my friend dahmer

Genre : drame 
Année : 2017
Durée : 1h47

Synopsis : L'histoire du tueur en série américain Jeffrey Dahmer, de sa dernière année de lycée à deux semaines après la fin des cours, qui l'amène à commettre son premier meurtre. 

 

La critique :

C'est hélas une évidence, voire une lapalissade. Notre société hédoniste et consumériste voue une dilection, voire une fascination morbide pour tous ces serial killers et prédateurs qui transgressent justement les mêmes tabous totémiques de notre monde occidental. Les noms les plus tristement notoires se nomment, entre autres, Ed Gein (surnommé le "Boucher de Plainfield"), Henry Lee Lukas (souvent considéré comme le pire tueur en série de l'histoire des Etats-Unis), Ted Bundy, John Wayne Gacy, Charles Manson, ou encore Edmund Kemper.
Vient également s'agréger Jeffrey Dahmer. En l'occurrence, ce sociopathe, surnommé le "cannibale de Milwaukee", avouera 17 meurtres entre 1978 et 1991 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_Dahmer).

Ses proies ? Des hommes homosexuels qu'il flagorne et séduit pour mieux les attirer chez lui afin de commettre des forfaitures d'une barbarie inouïe. Ses rituels sadiques suivent toujours peu ou prou la même obédience sauvage. Après avoir endormi, médicamenté et/ou drogué ses victimes, Jeffrey Dahmer ampute les membres de ses proies et les dévore, pour ensuite les enterrer dans son jardin. Il est donc à la fois question de nécrophilie et d'anthropophagie. Selon certaines sources policières qui se sont polarisées sur les éléments anamnestiques de ces déviances criminelles, la genèse de cette scission incoercible va se cristalliser au moment du divorce des parents de Jeffrey Dahmer.
Le jeune éphèbe timoré doit alors supporter sans barguigner les crises histrioniques de sa maternelle, ainsi que la débonnaireté ostentatoire de son patriarche.
 

Screen-Shot-2017-10-09-at-4

Jeffrey Dahmer est donc un jouvenceau sans repère, dont l'âme et l'esprit vont peu à peu s'amenuiser pour laisser place à des démons intérieurs profondément enfouis dans le cerveau archaïque. Evidemment, l'étude et l'analyse de ce serial killer ont inspiré la culture populaire américaine. En 2002, le cinéma propose un premier biopic via Dahmer le cannibale (David Jacobson, 2002), un thriller assez bancal qui ne laisse pas un souvenir impérissable. Bien des années plus tard, c'est au tour d'une autre adaptation, intitulée My Friend Dahmer et réalisée par les soins de Marc Meyers en 2017, de mettre en exergue l'esprit écervelé du tueur en série.
A l'origine, le long-métrage est aussi l'adaptation éponyme d'un roman graphique de John "Derf" Backderf. En outre, My Friend Dahmer fait office de production américaine indépendante et n'a donc pas bénéficié d'une grande distribution dans les salles de cinéma.

En l'occurrence, le film a surtout écumé les séjours festivaliers et a été à la fois sélectionné et projeté en avant-première lors festival du film de Tribeca. Si le métrage de Marc Meyers ne remporte aucune récompense éminente, il s'auréole à contrario d'une réputation plutôt flatteuse. Les critiques sont plutôt unanimes et couvrent de louanges un drame juvénile reflétant les failles et les profondes meurtrissures de l'adolescent Dahmer. Pour l'anecdote futile, My Friend Dahmer constitue la quatrième réalisation de Marc Meyers. La distribution du film se compose de Ross Lynch, Alex Wolff, Vincent Kartheiser, Anne Heche, Dallas Roberts et Harrison Holzer.
Attention, SPOILERS ! L'histoire du tueur en série américain Jeffrey Dahmer, de sa dernière année de lycée à deux semaines après la fin des cours, qui l'amène à commettre son premier meurtre.
 

my-friend-dahmer-768x539-c-default

Certes, le scénario de My Friend Dahmer est plutôt lapidaire, mais s'inspire (encore une fois) du roman graphique de John Backderf. Le grimaud et dessinateur a bien connu le tueur en série, tout du moins lors de ses jeunes années estudiantines. Pis, l'auteur s'est même accointé avec le serial killer, décrit par son entourage comme quelqu'un d'avenant, mais d'une très grande fébrilité. C'est cette même fébricité que tente d'analyser, avec plus ou moins de méticulosité, Marc Meyers. Narquois, le metteur en scène dissémine quelques pistes élusives.
Le film se focalise, entre autres, sur l'éthylisme de ce jouvenceau impénitent qui tente de noyer ses démons intérieurs et sa contrition dans l'alcool. My Friend Dahmer analyse notamment les rapports délicats que ce jeune homme entretient avec sa famille.

En outre, il s'agit d'une famille cossue et lambda, soit le pur produit de la "middle class" américaine ; celle du divorce de masse et de la dislocation parentale, très en verve entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980. Et puis, il y a aussi cette pédérastie latente qui nimbe le personnage tout au long de son adolescence. Sans compter cette asocialité ostensible qui débouche sur des railleries et les quolibets de ses camarades de lycée. Indubitablement, Jeffrey Dahmer est un éphèbe atypique, aussi énigmatique qu'inquiétant. Ainsi, il devient, bon gré mal gré, la nouvelle égérie d'une petite bande de camarades. Le temps de quelques petites mutineries adolescences, Jeffrey Dahmer se transforme en pitre, voire en vulgaire histrion, puis en marionnette maladive.
Ses crises clastiques laissent songer à un cas inexpugnable d'hébéphrénie et de dissociation mentale. 

maxresdefault

Rien n'y personne ne pourra désormais réfréner les pulsions sadiques et mortifères de ce monstre hélas en devenir. Chez Jeffrey Dahmer, les excoriations et les meurtrissures sont à la fois béantes et prégnantes. Malencontreusement, nonobstant une analyse parfois vétilleuse, Marc Meyers échoue à réaliser ce qui aurait dû s'apparenter à un thriller, et non à un drame prépubère, souvent victime de ses longues facondes. C'est d'autant plus dommageable que le film adopte et affine réellement son rythme de croisière lorsque Jeffrey Dahmer se transmute concrètement en un maniaque revêche et impitoyable, l'un de ses amis échappant de peu au supplice infernal.
My Friend Dahmer
se contente d'être un ixième biopic qui escompte presque uniquement sur la précellence de ses interprètes homériques.

A ce titre, l'acteur Lynch Ross incarne magnifiquement cet adolescent en berne et qui sombre inopinément dans des états de cataplexie mentale. En fait, Marc Meyers se trompe presque de sujet. Sur le fond, on se fout de savoir quelle était l'adolescence de ce jeune éphèbe pulsionnel et terriblement complexé, d'autant plus que l'analyse n'apporte pas, in fine, véritablement de réponse. Oui, Dahmer a souvent un comportement asocial et s'enferme dans sa cabane dans laquelle il collectionne des animaux décédés. Oui, ses parents s'invectivent et sont les complices béats du comportement parfois trivial de leur progéniture. Mais en quoi ces éléments fugaces constituent-ils des preuves irréfutables de la sociopathie naissante de Jeffrey Dahmer ? En réalité, My Friend Dahmer aurait dû démarrer là où il a choisi de se conclure. Seul bémol et pas des moindres, Marc Meyers s'échine à signer une dramaturgie adolescente. Or, le film aurait dû davantage se muer en thriller machiavélique et ineffable relatant le vrai Jeffrey Dahmer, celui qui mutile, démembre, viole et tortore ses victimes d'infortune.
Si My Friend Dahmer constitue sur la forme une analyse parfois intéressante, il n'en demeure pas moins un drame déconcertant, ne serait-ce que dans ses choix narratifs et dans ce refus opiniâtre de laisser place à sa principale figure sociopathique. Une petite gabegie en somme...

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver