L-Amerique-interdite-Documentaire

Genre : shockumentary, trash, documentaire, "documenteur" (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1977
Durée : 1h35

Synopsis : L'Amérique du sensationnel. L'Amérique cachée. Celle du sexe et de la violence. Celle des boîtes de nuit très spéciales, des bas-fonds new-yorkais, des représentants de commerce aux articles pour le moins "inhabituels". L'Amérique qui cherche à se cacher, mais qu'un cinéaste européen a su aller débusquer. Celle des morts sur le trottoir et des masochistes en cuir noir... 

 

La critique :

Indubitablement, le blog Cinéma Choc se nourrit et affectionne à la fois les commentaires de ses rarissimes thuriféraires. Pour souvenance, il y a quelques mois, un commentateur avisé stipulait que le site manquait un peu de panache et d'ardeur, adoptant un rythme un peu trop placide depuis belle lurette. Que les laudateurs du blog se rassérènent ! Cinéma Choc enchaîne, comme vous l'avez sans doute remarqué, à une vitesse fulgurante voire stratosphérique, les films trash, déviants, expérimentaux, anthropophagiques, ainsi que les "Mondo" et les shockumentaries, pour la plus grande euphorie de ses propres auteurs ; mais aussi au grand désarroi de ceux qui opteraient pour davantage de courtoisie et de bienséance. 
Cependant, le choix de s'orienter, en toute impunité, vers les oeuvres underground, scandaleuses et extrêmes a aussi ses écueils et ses corolaires.

Si ce registre cinématographique contient évidemment quelques longs-métrages chocs, polémiques et cérémonieux, il propose à contrario tout un florilège de navets et/ou de nanars calamiteux. Preuve en est avec le "Mondo" et le shockumentary. De facto, Cinéma Choc tient aussi à se récuser pour les chroniques récentes de Banned From Television : Prison Files (Joe Francis, 1998) et pour Bad Cops produit et réalisé par Brain Damage Films, une firme indépendante et obscure en 2000. Via cette la chronique du jour, Cinéma Choc revient derechef à un sous-genre du cinéma bis et d'exploitation, le "Mondo". Comme son intitulé l'indique, ce registre consiste en une rétrospective, tantôt pittoresque, tantôt insolite, tantôt virulente des us et des coutumes à travers le monde.
Le "Mondo" adopte donc une dialectique oecuménique et séculaire pour estourbir un audimat transi de scopophilie et de consumérisme ad nauseam.

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N'ayez crainte. Nous ne commettrons pas l'offense de procéder à l'exégèse du "Mondo". Néanmoins, nous rappellerons que le long-métrage prodrome se nomme Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Paolo Cavara, 1962), un premier chapitre qui se décline en diptyque l'année suivante via un inévitable Mondo Cane 2 (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Paolo Cavara, 1963). Présenté au festival de Cannes, Mondo Cane premier du nom suscite les invectives et les quolibets pour son propos trivial et sa myriade de saynètes fantaisistes et outrancières.
La censure et le festival cannois fulminent devant ce déluge obscène et de diverses salacités proférées à satiété. Or, ce documentaire, épris de véracité, est en réalité factice, emprunté, voire préfabriqué. Toutes les séquences, à fortiori bien réelles, sont interprétées par des acteurs amateurs ou anonymes.

Contre toute attente, la duperie matoise fonctionne et Mondo Cane influence et génère de nombreux épigones. Les flagorneurs de ce registre cinématographique n'omettront pas de notifier des oeuvres telles qu'Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Addio Ultimo Uomo (Alfredo Castiglioni, 1978), Shocking Asia (Rolf Olsen, 1976), Les derniers cris de la savane (Antonio Climati et Mario Morra, 1975), Africa Erotica (Alfredo Castiglioni, 1975), ou encore L'Afrique Secrète (Alfredo Castiglioni, 1971). Pour le cinéma d'horreur transalpin, le "Mondo" représente la manne providentielle via ce goût immodéré pour la violence, le gore et les parties d'agapes et de priapées.
Cerise sur le gâteau, ce genre de pellicule prosaïque ne coûte pas chère à financer, à écrire, à produire ni à réaliser, pour la plus grande béatitude de ses commanditaires.

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Dans cette floraison prodigue et affable d'oeuvres inconvenantes, vient également s'agréger un autre fleuron du "Mondo". Son nom ? L'Amérique Interdite, réalisée par les soins de Romano Vanderbes en 1977. Pour la faribole superfétatoire, ce "Mondo" est aussi sorti sous les cryptonymes de This Is America et Jabberwalk. Pour le reste, Romano Vanderbes est essentiellement connu pour le diptyque formé justement par L'Amérique Interdite et par L'Amérique Interdite 2 (1980). Par la suite, il signera encore un autre "Mondo" décrépit, America Exposed (1991), avant de disparaître subrepticement des écrans-radars à postériori. Jusqu'ici, le "Mondo" et le shockumentary s'étaient essentiellement polarisé sur la mort, la gastronomie, la luxure, la concupiscence, les séries de bacchanales et un continent africain en voie de déréliction et de déperdition.

Il était donc temps de consacrer un pseudo documentaire (un "documenteur"...) qui rendrait allégeance et obédience aux facéties, aux prévarications et aux désinvoltures de l'Oncle Sam. Tel est le principal syllogisme de L'Amérique Interdite. Au moment de sa sortie, le film de Romano Vanderbes sera soumis à l'ultime animadversion via une interdiction aux moins de 18 ans. Heureusement, la réprobation sera minorée par la suite pour passer à une interdiction aux moins de 16 ans. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de L'Amérique Interdite !
Attention, SPOILERS ! L'Amérique du sensationnel. L'Amérique cachée. Celle du sexe et de la violence. Celle des boîtes de nuit très spéciales, des bas-fonds new-yorkais, des représentants de commerce aux articles pour le moins "inhabituels". 

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L'Amérique qui cherche à se cacher, mais qu'un cinéaste européen a su aller débusquer. Celle des morts sur le trottoir et des masochistes en cuir noir... Pour les amateurs de sensations fortes et sanguinolentes, prière de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. L'Amérique Interdite ne gage absolument pas sur le gore et la profusion d'érubescence. En ce sens, ce "documenteur" se singularise de la série des "Mondo" consacrés à une Afrique paupérisée, mutilée et atrophiée de sa substance primordiale au nom d'une globalisation factieuse et forcenée.
Opportuniste, Romano Vanderbes nous propose un périple dans les confins parfois proverbiaux, parfois reculés du territoire américain. Autant l'annoncer sans ambages. Sur la forme comme sur le fond, L'Amérique Interdite s'apparente à une véritable plaidoirie du rêve américain dans toute sa splendeur et sa grandiloquence.

Toutes les fantasmagories et affabulations sont ici coalisées et intrinsèquement reliées à une nation à la fois libertaire, lubrique, fétichiste, scoptophile et même sadomasochiste. De facto, le didactisme du long-métrage repose peu ou prou sur les mêmes scansions libidineuses. Dans certains quartiers chics, les édiles politiques et les hommes de pouvoir possèdent leur propre garçonnière et s'adonnent à des parties sauvages avec d'habiles gourgandines. Evidemment, un tel propos ne manquera pas de susciter quelques sarcasmes et épigrammes circonstanciés de la part du spectateur médusé.
Vous l'avez donc compris. L'Amérique Interdite revêt les oripeaux peu soyeux du "Mondo" usité et galvaudé par ses propres obsolescences. 
Si à l'époque, ce défilé de barbus et de stupres pouvait éventuellement ulcérer, il est aujourd'hui usurpé, faisandé, mortifié, voire décharné. Certes, le "Mondo" de Romano Vanderbes dégage un capital sympathie indubitable, mais le film souffre d'une certaine caducité via cette promotion à peine déguisée de la culture hippie. In fine, L'Amérique Interdite flagornera sans doute les nostalgiques de ce genre de pellicule joliment désuète.
Les autres maronneront et stigmatiseront à raison cette bisserie impécunieuse d'une autre époque et qui souffre, entre autres, de la métaphore avec ses antagoniques du même acabit. Allez, par pure miséricorde, nous accorderons à cette série B insouciante une mention passable, ni plus ni moins.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver