Horrible_High_Heels

Genre : Thriller, policier, horreur (interdit aux - 18 ans à Hong-Kong, interdit aux - 16 ans chez nous)

Année : 1996

Durée : 1h37

 

Synopsis :

Des personnes disparaissent mystérieusement dans un quartier de Hong Kong. Parallèlement, un magasin qui confectionne des chaussures voit son stock de cuir et ses ventes se développer. Y aurait-il un lien ? La police enquête.

 

La critique :

Si le blog a pu chroniquer à de nombreuses reprises cette frange bien particulière que l’on nomme « Cat III », je suis bien forcé d’admettre que ma participation dans le domaine n’atteignait ni plus ni moins que le 0 jusqu’à présent. Conscient de ce dramatique état de fait, une réparation d’urgence s’imposait dans le but de diversifier toujours davantage mon travail. Bien que la plupart d’entre vous doivent sans doute savoir de quoi il est question, je me permettrai aussi de faire une petite introduction en la matière (et non, ce n’est pas pour tenter de gonfler artificiellement la longueur de ma chronique !). Officiellement, la première commission de censure du cinéma hongkongais fut créée en 1953, mais il faudra attendre le début des années 80 pour voir apparaître des coupes dans quelques films sanglants, dont Tsui Hark et John Woo en seront de bien malheureuses victimes.
Ce n’était, cependant, rien en comparaison du couperet réservé à certains films à connotation politique, au vu de l’autoritarisme du régime. Autre coup de théâtre, une loi votée en 1988 réservait aux représentants de l’Etat le droit de couper des séquences jugées offensantes et c’est là où les catégories hongkongaises virent leur apparition.

La catégorie I était attribuée aux films tout publics, la catégorie 2 fut scindée en IIA pour les films interdits aux enfants et IIB pour les films interdits aux jeunes adolescents et aux enfants. Enfin, notre fameuse catégorie III désignait les films interdits aux moins de 18 ans, ce qui correspond à l'interdiction aux moins de 16 ans dans nos contrées. Pour accéder à ce grade, rien de plus simple. Un peu de sexe équivaut à atteindre le classement maximal, au contraire de la violence devant atteindre un certain palier d’indécence. Si l’on en vient à aborder les grands classiques s’étant forgés une réputation culte, on citera le génialissime The Untold Story, mais aussi Ebola Syndrome, Daughter of Darkness ou Red To Kill. Il semblerait qu’une autre pellicule se soit taillée un certain succès, allant jusqu’à être considéré comme un classique. Son nom : Horrible High Heels, réalisé par un trio, à savoir Chan Wai-On, Chow Cheung et Mao Chiang-Pang. Comme le dit, le vieil adage revisité, « trois têtes valent mieux qu’une », les chances de mettre en scène une réussite étaient de la partie. Pépite ou fiasco ?

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ATTENTION SPOILERS : Des personnes disparaissent mystérieusement dans un quartier de Hong Kong. Parallèlement, un magasin qui confectionne des chaussures voit son stock de cuir et ses ventes se développer. Y aurait-il un lien ? La police enquête.

La moindre des choses à dire avant même de rentrer dans le vif du sujet est que parvenir à rédiger cette chronique fut pour le moins laborieux. Ce n'est pas tant de décrire la simplicité du métrage mais plutôt ce qu'il aura fallu que je fasse pour le faire. Inutile de dire que trouver gratuitement Horrible High Heels ne se fait pas au premier claquement de doigt. Je pouvais toujours me faire voir pour tomber sur une version téléchargeable mais, comme une providence, le "métrage complet" m'attendait sur YouTube. La durée de 1h12 était pratique car je pouvais caler ça très facilement sur une soirée. Arrivé au générique de fin avec l'impression que l'on se soit ouvertement foutu de ma gueule sur l'appartenance de ce métrage à la Cat III, je réalisais très vite en regardant en détail les caractéristiques techniques de la pellicule pour la rédaction qu'il y avait quelque chose qui clochait.
Cette version de 1h12 n'était mentionnée nulle part et tous les sites faisaient mention d'une durée de 1h37. Les rouages de mon cerveau me firent vite déduire que j'eus le malheur de tomber sur la version censurée et, qui plus est, remastérisée. J'en parlerai plus tard. En d'autres termes, toutes les séquences choquantes furent balayées pour laisser la place à un résultat catastrophiquement insipide. Taratata se fit donc arnaquer en beau terme sans sous-titres, qui plus est. Après ça, je n'avais pas le coeur à faire des recherches pour me taper une deuxième fois la séance.

Néanmoins, je refusais de rester cantonné au pigeon roulé dans la farine et, étonnamment, je tombais vite sur un site de streaming qui me proposa la version complète avec sous-titres anglais. Ces génies les ayant mis en blanc, un certain nombre de phrases furent illisibles mais n'entachèrent pas le visionnage d'une histoire rudimentaire où il est question d'un marché de chaussures en cuir un peu barbare vu que ce cuir est fait de peau humaine. Cette peau étant issue de victimes sauvagement assassinées par un psychopathe masqué. Au moins, l'intro présente les inimitiés où le père, gérant de l'entreprise en question se fera tuer, démembrer et arracher la peau.
Déjà à ce moment-ci, cette scène n'était pas présente dans la version dispo sur YouTube. Le fils, sans nouvelle de son père, désormais ad patres, commence à devenir inquiet et s'en va prévenir les autorités ouvrant une enquête. Leur médiumnité impressionne vu qu'à partir de personnes disparues, ils font un lien avec l'entreprise familiale, allant jusqu'à analyser une paire de chaussures pour découvrir l'effroyable vérité et se lancer à la traque des coupables. Chapeau les gars ! Seulement, tous les employés ne sont pas impliqués dans cette affaire. L'entreprise, tournant en vase clos, est le théâtre de cruelles choses se déroulant à l'abri des regards indiscrets. Mon raisonnement intérieur me pousserait à penser que Horrible High Heels pourrait se voir comme une critique acerbe du capitalisme à outrance et du consumérisme atteignant des extrêmes tels que le corps humain devient une marchandise exploitable sans état d'âme pour se retrouver sur les étalages de la prestigieuse société de consommation.

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L'idée n'est, en soi, pas stupide du tout et apporterait une profondeur assez inattendue à un métrage qui en vient à se planter souvent sur bon nombre de points, alors que l'idée farfelue s'il en est, n'était pas inintéressante. Elle aurait même pu donner naissance à un véritable petit nanard jouissif, ringard mais terriblement attachant. Autant vous dire très rapidement que comme Cat III, vous risqueriez d'être bien décontenancés devant un cahier de charges étrangement timoré. Alors que les pontes du genre vous noyaient sous une déferlante d'hémoglobine et de tripailles, Horrible High Heels ne sollicite le trash qu'à de rares occasions. En tout et pour tout, on aura juste le père et Wendy, la petite amie de Tien, qui verront le courroux du furieux masqué avec, je rappelle, démembrements, décapitation et arrachage de peau. Même si ces traitements s'avèrent peu ragoûtants, on reste désappointé par le caractère "choc" de ces scènes ne mettant jamais mal à l'aise en quoi que ce soit.
Frustrant ! La seule séquence dérangeante sera celle de Wendy forcée de se frotter le corps avec une tête décapitée pour la lécher ensuite. C'est bien peu ! Qu'y a-t-il d'autre au programme ? Et c'est là que l'on se rendra compte à quel point cette production pue à des kilomètres l'opportunisme.

Horrible High Heels, c'est un melting-pot ratissant à tous les étages, puisant son inspiration dans presque tous les genres possibles. On navigue entre le drame d'amour passionnel, l'enquête policière, le thriller gore, l'érotisme, le film de combat, le film d'action et quelques séquences comiques. Forcément, n'attendez pas que le film développe son identité propre. Les plus coquins d'entre vous seront ravis d'une dimension érotique bien plus présente que le trash où copulations et viols seront de la partie. On en viendrait presque à dire que la pellicule doit sa présence dans la Cat III juste grâce au sexe. Parce que, en fin de compte, l'intérêt ne va pas plus loin que les maigres scènes sanglantes et que les parties de jambe en l'air, d'un beau rendu pour ces derniers, je dois bien l'avouer.
On se fiche éperdument de cette trame de mauvais film d'amour stéréotypé et de cette piètre enquête policière où policiers pratiquant les arts martiaux n'apporteront guère de piment dans les combats de karaté. Les gunfight dans la dernière partie du récit ne s'apparenteront à rien de plus qu'à un ersatz de John Woo. Tien, transformé en combattant surentraîné esquivant les munitions de lance-grenades et fusillant "avec style" ses ennemis aura au moins ce "mérite", si je puis dire, de nous décocher un sourire gêné. 

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Si l'on en vient à aborder l'esthétique, la qualité de l'image en tant que telle n'est pas laide mais ne va pas chercher plus haut. Elle se contente du minimum syndical, n'allant pas plus loin que la normalité. Je me permettrais de vous dire que le travail sur les cadrages est correct et que l'action n'est pas brouillonne. On voit bien ce qui se passe. Alors, pour la bande sonore, j'en reviens à cette fameuse version remastérisée où, à AUCUN moment, le film ne se passait de fond sonore, multipliant les mélodies de vieux drama ringard, les symphonies plus sombres avec des transitions à hurler de rire tant le tout s'agençait mal. Cerise sur le gâteau, ils ont été piochés une partie de l'OST du film Demain Ne Meurt Jamais. Fort heureusement, cette overdose parasitaire ne sera pas d'actualité dans la version de 1h37. Je ne pourrais pas non plus finaliser la chronique sans parler du pitoyable travail des dialoguistes car (et j'ai compté !), on recensera 33 fois le nom "Sherry" cité, rapport à l'héroïne principale s'appelant comme ça. Et dites-vous bien que la version de 1h12 ne comptât pas loin du double.
On en arrivait presque à développer une crise d'urticaire à chaque "Sherry" prononcé. C'est à se demander d'où sort cette version. Bon et pour les acteurs maintenant ? Leur interprétation est typiquement série B, voire Z, pour certains. On retrouve tous les ingrédients du genre : réactions téléphonées, jeu d'acteur et expressions surjouées. Au casting, Chow Yuk-Ling, Lam Chak-Ming, Dick Wei, Suen Tong, Lin Hsiao-Lan, Shing Fui-On, Yue Shut-Man et Billy Chow

En conclusion, le premier mot qui me vient quand je pense à Horrible High Heels est le terme "bâtard", car c'est exactement ce qu'il est : un film bâtard où les trois cinéastes ont été piochés leurs influences ici et là pour tout condenser en un métrage. Voir se succéder, dans un laps de temps pas spécialement long, une crise de jalousie amoureuse, un combat de karaté, un viol et une boucherie sanguinaire, ça fait un peu pitié. Bien dommage quand on sait qu'il y avait un léger second niveau de lecture à en tirer. Dès lors, je ne pourrai que trop bien réfréner les ardeurs de ceux tentés par cette expérience en leur disant qu'il ne faut rien attendre de spécialement extrême et encore moins de déviant.
L'expérience reste cruellement soft et ne bousculera pas vos estomacs, même ceux des moins endurcis. C'est la déception qui est de mise, voyant Horrible High Heels s'afficher comme un film sans recherche, sans identité, manquant d'ambition et multipliant les séquences soit ratées (le gunfight final complètement à la masse), soit indirectement rigolotes (le rat croqué par le criminel qui en boit son sang avec un rictus tout sauf crédible). Peut-être n'étais-je pas dans un bon jour, suis-je trop exigeant et que mes attentes étaient trop élevées pour ce film mais sincèrement, je doute fort que les amateurs de Cat III puissent s'ébaudir devant un résultat tenant plus de la cocasserie que du repoussant. 

 

Côte : téléchargement (1) PS : Je crois que cette expression de Wendy représente au mieux ma tête tout au long du visionnage

 

 

orange-mecanique   Taratata