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Genre : Drame, thriller

Année : 1969

Durée : 1h22

 

Synopsis :

Abram, jeune mécanicien de vingt ans, revient chez sa mère qui habite un village de Bavière.
Tous deux sont étrangers au pays. Bientôt les commérages empoisonnent l'atmosphère : on dit qu'Abram a été en prison parce qu'il est homosexuel, on l'accuse d'avoir eu des rapports avec un jeune débile mental. Les persécutions commencent par des quolibets et des remarques perfides. Quand Abram veut fuir, il est déjà trop tard. Hannelore, la fille de joie du village, l'accuse d'être le père de son enfant ; elle le provoque, le jeune homme perd la tête et la tue. Commence alors la chasse à l'homme.

 

La critique :

S'il y a bien quelque chose en tant que chroniqueur que j'adore faire est de pouvoir présenter des films peu connus dans le but de leur offrir un certain moment de gloire. Au vu d'une myriade de films se comptant par dizaine de milliers, il ne faut pas s'attendre à ce que toutes les pellicules plébiscitées, à un moment ou à un autre, gardent une trace dans l'histoire au point d'être érigées comme des incontournables. Par le passé, nous avons suffisamment traité ce bien triste phénomène qu'il convient d'endiguer, à toute petite échelle j'en conviens, car qu'est ce que la richesse cinématographique si on balayait toutes les créations hétéroclites ? On aurait très vite fait le tour.
Bien que nous ne sommes heureusement pas dans ce cas de figure dans le milieu cinéphile, le monde des profanes se montre moins exigeant. Rien d'étonnant à tout cela quand l'on ne cultive pas une frénétique passion dans le domaine. Il convient, dès lors, d'attirer leur regard vers des malchanceux à la réputation honorable mais très mince, pour peu que l'intérêt soit là, ce qui n'est pas souvent le cas, à notre grand malheur.

Scènes de Chasse en Bavière peut se répertorier parmi les métrages qui se sont forgés une célébrité dans un cercle très étroit de cinéphiles érudits et émérites dont la connaissance en vient à ce que l'on se couche devant. Comme le titre peut en attester, on tient là un film allemand réalisé par Peter Fleischmann qui est l'un des grands représentants du Nouveau cinéma allemand. Il s'agissait d'un courant cinématographique né en Allemagne de l'Ouest des années 1960 et 70, influencé par la Nouvelle Vague française, les tumultes sociaux et mouvements de protestation de Mai 68.
La particularité était que les cinéastes plaçaient la critique sociale et politique au coeur de leur travail, se démarquant du film de pur divertissement. En résultait un cinéma engagé, social portant en lui un cri de rage, désireux de changer les choses et d'améliorer un pays fracturé par le célébrissime Mur de Berlin. Scènes de Chasse en Bavière se fit très vite remarqué à sa sortie et est sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes. Il sera l'un des instigateurs de la reconnaissance du renouveau du cinéma allemand. Avec un tel pedigree, il y avait de quoi être enthousiasmé en cliquant sur le bouton "Play".

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ATTENTION SPOILERS : Abram, jeune mécanicien de vingt ans, revient chez sa mère qui habite un village de Bavière. Tous deux sont étrangers au pays. Bientôt les commérages empoisonnent l'atmosphère : on dit qu'Abram a été en prison parce qu'il est homosexuel, on l'accuse d'avoir eu des rapports avec un jeune débile mental. Les persécutions commencent par des quolibets et des remarques perfides. Quand Abram veut fuir, il est déjà trop tard. Hannelore, la fille de joie du village, l'accuse d'être le père de son enfant ; elle le provoque, le jeune homme perd la tête et la tue. Commence alors la chasse à l'homme.

Autant dire que Scènes de Chasse en Bavière fait office de petite bouffée d'air frais. Le thème de l'intolérance envers une certaine catégorie de population dérange dans notre société soumise à la toxique bien-pensance. D'un côté, nous retrouvions de purs films de propagande raciale ou antisémite dont nous citerons volontiers Naissance d'une Nation, Le Juif Süss ou Camp d'Amour pour Chiens Jaunes qui n'ont pas démérité les diatribes et le scandale de taille (moindre pour le dernier), et à juste raison. Dans un autre registre, certains cinéastes tenaient à dénoncer la pourriture humaine lorsqu'elle se retrouve face à quelqu'un de différent.
Dupont Lajoie est l'un des plus célèbres mais comment ne pas citer aussi Un Français ou American History X, aussi polémiques l'un que l'autre chez les cinéphiles louant comme vitupérant. Il est d'ailleurs assez étonnant que le thème de l'homosexualité ait été quelque peu relégué aux oubliettes. Et ce n'est pas faute d'avoir là un potentiel de taille pour donner naissance à un film coup de poing. A une époque où celle-ci était encore considérée comme une maladie mentale, nul doute que Scènes de Chasse en Bavière donnait un gros coup de pied dans la fourmilière. En choisissant la Bavière réputée pour être conservatrice, hostile au progrès et aux avancées tant progressistes que technologiques, Fleischmann décrit un village semblant être issu du siècle passé. 

On se fera vite une idée de la saleté qui règne en ces lieux lors de la première séquence se produisant lors de la traditionnelle messe. Parmi cette assemblée de badauds, des regards accusateurs, assassins à l'égard de certaines personnes en dehors de leurs principes de vie. Ou comment se décrédibiliser d'emblée en tant que chrétien dont il n'est pas question ici de mettre en application les commandements de Dieu basés sur le pardon, la miséricorde et le partage mais juste dans un pseudo-but moral. La communion n'est qu'un rouage de la culture de ce microcosme évoluant en vase clos, ne quittant jamais ce hameau perdu au beau milieu des champs. Dans l'Evangile selon St-Matthieu, il y a cette très belle phrase : "Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez."
Ce paradigme de toute première importance, véritable composante essentielle de la Bible est traînée dans la boue par ces mêmes villageois fréquentant la maison de Dieu juste dans un but d'éviter l'Enfer. C'est quelque chose qui m'a toujours fait rire en tant qu'agnostique de voir certaines personnes aller une fois par an à l'Eglise pour se donner bonne conscience, se qualifier de chrétien alors qu'ils n'en partagent aucunement la chose. Certes, ce n'est pas le meilleur exemple mais vous voyez où je veux en venir en décrivant cette communauté de pecnos souillant sa propre religion.

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Car dans ce lieu de perdition tant physique que mental, tout n'est que jugement, jugement et encore jugement et celui qui en fera les frais est Abram, soupçonné d'être homosexuel. Evoluant dans un milieu conservateur faussement chrétien, il ne faut pas être Stephen Hawking pour réaliser qu'il ne sera pas le bienvenu dans ce groupe de piètres villageois. Que ça soit des hommes narquois déversant billevesées et persiflages, de vieilles rombières frustrées, des piliers de comptoir, une veuve batifolant avec un infirme deux mois après le décès de son époux. Le même infirme qui paie Hannelore, la marie-couche-toi-là du village, pour forniquer, sans parler des enfants moqueurs.
Au final, le seul à sauver dans l'histoire est Abram qui ne tient juste qu'à vivre sereinement et paisiblement loin des lazzis de la foule. L'homosexualité étant une tare dans leur cerveau arriéré, il vit un harcèlement perpétuel mais ce qui mettra le feu aux poudres sera des rumeurs (on s'en serait douté) comme quoi il ferait des choses avec Ernest, l'enfant attardé du village. Et puis, le drame, une dispute virant en assassinat à coup de couteau pour voir une traque se faire dans les bois par les beaufs bien décidés à le capturer.

Une plongée qui est d'autant plus sinistre et répugnante qu'elle aurait pu être évitée si ces idiots n'avaient pas empêché Abram de prendre le bus pour partir ailleurs. Mais quand bien même, ils ont la parole de Dieu derrière eux et cette arrestation verra se clôturer le film par une fête dans ce repoussant village, alors que la réelle victime est derrière les barreaux pour on ne sait combien de temps. Il est évident que Scènes de Chasse en Bavière n'est pas un film agréable à regarder, même en le regardant de manière détachée. On en vient à s'interroger sur le pourquoi d'une telle haine viscérale à l'égard d'une personne ne faisant de mal à personne, ne voulant juste vivre un amour qu'avec une personne du même sexe. Il est cocasse, en analysant la poubelle qui leur sert de phrases, qu'aucune argumentation ne sera jamais avancée sur la table. Pourquoi cette haine ? Pourquoi ce refus de l'homosexualité ?
Juste des railleries perpétuelles sans aller plus loin. La vérité est qu'il n'y a aucun sens derrière cette malfaisance.

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Comme c'est déjà arrivé bien des fois, il est surprenant que le noir et blanc soit de la partie pour un métrage sorti en 1969. Je dois bien avouer n'avoir trouvé aucune info sur le pourquoi du comment. Il n'empêche que le noir et blanc est plutôt beau et apporte un certain cachet à la ville d'Unholzing où a été tourné le film. On appréciera volontiers ces plans très aérés sur la ville, sur les habitations et les vastes plaines alentours. Côté bande son, je reconnais ne pas avoir été séduit par ces mélodies un peu trop enjouées. Et pour les acteurs, la part a été faite à des amateurs se débrouillant de manière remarquable. On citera Martin Sperr, Angela Winkler, Else Quecke, Michael Strixner, Maria Stadler et Hanna Schygulla pour ne mentionner qu'eux. Ils incarnent à merveille le mauvais rôle qui leur a été confié, sans nous inspirer bien sûr aucune sympathie d'un point de vue purement cinéphile.

En conclusion, Scènes de Chasse en Bavière représente un cri de rage envers une caste brimée et ostracisée par ses pairs dont seule l'agressivité est prédominante, sans aller chercher plus loin, sans chercher à comprendre ni à accepter un autre mode de vie dans un village où la misère existentielle ne se résume qu'aux moissons, aux ragots et au café miteux du coin. Ce village représente des individus ratés qui, non content de vivre une vie sans saveur, ont le toupet de vitupérer ceux en dehors de leurs sentiers balisés. Si nous écartons le thème de l'homosexualité, le fait qu'Abram ait été en ville n'est pas bien vu. La ville étant vu comme impure, péché notoire corrompant ceux qui s'y rendent.
Choquant, révoltant, abject dans sa tonalité mais néanmoins nécessaire en tant que miroir de l'intolérance. On aurait juste aimé un résultat un peu plus pimenté. La battue dans la forêt est bien trop courte, une poursuite plus longe n'ayant pas été de refus. Alors qu'en 2019, l'homophobie bat toujours de l'aile, il serait peut-être temps de revoir nos préjugés et de réaliser que les homosexuels sont des gens comme nous tous dont la seule envie est de vivre leur vie.

 

Note : 15/20

 

 

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