Daughter_of_Darkness

Genre : Thriller, horreur, érotique, trash (interdit aux - 18 ans à Hong-Kong/interdit aux - 16 ans chez nous)

Année : 1993

Durée : 1h36

 

Synopsis :

Après avoir été violé par son père, l'adolescente Mak Wei-Fong décide de se venger contre sa famille abusive qui a gardé le silence sur cet acte et ainsi sauver la relation avec son petit ami.

 

La critique :

Eh bien, il n'aura pas fallu attendre longtemps avant que cet Erasmus ne tombe à l'eau pour des raisons médicales. Au vu de ces bouleversements aussi inattendus que catastrophiques, je ne vous cache pas que je n'étais guère inspiré par la rédaction de nouvelles chroniques, incapable de penser à autre chose. Mais même s'il me restera un arrière-goût en bouche pendant longtemps, je me dis qu'il est peut-être un peu tôt pour broyer déjà du noir à 24 ans, quand bien même le retour aux températures belges aient raison de mon tirage de gueule qui pourrait au moins être atténué si je me retrouvais à travailler à la capitale (je vous ai dit que j'étais un fêtard). Bon que soit, finaliser ma très courte période d'à peine 1 semaine qui a su, au moins, me laisser le temps de savourer le superbe jambon ibérique artisanal ne pouvait se faire sans la chronique d'un film digne de la réputation de Cinéma Choc.
Après m'être lancé dans la chronique de Cat III bien auparavant avec le très sympathique Seeding of a Ghost et le médiocre Horrible High Heels récemment, je me disais que pourquoi ne pas y retourner, sachant que j'avais depuis longtemps dans ma ligne de mire le film d'aujourd'hui du nom de Daughter of Darkness, réalisé par Ivan Lai dont la pochette ne laisse pas indifférent. 

Si ce réalisateur est, au mieux, un relatif inconnu au sein du grand public, il jouit d'une réputation indiscutable chez les amateurs de films borderline qui foutent un gros coup de boules dans les burnes du politiquement correct. On lui doit de nombreux titres tels The Peeping Tom (à ne pas confondre avec le film de Michael Powell), The Blue Jean Monster ou encore A Fake Pretty Woman. Cependant, Daughter of Darkness est souvent cité comme son métrage le plus proéminent et le plus abouti, qui plus est sa graveleuse réputation l'a hissé comme l'un des incontournables de la Cat III aux côtés de prestigieux titres, à savoir The Untold Story, Ebola Syndrome et Red To Kill pour les plus connus. Rappelons que la Cat III regroupe les films les plus immoraux de Hong-Kong et correspond à une interdiction aux moins de 18 ans, tandis qu'elle se limitera à une simple interdiction aux moins de 16 ans chez nous. Le succès de Daughter of Darkness sera suffisamment important que pour engendrer une suite un an plus tard, toujours sous la direction de Ivan Lai, ainsi qu'un métrage aux nombreuses accointances nommé Brother of Darkness, cette fois-ci conçu par Billy Tang à qui l'on doit le fameux Red To Kill susmentionné. Dans un genre où les navets et daubes les plus indigestes pullulent dans une bien malheureuse harmonie, il est toujours intéressant de ressortir du chienlit les pellicules dignes d'intérêt. 

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ATTENTION SPOILERS : Après avoir été violé par son père, l'adolescente Mak Wei-Fong décide de se venger contre sa famille abusive qui a gardé le silence sur cet acte et ainsi sauver la relation avec son petit ami.

La Cat III est un peu cette catégorie qui divisera systématiquement les critiques voyant d'un côté un trait jubilatoire, de l'autre une grossièreté racoleuse. On est en droit d'affirmer que c'est souvent un style qui ne se prend pas au sérieux, assumant pleinement son côté série B décalé en contraste total avec une violence élevée. Un gros "WARNING" est à pointer quand humour noir se mêle au cauchemar sanglant. La plupart des réalisateurs tentant le coup se voyaient souvent se vautrer en beauté en suscitant des quolibets mérités ou au mieux un ennui poli. On ne va pas se mentir, le scénario n'étant pas toujours le point fort, difficile d'accoucher d'un produit satisfaisant.
Au moins, Daughter of Darkness peut se targuer d'un concept narratif plutôt intéressant lorgnant du côté de la vengeance féminine. Un thème de prédilection de nombre de thrillers exploitant la revanche de la femme sur un patriarcat oppresseur et dominateur la réduisant à quia. Cette approche typiquement féministe apportait une bouffée d'air frais dans le paysage cinématographique au début de son exploitation. Exploitation toujours d'actualité, bien que le concept ait aussi été abordé par les tâcherons. Indubitablement, Ivan Lai a des ambitions et nourrit l'espoir d'apporter ses lettres d'intelligence à un genre souvent galvaudé. En choisissant le parti de la narration antichronologique, c'est une nouvelle dose d'originalité à préciser. On peut diviser le métrage en deux parties.

L'histoire débute par l'enquête d'une famille massacrée, confiée entre les mains du capitaine Lu Qi, un policier obsédé sexuel aux méthodes peu orthodoxes se servant de son statut de policier pour appliquer sa loi propre. A ce niveau, Lai va s'en donner à coeur joie en fustigeant des instances policières corrompues, malsaines, ne faisant montre d'aucune intégrité. Le capitaine ne se gêne pas pour arrêter un homme sans quelconque mandat pour le frapper par la suite car il défie son autorité. A cela, le film s'arroge le droit d'évoluer dans un contexte de régime communiste où délation et méthodes judiciaires brutales sont monnaie courante. Allégorie d'un totalitarisme policier exerçant une emprise totale sur les citoyens, mettant de côté tout bon sens, autant se dire que les procédures sont loin de toute forme de professionnalisme. Toute cette partie de l'enquête est dans la plus pure tradition du rocambolesque où le film ne se prend pas du tout au sérieux. Dans une séquence absolument mémorable, Lu Qi, en compagnie de sa nouvelle jeune collègue, lui apprendra ses méthodes d'enquête.
Pour établir l'heure de la mort, rien ne vaut que le palpage de poitrines car les seins durcissent visiblement en premier. La dépravation aux tonalités nécrophiles de cet homme caressant abondamment les poitrines des mortes parvient à nous arracher des rires spontanés devant l'humour amoral fièrement affiché. Dans cette première partie, Lai s'attarde sur cette même enquête qui amènera à voir Fong, seule survivante des lieux lui contant ce qui s'est réellement passé. Autant dire que, en dépit de moments géniaux, cette première moitié s'éternise parfois trop sur certains points donnant un coup de mou qui ne met pas en confiance sur la suite des événements.

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Du pur moment d'humour noir, Lai retourne son spectateur comme une crêpe en versant dans le drame familial le plus nihiliste possible. Cette fois-ci, fini l'abondante cocasserie et place à quelque chose de beaucoup plus sérieux. Dans un interrogatoire, Fong évoque son passé marqué par une famille dans laquelle elle est la souffre-douleur où railleries et baffes sont monnaie courante. Elle est surveillée, rabrouée en toute circonstance, que ça soit par ses parents ou ses frères et soeurs. Alors que d'apparence extérieure, les gens la voient comme une fille épanouie et souriante, ce masque cache un profond mal-être la rongeant, perdue dans une spirale de harcèlement que rien ne semble être en mesure de réfréner. L'environnement familial est le lieu de tous les maux et souffrances de Fong où chaque seconde dans cette maison est un calvaire. Ce microcosme antipathique se plaît à imposer son totalitarisme sur cette frêle jeune fille vivant une innocente relation avec son copain.
Alors que la légèreté précédente était d'application, c'est la violence la plus viscérale qui sera reine des lieux, offrant un contraste total avec qui nous était montré avant. Le viol incestueux va être ce qui mettra le feu aux poudres, voyant Fong, à force d'être abusée par son père, développer des pulsions meurtrières après une ultime séance de torture psychologique, ligotée nue au beau milieu du salon. 

Si nous étions mis au courant du devenir de cette répugnante famille, autant dire que la sauvagerie du massacre familial a de quoi méduser le cinéphile tant la bestialité est reine des lieux. Le sang fuse et gicle. La mère se fait abattre comme une bête d'une balle dans le dos en tentant de fuir et le restant de la famille connaîtra un sort tout aussi peu reluisant face à cette Fong possédée par l'envie de meurtre. Si la violence graphique est indiscutable, la grande force de Daughter of Darkness est de jouer plus férocement sur une violence psychologique naissant sur une oppression persistante de cette victime complètement désarmée avant de se servir du couteau libérateur.
Cet acte passant verra le film se clôturer dans un tableau de noirceur à même de plomber le moral d'un clown. Si on retrouvera un humour noir d'une subtilité admirable, il vaut mieux se dire qu'il n'atténue en rien le choc. Au contraire, il accentue le malaise et la perversité d'une épouvantable histoire lorgnant dans la macabre tragédie. Une histoire dont le seul défaut sera sa durée qui aurait méritée d'être raccourcie en supprimant, çà et là, des scènes dans un premier chapitre faiblard. 

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Visuellement, on ne va pas dire le contraire que Daughter of Darkness n'est pas la pellicule qui bercera avec délectation vos yeux. Si nous sommes admiratifs de la façon de filmer, des cadrages, les décors communs au possible ne bénéficient pas d'une volonté de les rendre beaux. Un caractère anodin, j'en conviens, mais qui pourra porter à préjudice pour les puristes d'esthétique. On se permettra de faire une mention à une excellente bande son lorgnant dans le mélancolique, plus que dans le malsain. La séquence de copulation entre Fong et son mec voit la musique avoir une grande importance dans la beauté désenchantée de ce passage si beau et si pur.
Et pour les acteurs, les thuriféraires de la Cat III jubileront de voir le fameux et génial Anthony Wong incarnant à merveille ce policier grotesque. Le casting de prestige verra la star Lily Chung toute aussi bonne (sans vouloir faire de jeu de mots) dans le rôle de cette victime féminine comme il en existe bien d'autres. William Ho Ka-Kui revêt lui aussi avec excellence les oripeaux d'un père innommable, abject en tout point. Pour le restant, on a Money Lo, Hugo Ng et Lo Hung pour les principaux. 

Dès lors, Daughter of Darkness se présente comme un métrage d'une grande intelligence dans une catégorie bien malheureusement souvent résumée à du gore et de la violence sans fond. Démarrant sur une atmosphère burlesque, l'histoire en vient à sombrer dans le sordide le plus glacial dans sa deuxième partie, malmenant le cinéphile pris au piège de cet enfer familial déshumanisé où personne n'est à sauver, pas même la fille qui les massacrera dans un excès de rage très compréhensible, il est vrai. Certes, Daughter of Darkness est d'une effroyable perversité où sexe et sang sont intimement liés mais il retransmet aussi moult sentiments tels que la tristesse, la peur, la douleur et même la rédemption. Lai prouve que la Cat III ne se résume pas à du bête trash à l'intérêt limité mais peut arborer une forme de maturité respectable où les spectateurs ne sont aucunement pris pour des cons.
Glauque, dérangé, choquant, malsain, à réserver à un public averti mais d'une singulière beauté qui n'aura pas usurpée sa réputation de grand classique du cinéma hong-kongais. 

 

Note : 14/20

 

 

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