Jackass_le_film

Genre : comédie, documentaire (interdit aux - 16 ans)
Année : 2002
Durée : 1h27

Synopsis : Jackass : the movie s'inspire d'une émission diffusée sur MTV et dans laquelle des personnes accomplissent des challenges et des cascades plus risqués les uns que les autres

 

La critique :

Il faut se rendre à l'évidence. Côtoyer la mort n'est plus ce sentiment d'effroi, d'épouvante, de terreur ni ce moment putride et solennel qu'il suscitait en des temps immémoriaux. Durant les décennies 1960, 1970 et 1980, les arrivées inopinées et concomitantes du "Mondo", du shockumentary puis du death movie célébreront à leur manière cette mort impromptue, à la fois synonyme d'effarement, de deuil, de déréliction du corps agonisant et surtout d'une âme en déperdition. Après tout, pourquoi ne pas entrapercevoir cet instant fatidique comme un moment de jovialité et d'allégresse, voire de régression psychique voire mentale ? Tel semble être, par ailleurs, la principale injonction de Jackass, une émission de télévision américaine diffusée par MTV en 1999.
La genèse de ce programme télévisuel remonte sans doute aux exploits sportifs et frénétiques proférés par Jimmy Knoxvillle, un cascadeur à la fois salace et expert dans les sauts périlleux de skateboard.

La promotion est assurée et prodiguée par les soins d'un magazine de skateboard et d'humour, Big Brother (tiens, tiens...) et ce show, d'une durée élusive, remportera unaninement les suffrages extatiques d'un public de jeunes éphèbes en manque de sensations extrêmes. Jimmy Knoxville et ses fidèles affidés affinent et peaufinent alors ce concept. Jackass, l'émission de téléréalité, ne sera pas seulement une litanie d'exploits sportifs et accidentels, défiant à la fois les lois ineffables de la nature et de la gravité, mais toute une compilation d'exploits les plus insensés commis et perpétrés par une bande de dégénérés. Contre toute attente, l'émission continue de flagorner la populace et s'exporte même au-delà de ses frontières américaines pour appâter essentiellement un public prépubère.
Comment ses histrions, grimés en bateleurs, osent-ils franchir avec autant d'outrecuidance toutes les barrières de l'interdit et se gausser à la fois des flics, des commerçants et d'une plèbe, ulcérés par autant de bouffonnerie et de stupidité ?

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Telle est la question qui point en filigrane de ce programme d'une rare trivialité. Mais peu importe, le programme rapporte suffisamment de pécune et de prébendes pour se transmuter en une franchise cinématographique. Ainsi, Jackass - Le film (Jeff Tremaine, 2002), Jackass Deux - Le film (Jeff Tremaine, 2006), Jackass 2.5 (Jeff Tremaine, 2007), Jackass 3D (Jeff Tremaine, 2010) et Jackass 3.5 (Jeff Tremaine, 2011) seront réalisés, produits et financés dans la foulée et corroboreront cette effervescence, ainsi que cette dilection du public pour les prouesses les plus extravagantes. Certes, on pourrait croire ingénument que le succès pharaonique de Jackass s'est subrepticement estompé au fil des années. Une hérésie puisque ce programme mercantiliste et fallacieux engendrera et inspirera de nombreux épigones, entre autres Viva La Bam, Wildboyz, ou encore Homewrecker.

Aujourd'hui, c'est le cas du premier chapitre, donc Jackass - Le film, qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Certes, à fortiori, cette émission, qui s'est transmutée en produit cinéphilique et de consumérisme, n'a aucune prétention si ce n'est de conglomérer - derechef - les pitreries et les cascades les plus abracadabrantes, chaque protagoniste de l'équipe de Jackass côtoyant au plus près l'orgasme ultime : la mort. A juste titre, on peut semoncer et réprouver le concept et le syllogisme de Jackass premier du nom, ainsi que sa pléthore de succédanés.
Pourtant, nonobstant la vacuité voire l'avidité de ce programme vaniteux, Jackass - Le film n'échappe pas à cette analyse sociologique, soit celle d'un long-métrage conçu, pensé et ratiociné pour satisfaire les pulsions archaïques d'un public hédoniste et qui affectionne l'exploit et la surenchère.

Jimmy Knoxville et ses stakhanovistes croient incongrument braver tous les interdits et persifler les limites et les tabous séculaires de notre société. Le cascadeur et ses prosélytes n'en sont que les purs produits, ceux qui se sont fourvoyés dans ce fameux adage très en vogue dès les années 1970 : "Il est interdit d'interdire". Et c'est exactement ce à quoi s'apparente Jackass - Le Film, à savoir un produit consumériste qui, par ailleurs, ne vilipende et ne réflexionne aucunement sur cette débauche de modicité qu'il génère. Hormis Jimmy Knoxville, la distribution de ce premier volet réunit aussi Chris Pontius, Bam Margera, Steve-O, Ryan Dunn, Dave England, Preston Lacy et Brandon DiCamillo.
Dès lors, inutile de procéder à l'exégèse de Jackass - Le film puisque ce métrage, de diverses pantalonnades, ne repose sur aucun scénario digne de nom.

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De surcroît, nous avons suffisamment ergoté et explicité sur le didactisme, ainsi que sur la rhétorique encensée et prônée par ce genre de programme. Les thuriféraires de Jimmy Knoxville et de sa bande seront ici en terrain connu et quasiment conquis et pourront donc se satisfaire des nombreuses prévarications commises par nos chers trublions. Nous assistons donc à un véritable festival de prouesses réalisées par des sortes de guignols des temps modernes. En préambule, une allocution fait office de slogan de prévention péremptoire : "Les bouffonneries sont commises par des experts chevronnés et donc par des professionnels". De facto, n'essayez donc pas de reproduire les mêmes figures insolites sous peine de vous blesser, voire même d'exhaler votre ultime soupir. 
Et, encore une fois, c'est exactement ce qui transparaît à l'aune de Jackass - Le film, à savoir cette intempérance viscérale à défier la mort à travers des missions toujours plus funambulesques et aventureuses.

Un homme franchit un lac infesté de crocodiliens affamés, un autre s'empoigne avec une championne de kickboxing avant que notre bande de pantomimes ne s'envolent au bord d'un caddy de supermarché, cette fois-ci grimés en vieillards sénescents. In fine, Jackass - Le Film, c'est aussi cette rémanence et cette réminiscence d'une période juvénile qui accumule et collectionne les miasmes, les déjections et les flatulences, ainsi que les exploits émétophiles pour, à la fois, provoquer quelques rictus imbéciles et s'auréoler d'une interdiction aux moins de 16 ans.
En fait, on pourrait voir Jackass - Le Film comme la suite inhérente aux "Mondo", aux shockumentaries et aux death movies, avec toute l'introspection que ce genre de programme génère en termes de scabrosité et d'une société désormais révolue et résignée dans son propre eudémonisme. Jimmy Knoxville et ses congénères n'en sont que les parangons et la sinistre quintessence... Triste constat... Seule dissimilitude et pas des moindres avec les death movies antérieurs, c'est que la mort devient ici la catharsis salvatrice de l'ubuesque et de la stupidité.
En l'état, difficile de noter ce genre de programme tant il suinte la cupidité. Les laudateurs apprécieront sans fard les sarcasmes à satiété de Jimmy Knoxville et de ses fidèles dévots. Ces derniers vanteront et déifieront les exploits et la culture de la performance comme principales ritournelles. Les autres gourmanderont et chapitreront à raison contre l'inanité de ce programme déjà étrangement désuet. Une autre époque en somme...

Note : ?

 sparklehorse2 Alice In Oliver