteur, éberlué, fonctionne dans la supercherie matoise et avertit carrément le FBI. Hideshi Hino est consulté, puis ouï par des enquêteurs orfèvres. Hélas, les investigations se révèlent infructueuses et aboutissent sur une impasse. Le film d'Hideshi Hino est donc un snuff movie factice avec pour velléité de flagorner un large audimat. Le boniment se révèle salutaire puisque Flowers of Flesh and Blood devient la nouvelle égérie du cinéma extrême et underground. 
Indubitablement, le snuff movie requiert presque toujours les acrimonies et les furibonderies de la censure.

A chaque fois, ce sont les écueils et les corolaires du Noble Septième Art qui sont mis à rude épreuve. Jusqu'où se situe les limites de cette indicible horreur ? Cette même torpeur est, entre autres, préfigurée par les psychopathes les plus tristement notoires. Ce n'est pas aléatoire si au centre de ses films acrimonieux, ce sont presque toujours les figures psychopathologiques qui peuvent, hélas, exprimer leurs ignominies les plus belliqueuses. C'est par exemple le cas de The Great American Snuff Film, réalisé par les soins de Sean Tretta en 2003.
Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1995338/) pour trouver quelques informations élusives sur ce cinéaste. Le metteur en scène est visiblement issu du cinéma indépendant.

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En l'occurrence, Sean Tretta a surtout officié en tant que scénariste. On lui doit notamment les scripts des séries télévisées 12 Monkeys (2015 - 2018) et Mayans M.C. (2018). Pour la faribole futile, The Great American Snuff Film va se transmuter en diptyque via The Greatest American Snuff Film, toujours sous l'égide de Sean Tretta en 2010. De prime abord, The Great American Snuff Film, qui louvoie entre le snuff movie et le found footage, peut s'enorgueillir d'une affiche rutilante via cette jeune femme éplorée qui, visiblement, subit les turpitudes d'un bourreau atrabilaire. 
Cette oriflamme érubescente nous promet du gore, de l'outrecuidance, ainsi qu'une boucherie massive ; un peu à la manière d'un Murder Set Pieces (Nick Palumbo, 2004) en son temps. Reste à savoir si The Great American Snuff Film est bel et bien cet uppercut décrié par son affiche harangueuse.

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Mike Marsh, Ryan Hutman, Melinda Lorenz, Holi Tavernier, Jason Dinger, Melanie Trimble, April Hinojosa, Jeff Tretta, Kierra Bowden et Andrea Villa ; mais j'en doute... A fortiori, le scénario de The Great American Snuff Film s'inspire d'un tueur en série censé avoir existé, un certain William Allen Grone. Hélas, impossible de déceler, même sur la Toile, la moindre information, sur ce serial killer. Attention, SPOILERS !
Avec la complicité béate d'un criminel subalterne, William Allen Grone procède au kidnapping, à la séquestration, la torture et finalement le meurtre de Patti et Sarah, deux jeunes demoiselles. Dès lors, The Great American Snuff Film fonctionne de façon uchronique, explorant par ailleurs le passé peu reluisant de William Allen Grone. 

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Sur la forme comme sur le fond, The Great American Snuff Film s'apparente davantage à une relecture personnelle de Henry, portrait d'un serial killer (John McNaughton, 1986) plutôt qu'à une séquelle officieuse de Murder Set Pieces, qui était déjà le remake importun de Maniac (William Lustig, 1980). De facto, que retenir de The Great American Snuff Film ? Certes, le long-métrage fait voeu d'allégeance et d'obédience en suivant doctement les codes et les linéaments du found footage. Dès le préambule, le ton méphitique est annoncé par une voix-off péremptoire.
"My name is William Allen Grone" déclame la voix monocorde de l'écervelé mental. The Great American Snuff Film a pour aspérité de reproduire le plus fidèlement possible les vilenies et les infamies d'un tueur en série.

Voilà un exorde qui a le mérite d'édicter d'emblée ses propres carences lacunaires. Par-là, comprenez que le film ne cherche absolument pas à leurrer son audimat en faisant croire à une vague histoire de cassette et/ou de vhs retrouvé, mais prétend, à contrario, réitérer les forfaitures d'un forcené ; ce qui atténue instantanément l'impact du film. On comprend mieux la réprobation aux moins de 16 ans. Non, The Great American Snuff Film n'est pas cette avanie déifiée par son affiche rougeoyante. Sean Tretta privilégie davantage le hors champ et la subjectivité.
Certes, les matoiseries du cinéaste fonctionnent sur certaines saynètes de tortures, mais seulement par intermittence. En sus, les éléments anamnestiques de la personnalité amorale de William Allen Grone ne nous apprennent pas grand-chose sur la raison et la genèse de ses déviances mortifères.

Indiscutablement, The Great American Snuff Film souffre de la comparaison avec ses augustes devanciers. Inutile de les mentionner puisque nous avons déjà procédé à leur exégèse au cours de cette chronique. Le métrage de Sean Tretta doit donc se colleter avec une concurrence apoplectique en la matière. Certes, sur certaines séquences laconiques de supplications et de nécrophilie, The Great American Snuff Film essaime par intermission ce sentiment de malaise. Le film estourbira sans doute les néophytes, ainsi que les esprits les plus pudibonds.
Les autres seront inévitablement désappointés par ce thriller horrifique un peu trop timoré pour réellement s'étoffer sur sa courte durée. Une petite gabegie en somme, mais la mise en scène cérémonieuse de Sean Tretta permet, entre autres, de fermer les mirettes sur l'extrême pingrerie du film.

 

 

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver