Ejecta

Genre : Science-fiction, horreur, fantastique (interdit aux - 12 ans)

Année : 2014

Durée : 1h22

 

Synopsis :

2 individus sont témoins d'un événement étrange la veille d'une tempête solaire et doivent survivre à une forme de vie terrifiante qui les chasse.

 

La critique :

A coup sûr, la thématique de l'invasion extraterrestre est sans nul doute l'un des sujets à avoir été le plus exploité dans le vaste genre de la science-fiction s'alliant fréquemment avec le fantastique et/ou l'horreur. Déjà dans les années 50, on pouvait observer plusieurs oeuvres du genre avec, en 1951, La Chose d'un Autre Monde ou un peu plus tard La Guerre des Mondes, Les Soucoupes Volantes Attaquent, L'Invasion des Profanateurs de Sépulture ou le navet culte Plan 9 From Outer Space. Plus qu'un divertissement, ils s'inscrivaient dans une période sombre d'après seconde guerre mondiale qui vit l'avènement du Maccarthysme et de cette fameuse peur de la menace rouge s'abattant dans le contexte spinescent de la Guerre Froide.
Vous aurez compris que les aliens étaient une métaphore des russes semant le chaos. On en est loin aujourd'hui, le sujet ayant été vite accaparé par le tout Hollywood voyant en l'invasion un marché lucratif pour produire toute une série de blockbusters sur vitaminés où l'explosion est seule reine du jeu sans aller chercher plus loin. 

Ceci va sans dire que la scène un peu plus "bon marché" s'est aussi lancé dans ce pari audacieux d'un point de vue financier. Vous vous doutez bien que certaines pellicules se cassèrent les dents en beauté devant le ridicule des effets spéciaux, une mise en scène bancale, un scénario stéréotypé au possible. Parfois, certains décident de jouer la carte de l'originalité comme le génial Edge of Tomorrow. Bien sûr, ces ingénieux concepts ne sont guère légion mais comme un vieux moine tibétain l'a dit, il ne faut jamais désespérer. L'obscure oeuvre qui va bénéficier d'une chronique (peut-être même une première sur la Toile française) s'appelle Ejecta, réalisée par un duo en la personne de Chad Archibald et Matt Wiele. Après renseignements, Archibald s'enorgueillit du cinéma d'horreur et fantastique en tant que réalisateur et/ou producteur. On lui doit The Heretics, The Drownsman et Bite.
Pour Wiele, il s'agirait de sa première en tant que cinéaste vu que sa carrière se résuma visiblement comme producteur de The Hexecutioners et Exit Humanity. A fortiori, ces deux hommes sont en terrain conquis. Reste à voir si la confidentialité dont il se pare est méritée ou non.

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ATTENTION SPOILERS : Deux individus sont les témoins d'un événement inexplicable dans l'atmosphère à la veille d'une tempête solaire historique et doivent survivre à une forme de vie terrifiante qui les chasse. Un groupe anonyme d'enquêteurs ne reculera devant rien pour découvrir la vérité derrière ce qui est arrivé aux deux hommes ce soir-là et prouver au monde que nous n'avons jamais été seuls dans l'univers.

Avec le temps, vous devez sans doute connaître mon peu d'engouement sur le cinéma fantastique récent, beaucoup trop aseptisé et revu, et rerevu, et rererererererevu. C'est donc toujours un événement lorsque je décide d'en visionner un car quelque chose me dit de le regarder. Ejecta est un énième métrage souffrant du syndrome de la pochette attrayante mais l'obtenir ne fut pas une sinécure. En effet, mes soupçons porteraient à penser qu'une version française n'existerait pas, qui plus est mon incapacité de tomber sur des sous-titres français en ligne.
Comble de tout, la version sur Wipfilm était bugée à en crever. Le site de torrent YTS parvint à me satisfaire, les sous-titres anglais ayant été pêché ailleurs. Je tiens à préciser que pour ceux maîtrisant de manière correcte la langue de Shakespeare, la compréhension totale du récit se fera sans réel problème. Mais que nous compte vraiment ce Ejecta ? Tout d'abord, et autant être bref sur le sujet, le film est dépaysant tant dans son concept que de sa mise en scène lorgnant sur deux types particuliers. C'était la première fois que je voyais ça pour vous dire. Ce que l'on peut déjà dire est que le métrage démarrait sous les meilleurs auspices, nous plongeant dans le monologue filmé face caméra d'un homme terrorisé martelant qu'il entend la voie d'une entité inconnue contrôlant son esprit. En parallèle, une escouade de soldats aux prises avec quelque chose dans la forêt, le tout avec des sonorités lourdes ayant le mérite de créer la tension.

L'histoire d'Ejecta, écrite par Toni Burgess, va se développer selon le principe de deux histoires en parallèle, chacune ayant son propre concept et sa propre ambiance. La partie la plus importante se fera dans le cadre d'un huis clos, en l'occurrence une grande salle industrielle sombre où William Cassidy, l'homme ayant été en contact avec une forme de vie inconnue, se trouve attaché à un étrange dispositif après avoir été capturé par les militaires en question. En face de lui, un docteur inflexible dont la détermination infaillible à en apprendre plus la poussera à user de tous les moyens mis à sa disposition pour le faire parler. Du coup, pour les droits de l'homme vous repasserez !
Mais cela ne peut que dénoncer des institutions scientifiques s'arrogant le droit d'être en dehors des lois et d'exercer une totale domination sur ses prisonniers relégués au rang de piètres individus qui seront les victimes du vieux proverbe "la fin justifie toujours les moyens". D'abord usant de la parole, sa patience s'amenuisera pour laisser place à une tortionnaire sadique au sourire radieux. 

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Indubitablement, l'histoire-ci est la principale sur laquelle converge la deuxième, représentée par le documentaire d'un jeune internaute, Joe Sullivan, ayant reçu un message du dénommé William. Son film a pour but de traiter des légendaires visites extraterrestres. Tourné en found footage, soit l'une des mises en scène les plus casse-gueule possible, l'enquête qui commencera en douceur déviera très vite dans l'horreur paranormale lorsque la chute d'un vaisseau venant de l'orbite terrestre s'écrasera dans une gigantesque boule de feu en pleine forêt. C'est à ce moment-là que nos deux compères vont voir leur soirée tourner au vinaigre lorsque la créature du vaisseau les poursuivra dans la nuit noire pour envahir la maison de William. Une nuit chargée d'angoisse va se profiler.
Toutes ces scènes seront visionnées par le docteur ayant récupéré la caméra de Sullivan afin d'en savoir plus sur l'histoire. Malheureusement pour elle, se frotter d'un peu trop près aux extraterrestres n'est pas recommandé, l'interrogatoire commençant à dégénérer progressivement sous fond de paranoïa et d'une étrange invasion, avant de finir dans une apothéose de nihilisme. 

Pour l'emmerdeur (trop) exigeant que je suis en matière de fantastique, Ejecta fait l'effet d'une bonne dose de rafraîchissement se basant sur une mise en scène pour le moins audacieuse dont les quelques influences de Memento se font sentir par moment. Difficile de comprendre les notes un peu faiblardes pour une fois qu'une invasion extraterrestre n'opte pas pour la carte du conventionnel, d'autant plus que, oh jour de gloire, le processus de found footage est tourné correctement sans avoir l'envie de gerber notre souper toutes les deux minutes. Secundo, et c'est un point à préciser, est que le film ne construit à aucun moment son ambiance oppressante juste sur des screamer épars.
S'il y en a bien quelques-uns, un peu prévisibles je dois l'avouer, Archibald et Wiele privilégieront un travail d'atmosphère de qualité, à défaut d'être mémorable. Le film ne fait pas vraiment peur mais a au moins le mérite de susciter un certain intérêt. De plus, certaines séquences particulièrement efficaces amplifieront le visionnage. On pense à ces séances de torture ou à William possédé par la créature présageant la mort imminente du docteur avec son "You will suffer more". Néanmoins, tout n'est pas rose non plus. Quelques ellipses maladroites entacheront le visionnage, de même que certaines incohérences et un développement qui aurait dû être fait un peu plus en profondeur. 

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Au niveau de l'aspect visuel, on sent que les deux cinéastes ont dû compenser le budget peu élevé. Ceci explique les environnements succincts, loin d'être exceptionnels mais pas pour autant laids. Le travail sur la luminosité contribue pour beaucoup à une image agréable à regarder. Je me permettrai de mentionner la bande son tout simplement admirable, glauque, froide, aux tonalités parfois épiques, en parfait accord avec chaque séquence. Je soulignerai la montée en puissance de la musique à mesure que l'électrocution de William gagne en voltage. Simple et efficace !
Et pour les acteurs, on saluera l'honorable prestation de Julian Richings à l'aise avec son personnage. Lisa Houle, dans la peau du Dr Tobin, tire bien son épingle du jeu. Pour le reste, en revanche, ça reste on ne peut plus basique ou dirais-je typiquement série B. Mentionnons Adam Seybold, Mark Gibson et Justin Darmanin

Arrivé à la fin d'un visionnage assez court dont tout rallongement de la durée aurait été proprement inutile, j'avoue ressortir enthousiaste d'une projection loin d'être déplaisante. Cela étant dû aux risques payants des réalisateurs d'avoir osé mixer le huis clos et le found footage dans deux trames scénaristiques convergentes. L'ambition et l'originalité sont quelque chose qu'il faut soutenir, même quand les moyens financiers ne sont pas hollywoodiens. Mais au-delà de ça, Archibald et Wiele accouchent d'une histoire intéressante, abordant d'un angle différent l'invasion extraterrestre se résumant plus à un contact accidentel qu'à une invasion belliqueuse. On se plaira à voir en Ejecta une petite pellicule qui ne cherchera jamais à péter plus haut que son cul. Et si quelques soucis scénaristiques se laissent ressentir et que certaines séquences accuseront de mollesse, les deux confrères parviennent à nous faire vouloir connaître le fin mot de l'histoire. Il est vrai que certains pourront reprocher un manque d'explications sur plusieurs points restant flous mais, si nous nous plaçons dans un contexte réaliste de premier contact, pensez-vous vraiment que tout s'expliquerait à nous d'emblée ? 

 

Note : 12/20

 

 

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