boulevard de la mort

Genre : action (interdit aux - 12 ans) 
Année : 2007
Durée : 1h50

Synopsis : C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce trio infernal, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menaçant... 

La critique :

Est-il absolument indispensable de procéder à l'exégèse de la carrière et de la filmographie de Quentin Tarantino ? Pas vraiment... Rétorqueront à raison les rares thuriféraires de Cinéma Choc, à savoir trois ou quatre personnes dans le monde et en comptant les auteurs du blog eux-mêmes. Certes, l'autodidacte, à la fois acteur, producteur, scénariste et réalisateur, est désormais une figure hiératique et incontournable du festival de Cannes et a démontré, à moult reprises, son érudition pour le noble Septième Art. In fine, Quentin Tarantino, c'est un peu cet agrégat de références qui louvoie entre le "Grand" cinéma avec sa pléthore de classiques sérénissimes et le cinéma bis avec sa floraison de productions ubuesques et iconoclastes. En résumé, Quentin Tarantino affectionne tout autant Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard, Eric Rohmer, John Woo et Shohei Imamura.

De facto, le cinéma encensé, produit, adoubé et réalisé par Quentin Tarantino se nourrit de ses divers courants cinématographiques. Ainsi, Reservoir Dogs (1992), Jackie Brown (1997) et le diptyque Kill Bill (2003 et 2004) coalisent des clins d'oeil sincères et énamourés au cinéma d'exploitation, que ce soit les arts martiaux magnifiés par la figure autocratique de Bruce Lee, la Blaxploitation, ou encore le genre mafieux voire policier. A raison, les contempteurs de Quentin Tarantino taxent le cinéaste et producteur de vil opportuniste, plagiant à satiété certaines productions méconnues du grand public. Par exemple, le diptyque consacré à Kill Bill s'apparente à une copie cérémonieuse mais éhontée de Lady Snowblood (Toshiya Fujita, 1973) ; ce que Tarantino, par ailleurs, n'a jamais nié ni réfuté.
Depuis ses premiers pas et balbutiements dans le Septième Art, le célèbre producteur et metteur en scène n'a jamais caché ses accointances ni son amicalité envers Robert Rodriguez, un autre parangon éminent du cinéma bis.

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Après avoir collaboré ensemble sur des projets tels qu'Une Nuit En Enfer (Robert Rodriguez, 1996), Desperado (Robert Rodriguez, 1995) et Sin City (Frank Miller, Robert Rodriguez et Quentin Tarantino, 2005), les deux fidèles affidés se liguent derechef pour produire et réaliser un diptyque en hommage aux films d'exploitation, ceux que Tarantino et Rodriguez ont sacralisés, divinisés et sanctifiés durant leur période juvénile. Le projet se nomme Grindhouse et fait évidemment voeu d'allégeance et d'obédience aux bisseries obsolescentes des décennies 1970 et 1980. Le même projet se segmente en deux actes bien distincts.
Le premier sera un film de zombies carnassiers et décrépits et s'intitulera Planète Terreur sous l'égide de Robert Rodriguez en 2007.

Le second se nommera Boulevard de la Mort, cette fois-ci sous l'omniscience de Quentin Tarantino, et sorti la foulée. Aujourd'hui, c'est le cas de Boulevard de la Mort qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Sur la forme, le film est une révérence, à peine dissimulée, à La Course à la Mort de l'An 2000 (Paul Bartel, 1975), un film d'action et de science-fiction des années 1970 qui dénotait, entre autres, par son impudence et ses cascades vrombissantes. Par ailleurs, Sylvester Stallone, qui tient un rôle proéminent dans le film de Paul Bartel, sera pendant quelques temps envisagé et même approché, pour tenir le rôle principal dans Boulevard de la Mort.
En l'occurrence, Quentin Tarantino n'a jamais caché son engouement, voire son extatisme pour le monde corseté et souvent galvaudé des cascadeurs.

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Sans ses techniciens orfèvres et avisés, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, Jason Statham et leurs nombreux succédanés ne seraient pas ses vedettes déifiées par ce cinéma bourrin et auréolé de virilité et de testostérone. Pourtant, nonobstant une promotion largement relayée par la presse et les médias, Boulevard de la Mort se soldera par une cuisante rebuffade commerciale. Non seulement, le film est un échec aux Etats-Unis, mais il est également ostracisé à travers le monde entier. Que soit. Quentin Tarantino n'en a cure et se rassérène en érigeant les critiques dithyrambiques, ainsi que les flagorneries d'une presse unanimement panégyrique.
Reste à savoir si Boulevard de la Mort mérite de telles idolâtries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

La distribution du film se compose de Kurt Russell, Zoë Bell, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, Mary Elizabeth Winstead, Sydney Tamiia Poitier, Tracie Thoms, Rose McGowan, Jordan Ladd et Eli Roth. Certes, le choix de Kurt Russell n'était pas forcément la priorité de Quentin Tarantino. De prime abord, le cinéaste et producteur lui préfère Mickey Rourke pour incarner la psychopathie de Stuntman Mike. Hélas, le comédien vaque déjà à d'autres projets et refuse à regret ce rôle de maniaque de la route. Tarantino fait alors appel à l'érudition de Kurt Russell, un comédien qui a édifié son statut d'héros désoeuvré et désenchanté à travers le fameux New York 1997 (John Carpenter, 1981).
Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de Boulevard de la Mort. Attention, SPOILERS ! C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. 

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Ce trio infernal, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menaçant... Certes, à l'aune de Planète Terreur, plutôt désappointant et lénifiant par ailleurs, c'est Boulevard de la Mort qui ressort largement vainqueur.
Sur le papier, le long-métrage de Quentin Tarantino possède de solides arguties pour appâter un large audimat. Paradoxalement, ce même public, peu enclin au cinéma bis de jadis, rechignera sur les déhanchés langoureux d'actrices un brin lubriques et sur la misogynie ostentatoire de Stuntman Mike.

Un autre monde en somme... Un autre cinéma. A travers cette pellicule transie d'impertinence et d'outrecuidance, Quentin Tarantino réalise le parfait condensé du cinéma bis de naguère, celui qui se polarise à la fois sur des conversations sibyllines, sur des héros d'infortune, sur d'interminables facondes pour subrepticement se transmuter en délire débridé et jubilatoire. 
Certes, sur la forme (bis repetita...), Boulevard de la Mort possède toutes les argumentations et scansions dans sa besace pour s'octroyer le titre du meilleur film de Quentin Tarantino.
Hélas, le verbiage restera au conditionnel même si on appréciera, au passage, ce bolide symbole d'un sexe, autrefois ithyphallique, et désormais en état de sérieuse détumescence. Et c'est exactement ce qu'incarne et ce que préfigure, bon gré mal gré, la figure psychopathologique de Stuntman Mike.

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Rien que son monogramme paraît improbable, tout comme son accoutrement obsolescent. Ce personnage aux antipodes des héros habituels semble sourdre de nulle part, au mieux d'un comic book subsidiaire. Quentin Tarantino sait qu'il peut escompter sur la diligence et la précellence de Kurt Russell pour magnifier ce protagoniste retors et fallacieux. Oui, Boulevard de la Mort est un film intrinsèquement féministe qui promeut la gente féminine comme cette quintessence furibonde qui rudoie, gourmande et castre la figure masculine et virile.
Cette rhétorique vindicative n'est pas sans réitérer, par certaines assonances, les dialectiques vengeresses du rape and revenge. Toutefois, Quentin Tarantino élude d'obliquer sur cette route escarpée. Dans Boulevard de la Mort, ce sont les femmes qui prennent le volant pour punir et assaillir le transgresseur, ici en sérieuse déliquescence. 

Oui, le métrage essaime, çà et là, quelques thématiques captivantes mais hélas spinescentes ; restant finalement à l'état d'ânonnement. Indubitablement, Boulevard de la Mort est victime de ses sempiternelles logorrhées, ainsi que de ses chutes de rythme et de tension hélas préjudiciables au potentiel bien réel du film. Sur presque deux heures de bobine (enfin, une heure et cinquante minutes...), Boulevard de la Mort peut s'enhardir de vingt minutes tonitruantes. Le reste ne se résume qu'à de longues facondes qui désarçonneront à raison certains dépréciateurs.
In fine, je reconnais également ne pas appartenir à cette caste patentée qui adule et louange la moindre exhalaison pestilentielle proférée par Quentin Tarantino. De facto, ma note finale ne fera pas vraiment preuve d'objectivité, et encore moins de mansuétude.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver