traces of death

Genre : shockumentary, trash, documentaire, "documenteur", "Mondo", death movie, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1993
Durée : 1h17

Synopsis : Un autre death movie qui dénote par sa brutalité et sa litanie de morts atroces et de saynètes chirurgicales d'une barbarie inouïe. Surpassant allègrement ses avatars paronymes, entre autres Faces of Death et Faces of Gore, Traces of Death propose un périple dans les atrocités et les anfractuosités de la mort, cette fois-ci bien réelle...  

 

La critique :

C'est avec une certaine aisance que l'auteur de ces lignes croit subodorer votre consternation ostensible et compréhensible : encore un "Mondo", encore un shockumentary sur Cinéma Choc ! La réponse est hélas positive. En outre, il est difficile de ne pas procéder à une exégèse élusive sur ce genre impudent qui acte sa naissance vers l'orée des années 1960 via Mondo Cane (Franco Prosperi, Gualtiero Jacopetti et Max Cavalara, 1962). A l'époque, ce documentaire estourbit durablement les persistances rétiniennes en scrutant, en sondant et en analysant les us et les coutumes de peuplades séculaires à travers le monde. Tantôt virulentes, tantôt outrecuidantes, tantôt truculentes, les diverses anecdotes permettent d'apprécier un "Mondo" épars et scopophile qui flagorne, entre autres, notre compulsion archaïque pour l'hédonisme et le consumérisme.

Si le film de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi ulcère son audimat lors de sa présentation au festival de Cannes, il en va de même pour sa pléthore d'épigones. Ces derniers se nomment Shocking Asia (Ralph Olsen, 1974), Mondo Topless (Russ Meyer, 1966), Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), ou encore Saint Tropez Interdit (Georges Cachoux, 1985). Opportuniste, John Alan Schwartz emprunte le cryptonyme de Conan Le Ciliaire et transforme le concept du "Mondo" en death movie via Faces Of Death (1978), soit Face à la Mort dans nos contrées hexagonales.
L'affiche de ce long-métrage arbore orgueilleusement la scansion suivante : "Quand la mort n'est pas du cinéma". Certes, Faces of Death montre sans fard des exécutions sadiques et des tortures d'animaux bien réelles et se solde par l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans.

Certes, le métrage devient la nouvelle cible à censurer, à réprouver et à honnir en récoltant le record d'animadversion à travers le monde (plus d'une centaine tout de même...). Pourtant, hormis les massacres - encore une fois bien réels - d'animaux, toutes les autres saynètes de meurtres, de mises à morts - cette fois-ci perpétrées sur des êtres humains - sont heureusement factices. Mais peu importe, le death movie est né et révulse à la fois les cinéphiles avisés, ainsi que les thuriféraires du cinéma trash et extrême. Que soit. A l'instar de Mondo Cane en son temps, Faces of Death inspire et engendre de nombreux homologues. Les laudateurs de ce registre cinéphilique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999), Orozco The Embalmer (Kiyotaka Tsurisaki, 2001), ou encore Banned From Television (Joe Francis, 1998).

Vient également s'agréger un autre poids lourd... et un sacré concurrent en l'occurrence... Son nom ? Traces of Death, réalisé par les soins de Damon Fox et produit par la firme indépendante Brain Damage Films en 1993. Certes, l'intitulé de cet ixième death movie nous renvoie, manu militari, à Faces of Death. On pourrait légitimement invoquer un paronyme, voire un homonyme qui consiste, entre autres, à réitérer les belligérances de Face à la Mort. Par ailleurs, Traces of Death repose, peu ou prou, sur le même syllogisme mortuaire puisque lui aussi se polarise sur la faucheuse lorsqu'elle assaille, sans crier gare, des individus lambdas.
C'est donc avec une certaine réticence et donc avec une certaine circonspection que nous accueillons ce Traces of Death dans nos colonnes.

Le film n'est-il qu'un simple homologue, déjà désuet, de Faces of Death ? Ou, à contrario, parvient-il à détrôner son mentorat de son trône sérénissime ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En outre, difficile de trouver la moindre information, même évasive sur Damon Fox, si ce n'est que ce dernier est à la fois le réalisateur et le "scénariste" (vraiment un terme à minorer et à guillemeter...) de Traces Of Death. A l'instar de Faces of Death durant les décennies 1970 et 1980, Traces of Death se transmutera à son tour en une franchise mercantiliste et interminable.
Quatre nouveaux épisodes seront tournés dans la foulée pour se muer en pentalogie à postériori... Comme quoi, nonobstant un concept usurpé, galvaudé et rongé jusqu'à l'os, le death movie continue d'inspirer et de générer de nouveaux dévotieux.

Evidemment, Traces of Death ne déroge pas à la règle. Lui aussi s'auréole d'une interdiction aux moins de 18 ans et s'adresse, de facto, à un public extrêmement averti. Attention, SPOILERS ! Un autre death movie qui dénote par sa brutalité et sa litanie de morts atroces et de saynètes chirurgicales d'une barbarie inouïe. Surpassant allègrement ses avatars paronymes, entre autres Faces of Death et Faces of Gore, Traces of Death propose un périple dans les atrocités et les anfractuosités de la mort, cette fois-ci bien réelle... Certes, la pondération était de mise à l'aune de ce Traces of Death. Mais autant l'annoncer sans ambages. Faces of Death et sa pléthore de succédanés sont priés de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates.
En l'occurrence, la singularité de Traces of Death repose sur cette dialectique clinique et chirurgicale.

Sujet sur lequel nous reviendrons ultérieurement... Si, de prime abord, Traces of Death s'apparente à un death movie plutôt classique et rudimentaire en répétant à satiété certaines saynètes déjà bien connues des amateurs - entre autres cette vulgaire gourgandine assaillie et presque dévorée par un canidé aux crocs acérés, le "documenteur" se veut préventif. Ainsi, un long préambule nous avertit sans sourciller. Cette fois-ci, les morts présentées ne sont pas factices, ni tournées par des acteurs anonymes et amateurs. Pas question de parler d'un "documenteur" dans la grande tradition du genre, mais d'arborer (derechef) une mort qui peut happer à tout moment une personne d'infortune.
Ici, le nombre d'exécutions (un asiatique abattu froidement par des militaires...) atteint des chiffres astronomiques. Même remarque concernant certains suicides et diverses photographies d'une violence inouïe avec, au programme, des corps calcinés, des crânes écrabouillés, un corps tronqué sur une voie de chemin de fer, des membres arrachés, atrophiés, mutilés et même vidés de leur substance...

Vous l'avez donc compris. Il est parfaitement vain de procéder à la liste des abjections déversées sur l'écran rougeoyant. Sur ce dernier point, Traces of Death remplit doctement son office et n'a donc pas à rougir de la comparaison avec les "meilleurs moments" (si j'ose dire...) de Faces of Death. Cependant, jusqu'ici, le film ne dénote pas forcément des exactions habituelles et inhérentes du genre, tout du moins, à fortiori... Gravissime erreur ! Si Traces of Death se singularise, c'est par cette appétence pour le bistouri via l'exploration des cavités abdominales, l'équarrissage du corps humain dans la moindre de ses anfractuosités intestinales, et évidemment par cette avidité pour l'exploration du cerveau et de ses diverses circonvolutions neuronales. A aucun moment, le film ne dévie de cette route putride, mortifère et méphitique. En sus, les supplices pratiqués sur des animaux atteignent hélas leur paroxysme puisque l'on assiste béat à l'interminable combustion d'un bovin agonisant...
Dès lors, une question surgit en filigrane. Traces of Death peut-il se targuer d'être le death movie le plus brutal de sa catégorie ? En l'état, difficile de répondre avec parcimonie. Néanmoins, le métrage de Damon Fox dénote par son barbarisme, son primitivisme et sa sauvagerie. Désormais, entre Faces of Death, Faces of Gore et Traces of Death, le public avisé et médusé saura vers quel candidat rutilant obliquer... A condition, évidemment, d'avoir l'estomac bien accroché...

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver