rampage 3 president down

Genre : action (interdit aux - 12 ans)
Année : 2016
Durée : 1h40

Synopsis : Après avoir assassiné le Président des Etats-Unis, le sniper Bill Williamson est désormais considéré comme le plus grand criminel de l'histoire de l'Amérique. Désormais, le terroriste se tapit quelque part dans la forêt. C'est sans compter sur le FBI, la CIA et la police qui recherchent activement le meurtrier. 

 

La critique :

Dans le monde impitoyable du noble Septième Art, certains réalisateurs sont carrément honnis et voués à l'opprobre et aux gémonies. L'exemple le plus expansif et le plus représentatif se nomme probablement Ed Wood qui, au moment de la sortie de Plan 9 From Outer Space (1959), est rabroué, humilié, nargué, ostracisé et anathématisé par l'ensemble de la profession cinématographique. Un oxymore pour un cinéaste dont l'ambition était - à l'origine - de marcher dans le sillage et le continuum d'Orson Welles, le réalisateur proéminent de Citizen Kane (1941).
Mais Ed Wood reste confiné dans la réalisation de séries Z impécunieuses (pléonasme !) et par un style aussi azimuté qu'iconoclaste. Bien des années après son décès, le metteur en scène connaîtra enfin quelques relents de notoriété via la sortie d'un livre qui répertorie Plan 9 From Outer Space à la première place des films les plus ridicules de tous les temps.

Les amateurs les plus patentés du cinéma bis exultent. Bien des années plus tard, c'est un certain Uwe Boll, réalisateur, scénariste et producteur allemand, qui se retrouve affublé du statut peu enviable du "nouvel Ed Wood", ou encore du titre - lui aussi peu glorieux - de "master of error" de la part d'une presse américaine unanimement sardonique (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Uwe_Boll). En l'occurrence, Uwe Boll n'a jamais caché son engouement ni son effervescence pour l'univers des jeux vidéo, ainsi que pour les séries B désargentées. Les thuriféraires du cinéaste ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que House of the Dead (2003), Alone in the Dark (2005), King Rising, au nom du roi (2007), Seed (2007), ou encore Far Cry (2008).
Corrélativement, via certaines productions un peu plus ambitieuses, Uwe Boll commence à s'ériger une certaine réputation auprès de quelques cinéphiles un peu moins rigoristes.

Par exemple, les truculences de Postal (2007) flagornent les laudateurs de la première heure qui défendent, bec et ongles, le style et le cinéma du réalisateur germanique. En sus, Uwe Boll s'écarte du petit monde du nanar et de l'univers du jeu vidéo pour signer des films beaucoup plus radicaux et souvent polémiques. Darfur (2009), Auschwitz (2011) et Assault On Wall Street (2013) édifient un metteur en scène politique et en insurrection contre l'Oncle Sam. Uwe Boll ne manque jamais une occasion de vitupérer et de gourmander après une intelligentsia qu'il juge au mieux spécieuse et fallacieuse. En retour, les critiques effarouchées démantibulent, à la moindre occasion, chaque méfait cinéphilique de Uwe Boll. Entre le cinéaste et la presse spécialisée, la guerre est déclarée... 
En outre, Uwe Boll avait déjà arboré quelques prémices idéologiques via Rampage - Sniper en liberté (2009), soit l'histoire d'un jeune homme oisif et à priori sans histoire, Bill Williamson, qui se transmute subrepticement en un criminel insatiable.  

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Ce film d'action se veut allégorique en fustigeant une certaine oligarchie, ainsi que la débonnaireté du Gouvernement Américain. Toutefois, les saillies politiques restent assez évasives pour mieux se polariser sur l'action et les déflagrations ad nauseam. En résulte un premier film d'action jubilatoire, mais parfois victime des logorrhées politiques de son auteur. C'est ainsi que Rampage - Sniper en Liberté se taille une solide réputation sur la Toile et via le support vidéo. C'est dans ce contexte plutôt favorable que Uwe Boll réalise Rampage 2 - La vengeance d'un sniper (2014).
Ce second chapitre se montre beaucoup plus prolixe que son auguste devancier et se réclame de la doxa marxiste en exhortant le peuple américain et même les peuples du monde entier à se regimber contre le capitalisme globalisé.

Autant l'annoncer sans ambages. Rampage 2 est une oeuvre inique et propagandiste qui dérive, dès son préambule, vers le "naveton" avarié. D'une bonne idée esquissée dans le premier volet, Uwe Boll dévoie promptement cette sagacité au profit d'une pellicule assez laborieuse. Dès lors, inutile de préciser que l'on n'attendait pas grand-chose, ou alors peu ou prou, de Rampage 3 - President Down, sorti en 2016. Seul intérêt de ce troisième et ultime épisode, le long-métrage doit signer l'ultime révérence de Uwe Boll au cinéma. Depuis la sortie de Rampage 2, le metteur en scène allemand connaît de graves crises pécuniaires et a toutes les difficultés du monde à réunir suffisamment de capitaux et de prébendes pour signer de nouvelles productions indépendantes.
De surcroît, le cinéaste s'est également fâché avec le monde du cinéma.

Désormais même les ventes en dvd ne lui permettent plus de financer de nouveaux films putatifs et/ou de rembourser certains budgets impartis. A fortiori, Rampage 3 doit donc signer l'ultime absoute d'un réalisateur furibond et en déliquescence. Pour l'anecdote futile, le métrage est aussi sorti sous le nom de Rampage 3 : No Mercy. La distribution de ce troisième chapitre se compose de Brendan Fletcher (également producteur et scénariste du film), Ryan McDonell, Crystal Lowe, Steve Baran et Matt Frewer. Attention, SPOILERS !
Après avoir assassiné le Président des Etats-Unis, le sniper Bill Williamson est désormais considéré comme le plus grand criminel de l'histoire de l'Amérique. Désormais, le terroriste se tapit quelque part dans la forêt. C'est sans compter sur le FBI, la CIA et la police qui recherchent activement le meurtrier. 

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Mais grâce à ses fidèles complices, Bill Williamson parvient à pirater le système informatique de ses poursuiveurs et donc à déjouer leurs futurs complots. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas se gausser devant tant d'ingénuité. Que Uwe Boll joue les frondeurs et les insubordonnés en prônant la jacquerie armée contre les Etats-Unis et le monde entier, à la rigueur pourquoi pas... Tant que ça reste dans la hâblerie et la gaudriole... Hélas, Uwe Boll prend sa révolution de carte postale avec une rare solennité. Pour ceux qui avaient vilipendé et semoncé - à raison - le second volet pour ses interminables facondes, ils risquent derechef de clabauder et de grommeler après les verbiages politiques et les moralines outrageantes de notre cher Bill Williamson.
Le spectateur avisé aura aisément subodoré le subterfuge matois.

Ce n'est pas Bill Williamson qui toise et chapitre une oligarchie à priori impériale et outrecuidante, mais bel et bien Uwe Boll qui nous affuble - encore et encore... - des mêmes rhétoriques marxistes. De facto, durant sa première heure, Rampage 3 s'apparente à une longue homélie politique et réitère les mêmes arguties propagandistes que son sinistre devancier. A l'aune de cet ultime chapitre, difficile de ne pas corroborer les cessations de Uwe Boll, en espérant - cette fois - qu'il ne s'agit pas d'une nouvelle fourberie publicitaire dont le cinéaste germanique est hélas coutumier.
En vérité, Rampage 3 ne revêt aucun intérêt particulier et ne possède même pas le charme d'un bon vieux nanar. Sur le fond comme sur la forme, le long-métrage est profondément abject, méprisable et détestable, autant pour ce qu'il raconte, autant pour ce qu'il dénonce. On se demande comment l'acteur Brendan Fletcher, qui a revêtu les frusques martiales d'un soldat terroriste, a pu se laisser fourvoyer par toutes ces harangues marxistes. Au moins, dans le premier chapitre, le discours politique était minoré par cet aspect bisseux. Or, depuis le second méfait, Uwe Boll et ses prosélytes semblent avoir un peu trop pris leurs allocutions ascétiques au sérieux.
Bref, Rampage 3 constitue au mieux une bien triste renonciation. Que retiendrons-nous, in fine, de Uwe Boll ? En l'état, difficile de répondre avec parcimonie mais hélas, le metteur en scène ne laissera pas - dans le cinéma en général et dans le cinéma bis en particulier - une trace indélébile, loin de là... 

 

Côte : Navet

 

 

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