amerique interdite 2

Genre : shockumentary, trash, documentaire, "documenteur", "Mondo" (interdit aux - 16 ans)
Année : 1980
Durée : 1h45

Synopsis : L'Amérique du sensationnel. L'Amérique cachée. Celle du sexe et de la violence. Après un premier chapitre salace, L'Amérique Interdite est de retour via un chapitre encore plus trivial et racoleur avec sa floraison de protubérances, de bacchanales et de saynètes toujours plus insolites. 

 

La critique :

Suite (et fin ?) du cycle consacré aux shockumentaries et au "Mondo". N'ayez crainte, nous ne commettrons pas l'offense ni l'outrecuidance de procéder à l'exégèse de ce sous-genre du cinéma bis et d'exploitation. Pour souvenance, nous avions abordé récemment le cas atypique de L'Amérique Interdite, l'un des ténors prédominants (si j'ose dire...) du "Mondo". En 1977, le cinéaste Romano Vanderbes se consacrait au "Mondo" urbain en explorant et en scrutant la face cachée de l'Amérique secrète et interdite. C'est presque l'intitulé du film par ailleurs...
Opportuniste, l'auteur démiurgique reprenait sans fard les scansions tribales et séculaires de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962), le film prodrome du genre "Mondo", pour les incorporer chez l'Oncle Sam.

En vérité, L'Amérique Interdite est un "Mondo" de son époque et s'apparente à une élégie libertaire qui prône à la fois la félicité sexuelle, les parties d'agapes et de priapées et surtout une populace soudoyée par l'eudémonisme, la culture hippie et le consumérisme ad nauseamIl était donc logique, voire intrinsèque que Romano Vanderbes réitère peu ou prou le même syllogisme et les animosités analogiques dans une suite superfétatoire et absconse. Son nom ? L'Amérique Interdite 2. Trois ans plus tard, le metteur en scène franchit cette frontière ténue et rédhibitoire entre le documentaire vérité et le shockumentary factice et bonimenteur. Déjà, à la base, le premier volet ne brillait guère pour sa courtoisie, ses convenances ni pour sa bienséance. Pis, le métrage conglomérait à lui tout seul toutes les impudicités d'une Amérique à la fois insouciante, libidineuse et imprégnée par les péchés d'hédonisme à tous crins et de concupiscence.

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Si L'Amérique Interdite premier du nom ne bénéficie pas d'une sortie dans les salles obscures (ou alors dans quelques salles indépendantes...), le film culmine via le support vidéo. Aux yeux de Romano Vanderbes, c'est un argumentaire suffisant pour rééditer les mêmes performances érotomanes. Bienvenue dans L'Amérique Interdite 2 ! Cette fois-ci, pas question de céder à la tentation de la frilosité et de la débonnaireté ! Autant se montrer philanthrope et affubler le spectateur éberlué de toute une pléthore de saynètes outrageantes avec du fétichisme et du sadomasochisme à satiété ! Vous aviez déjà trouvé le premier épisode assez calamiteux et ordurier ?
Alors, soyez rassérénés... Ce second méfait dépasse allègrement son sinistre devancier en termes d'impudicités et de grivoiseries étalées joyeusement à l'écran sur sa durée académique d'une heure et 45 minutes de bobine ! Oui, r
ien que ça...

L'Amérique Interdite 2, c'est un peu ce "Mondo" lascif et lubrique qui atteint son paroxysme à l'orée des années 1980, soit une décennie justement assignée par ce refus obstiné de tout interdit, de toute réprimande et de toute objurgation... Un peu comme si la culture hippie l'avait définitivement emporté sur la loi et le patriarcat... Une lapalissade ! Pour l'anecdote futile, cette suite est également sortie et connue sous le cryptonyme de L'Amérique Secrète. Pour le reste, L'Amérique Interdite 2 est une véritable collection de protubérances et de gourgandines joyeusement dépoitraillées pour l'occasion. A chaque séquence (ou presque...), le long-métrage suinte arrogamment entre l'érotisme hard et la pornographie soft, à l'instar de cette saynète arborant de musculeux danseurs se trémoussant, entièrement dévêtus, devant une gente féminine histrionique. 

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Au détour d'une scène élusive, c'est une spectatrice obscène qui entame une fellation langoureuse sur le sexe ithyphallique d'un bateleur anonyme. Même la gastronomie bourgeoise et opulente s'empare de ce pénis turgescent à travers des pâtisseries aux formes sensuelles et extravagantes, mimant entre autres le clitoris et la cavité anale. Une cliente avale goulûment un prépuce métamorphosé en pain d'épice. Dès lors, inutile de préciser que ce "documenteur" ne verse pas spécialement dans la finauderie ni dans la finasserie, au grand dam du spectateur médusé. 
Après avoir longuement exposé une Amérique transie de sexe, de saphisme et d'orgies luxuriantes, L'Amérique Interdite 2 nous plonge dans la face vespérale de l'Oncle Sam et prend alors la forme d'un "Mondo" urbain.

Cette fois-ci, la caméra de Romano Vanderbes analyse et scrute les bas-fonds de la ville de New York, en particulier les égouts putrescents de la cité. Dans ces endroits lugubres et diffamés, se tapit une population répudiée et ostracisée qui vit parmi les rats. Pis, ces animaux, qui pullulent et s'amoncèlent dans le plus grand secret, se délectent de la chair humaine et menacent désormais le monde entier. Selon les sources officielles (hum...) du film, il y aurait (une information vraiment à minorer et à guillemeter) vingt rats pour un seul habitant new yorkais ! 
Pourtant, cet état de fait n'alerte aucunement le gouvernement ni les autorités compétentes. Avec le temps, l'animal s'est même mué en "super rat", atteignant de surcroît des proportions gargantuesques. 
Evidemment, et vous vous en doutez, Romano Vanderbes élude de nous montrer le moindre "super rat" à l'écran et préfère se polariser sur cette paupérisation de la plèbe, cette dernière s'abritant dans les anfractuosités oubliées de la ville. 

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A cela, s'ajoutent quelques fariboles pittoresques et circonstancielles, entre autres ces nonnes entraînées pour les arts martiaux et surtout pour se défendre d'une violence et d'une criminalité exponentielle. C'est donc grimées en bonnes soeurs vachardes et revanchardes que ces dernières appliquent, sans sourciller, les prises de judo les plus incongrues contre des experts mâles et chevronnés. Puis, dans sa dernière section, L'Amérique Interdite 2 conglobe plusieurs séries d'accidents de la route et sportifs, ainsi que plusieurs peines capitales exécutées sur des serial killers tristement notoires. Cette suite ne s'inspire donc pas seulement de Mondo Cane, mais vient également renâcler du côté de Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978). 
Vous l'avez donc compris. Via L'Amérique Interdite 2, Romano Vanderbes ne nous épargne aucune excentricité et verse outrageusement dans le shockumentary indigent et parfois même (un peu...) dans le death movie accessoire. On serait probablement enclin à se laisser soudoyer par cette floraison de bacchanales et de femmes totalement dénudées si ce documentaire ne côtoyait pas continûment l'hilarité au funambulesque. Rien que pour ces rats transmués en créatures protéiformes et pour ces nonnes expertes en karaté, difficile de ne pas pouffer et donc, de ne pas qualifier cette suite de film prosaïque et de petit nanar inconséquent. A la rigueur, seuls les nostalgiques de "Mondo" et de culture hippie débridée seront peut-être conquis par ce panorama licencieux et libertin. Les autres fustigeront et clabauderont à raison contre cette production calamiteuse, digne des pires "Mondo" produits et réalisés entre l'orée des années 1960 et la fin des années 1980.

 

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver