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Genre : Comédie horrifique, fantastique, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 1994

Durée : 30 min

 

Synopsis :

Francesca dérobe au fin fond du Mexique une statue aztèque. De retour en France, elle laisse provisoirement l'encombrant objet à son amie Brigitte. Mais celle-ci est mariée à une brute patentée, Léon, qui brise la statue, provoquant en lui la réincarnation de Vibroboy, super-héros névrotique doublé d'un maniaque sexuel techno-primitif.

 

La critique :

Je ne m'étendrai pas, une fois de plus, à développer la problématique de cette époque difficile pour le cinéma français tant en termes de logique économique que de mentalité. Les laudateurs de films transgressifs, écartelant la bien-pensance savent fort malheureusement que la France n'est pas le pays qu'ils louangeront, ou du moins pas autant comparé à certains. Un article made in AlloCiné (bien que je n'aime absolument pas ce site) étayait avec un certain talent le pourquoi du cinéma d'horreur boudé en France. Pour ne rien arranger, des réalisateurs reconnus ayant dû s'exporter ne se privèrent pas de balancer à la face du pays des invectives bien senties sur la situation actuelle. Ainsi, c'est toujours un petit événement quand un film français borderline sort.
Pas de Gaspar Noé ou de Pascal Laugier qui tienne aujourd'hui mais Jan Kounen, réalisateur français d'origine hollandaise qui a eu cette chance de se créer une notoriété non négligeable. De fait, alors qu'il est encore à l'Ecole des arts décoratifs de Nice, il se complait à la réalisation de plusieurs court-métrages, suivi de la réalisation de vidéoclips dont 4 pour le groupe britannique Erasure faisant un très bref intermède à sa carrière naissante. En 1994, retour aux sources avec le, toujours, court-métrage Capitaine X pour suivre avec Vibroboy quelques mois plus tard, s'auréolant d'une reconnaissance non négligeable au moment de sa sortie puisqu'il remporta le très convoité et prestigieux Prix de la Recherche au festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand. Une boutade mais c'est toujours mieux que rien !

Toutefois, et ce en dépit de bonnes critiques qu'il cultive, sa notoriété ne commencera vraiment à prendre de l'ampleur qu'à la date de création de son premier long-métrage qui n'est autre que Dobermann, un film d'action excentrique mettant en scène le couple Vincent Cassel et Monica Bellucci. Il faudra attendre 7 ans pour que son deuxième projet, Blueberry, l'expérience secrète, ne naquisse avec en guest star Vincent Cassel et Michael Madsen. Trois autres films suivront dans la foulée jusqu'en 2013 où Kounen effectuera un virage dans le documentaire qu'il avait déjà préalablement abordé en 2004 et 2005. Sa dernière création en date est une mini-série sobrement intitulée The Show sortie en 2018. Comme vous pouvez le voir, il ne s'agit pas pour moi de me diriger dans sa période la plus connue mais plutôt de revenir à la période avant en traitant de ce que certains considèrent comme le court-métrage le plus célèbre de son auteur, donc Vibroboy traînant une réputation de film... particulier dans son sillage. Lorsqu'un téméraire se lance dans un projet d'envergure français où audace et originalité en seront les fers de lance, je réponds toujours présent.

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ATTENTION SPOILERS : Francesca dérobe au fin fond du Mexique une statue aztèque. De retour en France, elle laisse provisoirement l'encombrant objet à son amie Brigitte. Mais celle-ci est mariée à une brute patentée, Léon, qui brise la statue, provoquant en lui la réincarnation de Vibroboy, super-héros névrotique doublé d'un maniaque sexuel techno-primitif. 

Le synopsis parle de lui-même. Exit la comédie dramatique mou du genou ou le simple drame insipide condamné à une minable diffusion une après-midi de dimanche pluvieux. Place à quelque chose de totalement singulier, ou dirais-je plutôt wtf, dans le cinéma français ! Le récit aussi con qu'un pied de chaise, pour peu que nous soyons ouverts d'esprit, ne peut que titiller notre curiosité. Une séquence très rapide façon found footage pour démarrer la situation. Situation se déroulant dans un temple aztèque plongé dans l'obscurité voyant deux explorateurs fuyant quelque chose. L'instant d'après, une belle blonde courtement vêtue marche vers un hameau désertique pour retrouver son amie Brigitte. La blonde étant en fait un travesti homosexuel qui calmera les ardeurs d'un bon nombre d'hétérosexuels. Les retrouvailles ne tiennent pas du hasard vu que Francesca, s'appelant Francis en réalité, lui offre cette mystique statue comme cadeau d'anniversaire. Malheureusement pour le travesti, Brigitte est mariée à Léon, le bon gros beauf de service gras du bide en marcel blanc dégueulasse cumulant homophobie, machisme et misogynie. Le summum du sex-appeal ! Inutile de dire que Francis n'est pas le bienvenu.
Cependant, au moment où la statue se retrouvera dans la caravane, tout partira en vrille, du moins encore plus qu'avant car Vibroboy affiche un style brut de décoffrage puisant ses inspirations dans le cyberpunk japonais, et notamment dans Tetsuo, égérie du mouvement.

Mais si Tetsuo se parait d'un style sérieux, eschatologique et dénonciateur d'une société malade envahie par la technologie, Vibroboy se contente de nous offrir du fun, du n'importe quoi, de la violence absurde, le tout avec un fond burlesque, comique, parfois même tragicomique. Le film se veut avant tout décomplexé, sans prise de tête si ce n'est de propulser l'esprit du cinéphile au court-circuitage. En brisant la statue, Léon se transformera en monstre mécanique semant le chaos dans ce campement de ploucs perdus on ne sait où. C'est dans ce dernier tiers que les influences cyberpunk surgiront après les deux tiers plus terre-à-terre (un terme à mettre vraiment entre guillemets). Autant dire que les 30 minutes passeront très très vite, Kounen multipliant les séquences politiquement incorrectes et/ou jubilatoires. L'agression gratuite envers Francis le forçant à entonner le chant "Parlez-moi d'amour", la dispute mémorable entre Brigitte et Léon dans la caravane avant que tout ne parte en sucette.
Une dispute voyant Brigitte se défendre avec un robot mixer, tandis que Léon tient à lui fourrer la statue transformée en gode droit dans son fondement après l'avoir greffé à un étrange appareillage mécanique bruyant. Kounen se fait plaisir, ne se refuse aucune excentricité pour notre plus grand bonheur quand bien même notre minable cervelle sera détruite devant tant d'insolence. Seule ombre au tableau, une fin expédiée de manière grossière et frustrante. 

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Bien sûr, je ne peux finir, comme vous le savez, cette chronique sans toucher un mot sur toute la plastique du film. On se plaira à observer une esthétique tout bonnement remarquable avec prédominance de couleurs chaudes lorgnant vers le rouge, le jaune et le brun. Un cachet intéressant se démarquant du désespérant classicisme vu dans un nombre non négligeable d'oeuvres françaises contemporaines. Le style léché renvoie immanquablement au remarquable Delicatessen. Rien d'étonnant vu que Marc Caro officie en tant que directeur artistique. C'est ça qui est surprenant avec Vibroboy. Alors que tous les indicateurs penchaient en faveur d'un court-métrage fauché, c'est un véritable exercice de style qui s'impose. Le rythme suit sans que le spectateur ne perde une miette.
Les plans sont bien pensés avec gros plans sur les gueules en furie des protagonistes. Pour la bande son, on n'en parlera pas car elle est quasi inexistante. Enfin, l'interprétation des acteurs vaut pour beaucoup dans la réussite de Vibroboy, étant parfaitement dans la peau d'individus loufoques, de malades mentaux parlant comme des charretiers. Michel Vuillermoz, Dominique Bettenfeld et Valérie Druguet gèrent la chose admirablement bien.

Vibroboy peut se voir, à juste titre, comme un bijou délirant d'irrévérence où le surréalisme complètement barré est parfaitement assumé. Cette mise en scène que l'on devine avoir été réalisé sous l'influence de substances psychotropes (l'initiation aux plantes psychotropes de Jan Kounen lors de son voyage dans la jungle péruvienne est authentique) est pourtant loin d'être crétine. Si le film se pare d'un manteau d'imbécilité voulue, tout le traitement s'inscrit dans un véritable tour de force cinématographique où il est bien difficile de réfuter le professionnalisme d'une oeuvre déjantée, bourrée de bonnes intentions. Totalement dingue et survolté, l'humour fait mouche au point de nous faire passer une belle séance au sein d'un univers frapadingue. Certains pesteront sur une interdiction aux moins de 16 ans un peu trop sévère mais sans vouloir pervertir la jeunesse, Vibroboy peut se voir comme une expérience incontournable de cyberpunk humoristique à recommander à qui saura apprécier et défendre l'éclectisme du Septième Art.

 

Note : 16/20

 

 

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