poultrygeist

Genre : horreur, gore, trash, comédie, comédie musicale (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h43

Synopsis : Une chaîne de fast-food construit l'un de ses restaurants sur les restes d'un vieux cimetière indien. Des manifestations altermondialistes se mettent donc en place, et c'est alors que la malédiction de l'ancienne tribu indienne va s'abattre sur le restaurant..

 

La critique :

A la fois acteur, réalisateur et producteur de cinéma underground et indépendant américain, Lloyd Kaufman fait office de trublion et d'iconoclaste dans le petit monde étriqué et corseté hollywoodien. En outre, l'histrion n'a jamais oublié cette rancoeur ardente pour cette engeance hollywoodienne, ainsi que pour cette intelligentsia qui, dans son outrecuidance, ont fait fi du talent naissant de cet artiste hors normes ; mais hélas aux antipodes de la vulgate hollywoodienne. Plutôt que de céder aux désidératas et vers les productions doucereuses et arc-boutées dans leur bien-pensance et leur idéologie guillerette, Lloyd Kaufman affectionne davantage les miasmes, les gauloiseries et les épigrammes à base de coprolithes et de déjections pestilentielles.
Un autre monde en somme qui ne concorde évidemment pas avec les doxas érigées par le noble Septième Art américain.

Pis, Lloyd Kaufman est carrément honni, bafoué et nargué par ses homologues pour son incompétence "crasse". Ses nombreux contempteurs lui prédisent au mieux un avenir lapidaire et morose. Ses premiers pas en tant que metteur en scène seront pour le moins chancelants puisque faute de prébendes et de producteur putatif, Lloyd Kaufman doit redoubler d'effort pour signer ses propres films. Afin de se faire oublier par ses pairs, le cinéaste sévit parfois sous le cryptonyme de Samuel Weill. Ses premiers essais se soldent malencontreusement par une rebuffade commerciale.
Encore une fois, faute de producteur et/ou de financeur, Squeeze Play (1979), Waitress! (1982) et The First Turn-On! (1983) ne bénéficient pas d'une exploitation dans les salles obscures et doivent se contenter d'une sortie élusive en DTV (direct-to-video).

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Pour Lloyd Kaufman, il faudra donc faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 1980 pour flagorner toute une horde de thuriféraires patentés. En l'occurrence, c'est The Toxic Avenger (1984) qui va ériger et imposer la stature de Lloyd Kaufman dans le petit monde hollywoodien. A juste titre, ses détracteurs de naguère fulminent. Pas Lloyd Kaufman qui s'ébaudit de cette situation pittoresque. Mieux, Lloyd Kaufman devient le célèbre démiurge des productions Troma, soit Troma Entertainment dans la langue de Shakespeare !
Jamais, il ne tournera sa veste et exhortera ses anciens compères hollywoodiens, ceux qui jadis l'ont rabroué, gourmandé et anathématisé, de cesser leurs courtisaneries ostentatoires. Dès lors, Lloyd Kaufman n'aura de cesse de vitupérer ces mêmes oligarques qu'il juge au mieux factieux, licencieux et acrimonieux.

The Toxic Avenger se transmute en tétralogie et Troma devient subrepticement une société pérenne, voire luxuriante. Les laudateurs de cette firme n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles qu'Atomic College (1985), Tromeo and Juliet (1996), Terror Firmer (1999), All the Love You Cannes! (2002), ou encore Return to Nuke' Em High Volume 1 (2013) parmi les parangons d'impudence et d'irrévérence. Vient également s'agréger Poultrygeist - Night of the Chicken Dead, sorti en 2006. A l'instar des autres productions estampillées "Troma", Poultrygeist a sciemment été évincé des salles obscures pour bénéficier d'une sortie en vidéo.
Tout du moins, le métrage bénéficiera tout de même d'une sortie évasive dans 300 salles américaines. Pour Lloyd Kaufman, cela constitue presque une manne providentielle. 

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C'est essentiellement par l'entremise des séjours festivaliers que Poultrygeist va édifier sa notoriété. Pour certains admirateurs, Poultrygeist constitue la quintessence des productions Troma, une couronne sérénissime que le film partagerait avec The Toxic Avenger premier du nom et Citizen Toxie : The Toxic Avenger 4 (2000). Reste à savoir si Poultrygeist - Night of the Chicken Dead mérite (ou non) toutes ces idolâtries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Pour l'anecdote futile, le long-métrage a reçu les louanges du site Nanarland via une chronique truculente (Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-poultrygeist-poultrygeist-night-of-the-chicken-dead.html). La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Jason Yachanin, Kate Graham, Allyson Sereboff, Robin L. Watkins, Joshua Olatunde, Caleb Emerson et Rose Ghavami ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) La chaîne de restauration rapide American Chicken Bunker a construit un de ses restaurants sur le site d'un vieux cimetière indien. Ainsi les contestataires altermondialistes du CLAM (College Lesbian Against Mega-conglomerates) manifestent. Arbie arrive sur les lieux de la manifestation et découvre que Wendy, son ex, est devenue lesbienne. Le jeune homme décide alors de se faire embaucher dans le restaurant pour s'opposer à cette dernière. Il va rencontrer des gens aux personnalités particulières : Carl Jr. un grand garçon un peu bête, Paco Bell le jeune mexicain homosexuel, Humus la musulmane et le général Lee Roy, gérant de la chaîne de restauration rapide.
Malheureusement la malédiction de l'ancienne tribu indienne va s'abattre sur le restaurant et ainsi transformer la viande qui fera muter les gens en poulets-zombies. 

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Les personnes coincées à l'intérieur de ces lieux maudits vont découvrir qu'ils vont être contraints de s'unir pour survivre (1). Au risque de ne pas surprendre, Poultrygeist s'apparente à un curieux maelström entre la sexy comédie (très en vogue dans les années 1960), la comédie musicale, l'univers écervelé de la saga The Toxic Avenger et le film de zombies sous couvert de poulets sérieusement décérébrés ! Les thuriféraires des productions Troma seront donc en terrain connu et quasiment conquis... Et c'est avant tout à ce précieux audimat, de plus en plus populeux, que Poultrygeist s'adresse en priorité. Ni plus ni moins. Les autres, à savoir les esprits chagrins, pudibonds et vétilleux sont donc priés de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates.
Même remarque concernant les amateurs de finauderies et de finasseries.

Eux aussi sont exonérés de ce spectacle volontairement ordurier et dégradant qui brocarde, fustige et admoneste à peu près tout le monde. Vous et moi. Les prolos, les classes moyennes, les étudiants, les personnes ventripotentes, mais aussi et surtout toutes ces chaînes agroalimentaires et de restauration qui ont martelé leurs imposants monogrammes au nez et à la barbe de l'Oncle Sam, ainsi que dans le monde entier. Lloyd Kaufman ne manque pas une occasion de semoncer des groupes capitalistes qu'il juge au mieux retors, mercantilistes et fallacieux.
Ce sont ces mêmes groupes omnipotents que Lloyd Kaufman taxe et accuse de nos péchés pour le vice, la scopophilie maladive, ainsi que pour nos excès - presque concomitants - pour le consumérisme, la gourmandise et la concupiscence.

Toutefois, le cinéaste gouailleur élude la profusion de facondes et de moralines au profit d'un spectacle jubilatoire qui ne recule devant aucune excentricité. Dans ce salmigondis filmique à base de viande et de gallinacés avariés, les organes, les têtes et les glaires intestinales jaillissent, vrombissent et explosent dans tous les sens ! La gente féminine est priée de se dévêtir pour apparaître largement dépoitraillée, pour le plus grand bonheur du spectateur érotomane ! Les grands amoureux de barbaque et de tripailles, façon sauce tomate et prothèses volantes, devraient logiquement priser cette pantalonnade gore et déviante. Seul bémol et pas des moindres, Lloyd Kaufman se montre peut-être parfois un peu trop magnanime et verse allègrement dans la comédie musicale.
In fine, en dépit de son espièglerie et de ses matoiseries, Poultrygeist ressemble paradoxalement au même produit qu'il abhorre et vilipende.

Note : 14.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Poultrygeist:_Night_of_the_Chicken_Dead