salafistes

Genre : documentaire, shockumentary (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 2015
Durée : 1h11

Synopsis : Un documentaire qui nous plonge au coeur du djihadisme au Mali... 

 

La critique :

Pour information, le site E Pôle Art (Source : http://epoleart.canalblog.com/archives/2015/11/16/32807645.html) a publié une liste, à la fois foisonnante et exhaustive, des documentaires les plus polémiques, scandaleux et sulfureux ; parfois pour leurs invectives et leurs anathèmes virulents envers une société engoncée dans ses moralines, parfois pour cette polarisation dithyrambique sur une personnalité à la fois notoire, sociopathique, voire déviante (Charles Manson Superstar, Nikolas Schreck, 1989), parfois encore parce qu'ils abordent sans fard certains faits historiques tendancieux, ou des sujets à la fois tabous et spinescents.
Les thuriféraires de ces programmes insolites et iconoclastes n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Le Triomphe de la Volonté (Leni Riefenstahl, 1935), Serial Killers : les vrais Hannibal Lecter (Sean Buckley, 2001), Fahrenheit 9/11 (Michael Moore, 2004), Zéro : enquête sur le 11 septembre (Francesco Trento, 2007), ou encore Torture Made In USA (Marie-Monique Robin, 2010).

Vous l'avez donc compris. Quelle que soient les thématiques, les dialectiques ou encore les didactiques professées, ces documentaires revêtissent toujours un aspect politique et/ou idéologique, non sans céder parfois à la tentation et aux thèses conspirationnistes. Mais lorsque nos édiles politiques perdent le pouvoir au nom d'une cause jugée supérieure et surtout au non d'une mondialisation globalisée, la populace peut se laisser flagorner par les dérives sectaires, religieuses et autoritaires. Tel est sans doute les principaux adages et argumentaires de Salafistes, un documentaire français (cocorico !) réalisé par les soins de Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin en 2015.
Evidemment, la sortie d'un tel documentaire ne peut laisser indifférent en raison d'une actualité pour le moins tumultueuse, une actualité qui appartient hélas à notre dramaturgie historique.

Bref rappel des faits. En 2013, Mohammed Merah assassine sept personnes lors de son périple meurtrier à Toulouse et à Montauban. En 2014, un forcené pénètre dans un commissariat. Il est abattu mais l'individu a eu le temps de blesser plusieurs personnes avec son révolver. La piste terroriste sera mentionnée mais ne sera jamais réellement corroborée. S'ensuivent alors l'attentat contre Charlie Hebdo, la fusillade à Montrouge, la prise d'otages au magasin Hyper Casher de la porte de Vincennes, puis dans une imprimerie de Dammartin (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_des_actes_terroristes_en_France). En sus, des villes telles que Nice, Paris et Saint-Etienne du Rouvray seront, entre autres, les cibles privilégiées d'une mouvance terroriste et radicale.
Son nom ? Daesh, une organisation également connue sous le cryptonyme d'Etat Islamique.

La genèse de ce mouvement remonte au milieu des années 2000 et s'alimente, entre autres, des idées et des doctrines prônées par Al-Qaïda. Dans notre actualité quotidienne, les journaux, les médias et la presse évoquent à la fois les attentats perpétrés par ce nouvel ennemi tout désigné, donc Daesh, mais aussi la nocuité d'autres mouvements peu ou prou analogiques, et prêts à en découdre pour ériger leur cause. Ce sont notamment le djihadisme et le salafisme. Selon le site Wikipédia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Salafisme), le salafisme est un mouvement qui a une lecture "littérale" du Coran et de la Sunna, avec notamment pour aspiration de revenir aux fondamentaux et à la genèse des textes fondateurs. 
De facto, en dépit de certaines dissonances, il est difficile de distinguer, voire de différencier tous ces mouvements peu ou prou homologues. 

Par ailleurs, certains salafistes n'ont jamais caché leur soutien, ostentatoire voire ostensible, envers les attentats et les exactions perpétrés par Daesh, que ce soit en France ou dans d'autres pays occidentaux. Et c'est exactement ce que tente de faire transparaître le bien nommé Salafistes, un documentaire pour le moins polémique et interdit aux moins de 18 ans par Fleur Pellerin, la Ministre de la Culture de l'époque et du gouvernement socialiste de François Hollande (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Salafistes_(film). Le documentaire de Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin n'échappe donc pas aux saillies et au couperet acéré de la censure.
A l'aune des attentats perpétrés un peu partout à travers le monde et d'une influence djihadiste majorée sur les réseaux sociaux, le gouvernement craint que certaines personnes fébriles soient appâtées, voire enrégimentées par ce genre de propagande. 

Après de longs louvoiements, la réprobation sera minorée à postériori pour passer à une interdiction aux moins de 16 ans. Dès lors, Inutile de préciser que le film n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles et encore moins et d'une diffusion sur nos chaînes de télévision. Les critiques se montrent elles aussi dubitatives. Si certaines personnes encensent l'uppercut asséné par le documentaire (c'est par exemple le cas de Claude Lanzmann), d'autres (Le Monde...) sermonnent et gourmandent un métrage qui dérive prestement vers l'oeuvre inique et propagandiste.
Evidemment, un tel décryptage et de telles acrimonies ne pouvaient échapper à la plume affûtée de Cinéma Choc
On tient donc là un documentaire éminemment scandaleux et pour cause... Puisque les deux journalistes, mués en cinéastes et en reporters pour l'occasion, choisissent de laisser libre cours à la parole à des salafistes et à des djihadistes qui se revendiquent comme tel, et qui pratiquent la charia. 

Toujours selon le site Wikipédia, la charia "représente dans l'islam diverses normes et règles doctrinales, sociales, cultuelles et relationnelles édictées par la révélationIl est d’usage de désigner en Occident la charia par le terme de loi islamique, qui est une traduction approximative puisque n'englobant que partiellement le véritable sens du mot (ce terme est d’ailleurs utilisé en place de droit musulman). La charia codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociales. Les musulmans considèrent cet ensemble de normes comme l’émanation de la volonté de Dieu (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charia).
Certes, les auteurs de ce documentaire pourront toujours arguer et clamer leur impartialité, ainsi que leur sens aigu de l'objectivité.

Pourtant, nonobstant certaines apparences matoises, Salafistes adopte, bon gré mal gré, une allocution ainsi qu'une rhétorique. Tout au long de Salafistes, une question point en filigrane. Que retenir, in fine, de ce documentaire ? Le pragmatisme porterait sans doute à morigéner, à raison, contre ses persécutions menées, manu militari, par un régime despotique qui pourchasse, punit, rudoie, supplicie et exécute à la fois les apostats, les larrons, ainsi que les homosexuels. Les femmes subissent à leur tour les préceptes et les doctrines de l'islam.
Les salafistes et les djihadistes admonestent et abhorrent notre société eudémoniste qui s'est confinée, à leur sens, dans une profusion de luxure et de consumérisme. La nouvelle guerre est déclarée et elle sera à la fois politique, idéologique, spirituelle et civilisationnelle.

Elle aura lieu notamment dans les banlieues et sur les réseaux sociaux en enrôlant à vil prix de fidèles dévotieux. C'est sans doute l'un des principaux enseignements de Salafistes. Le second, tout aussi proéminent, concerne cette lecture de l'islam. Dans ce type de régime rigoriste, la religion se transmute en loi irréfragable et, de facto, en une orthopraxie qui commandite et régente les actes de la vie quotidienne. En outre, difficile réellement d'honnir un tel documentaire même si les deux réalisateurs n'éludent pas l'écueil de la facilité en réitérant certaines vidéos de propagande tournées par Daesh. A contrario, difficile aussi d'adouber et d'édifier un tel film, sans doute parce que nous ne sommes pas encore préparés et surtout informés face à ces nouvelles belligérances d'un autre ordre. Un autre monde est en marche, une autre guerre se prépare en catimini, essaimant à la fois ces sentiments concomitants d'insécurité et de pusillanimité face à une menace éminente.
Cette dernière instituera la "Terreur" au grand dam d'un monde occidental incapable de réfréner et d'endiguer ce phénomène. Pas de note pour ce documentaire, donc...

 

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver