Calamity_of_Snakes

Genre : Horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)

Année : 1983

Durée : 1h26

 

Synopsis :

Les travaux de construction d'un ambitieux projet immobilier, visant à vendre des appartements de luxe à des personnes fortunées, sont arrêtés à cause d'une découverte pour le moins étonnante. En effet, les ouvriers mettent à jour une fosse remplie de centaines de serpents. Le promoteur insiste cependant pour qu'aucun retard ne soit pris et ordonne que tous les reptiles soient tués, et ceux malgré les avertissements de sa femme et de l'architecte. Mais les reptiles n'ont pas dit leur dernier mot, et menés par un boa gigantesque ces derniers aspirent à une vengeance terrible.

 

La critique :

Quiconque revendique un amour pour le cinéma HK a, à n'en point douter, eu une fois dans sa vie connaissance de la célébrissime Cat III, dont sont friands les amateurs de cinéma déviant. Considérés comme regroupant les films les plus immoraux à l'époque, les métrages se voyaient estampiller d'une interdiction aux moins de 18 ans lorsque le redoutable couperet du comité de censure ne tombait sur eux. Rappelons que cela correspond à une interdiction aux moins de 16 ans chez nous. Pourtant, la violence et le sexe, qui sont les principaux moteurs de ce genre borderline, n'étaient pas les plus poussés en ce temps. Cependant, il convient de préciser que : Hong-Kong = Chine ; et que ce pays, aussi passionnant et grandiloquent soit-il, est toujours sous le joug d'un autoritarisme étatique fort marqué. La pornographie, symbole ultime de débauche occidentale, était interdite (à voir si elle l'est toujours), la Cat III contrebalançait cette sorte de sectarisme en multipliant les situations les plus insolites, scabreuses où l'absence totale de morale devait être un paramètre obligatoire de tout cahier de charges qui se respecte. Ceci dit, on ne parlera guère de la Cat III, telle quelle, aujourd'hui dans cette chronique. La raison tient dans le fait que nous évoluons en dehors de cette courte période dont les puristes y situent l'âge d'or entre 1991 et 1994. On se passera de revenir sur les figures émérites qui ont contribué à mettre en lumière hors de leurs frontières ce singulier genre. 

Ce que je vous propose ici est de se diriger à une époque précédant la Cat III, alors que la libération des moeurs et l'émergence de la Nouvelle Vague HK voyait un comité s'attacher à éviter tout dérapage moral et/ou politique. En parallèle, des réalisateurs comme Tsui Hark et consorts malmenèrent la censure, à l'instar de L'Enfer des Armes, un exemple de taille de film détesté par le pouvoir en place. Pourtant bien antérieurs à la mise en place du label Cat III, ils y seront catégorisés rétroactivement lors de leur exploitation vidéo. Les plus anciennes réalisations à hériter du tampon sont des productions made in Shaw Brothers dont le premier fut Bamboo House of Dolls (1973) mais aussi d'autres comme The Psychopath (1978) ou Lost Souls (1980). Néanmoins, les thuriféraires s'accordent à dire que le label ne représente pas une liste exhaustive et infaillible car bien nombre de films furent classés non Cat III, même si les caractéristiques partagées étaient évidentes. Dans cet amoncellement de victimes, on y voit le bien nommé Calamity of Snakes réalisé par William Cheung Kei dont ça sera l'unique film.
Une sorte de vengeance envers ces splendides reptiles ? Tout ça pour dire que réaliser une oeuvre de cette envergure serait totalement impensable en 2019. Pourquoi ? Réponse plus bas.

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ATTENTION SPOILERS : Les travaux de construction d'un ambitieux projet immobilier, visant à vendre des appartements de luxe à des personnes fortunées, sont arrêtés à cause d'une découverte pour le moins étonnante. En effet, les ouvriers mettent à jour une fosse remplie de centaines de serpents. Le promoteur insiste cependant pour qu'aucun retard ne soit pris et ordonne que tous les reptiles soient tués, et ceux malgré les avertissements de sa femme et de l'architecte. Mais les reptiles n'ont pas dit leur dernier mot, et menés par un boa gigantesque ces derniers aspirent à une vengeance terrible.

Chose surprenante s'il en est, Calamity of Snakes est une pellicule rarissime si l'on opte la carte du téléchargement illégal. Dans un premier temps, je fus content d'apercevoir le film entier sur YouTube jusqu'à ce que la réalité me rattrape : voix chinoises avec sous-titres espagnols. Ce n'était pas la première fois que je subissais ces maudits sous-titres espagnols. Bien avant, le très confidentiel Histoires Fantastiques de l'Arbre Mère me fit me heurter à l'austérité la plus totale question dialogues. Dailymotion me sauvera, si ce n'est un doublage anglais à se tirer une balle dans la tête devant l'abomination de la chose. Mieux que rien malgré tout ! Mais au final, au vu du niveau intellectuel des dialogues, la compréhension aurait pu se faire aisément sans ne rien piger un mot.
L'histoire parle d'elle-même, ayant trait à une malédiction serpentine se réveillant après un carnage sur un chantier destiné à construire de luxueux appartements. Il ne faudra pas longtemps pour se rendre compte que Cheung Kei opte pour la carte de la série B avec personnages stéréotypés et surjouant à fond, scénario débile au possible mais, en fin de compte, dans la veine du style d'une époque décomplexée où les cinéastes ne se prenaient pas au sérieux, assumant la nanardise volontaire de leurs créations enjouées. Indéniablement, Calamity of Snakes est un de ceux-là où l'on ressent une sorte de bonne humeur sur le tournage doublé d'une irrévérence assez abominable. 

Car c'est à n'en point douter le point qui me révulsa à la vision de la chose. J'invite, dès lors, les membres de toute association protectrice des animaux à arrêter leur lecture à cette phrase-ci. Car ce n'est à rien de plus qu'un génocide non simulé de serpents que va nous convier Cheung Kei qui, visiblement, devait avoir une sacrée rancune envers ces malheureuses bêtes victimes de la folie d'un boucher sanguinaire. Un boucher qui ne se refuse aucune excentricité, alternant vrais et faux reptiles en caoutchouc bondissant, volant et sautant comme des pumas. Nul besoin de réaliser l'inconscience de la chose des membres de l'équipe lançant les serpents vivants sur les acteurs sans pression.
Si ça, ce n'est pas un pur produit givré, je ne sais pas ce que c'est ! Malheureusement, toute cette sympathie mâtinée de naïveté et d'innocence aurait pu donner lieu à quelque chose de touchant si les exactions constantes de serpents massacrés sans états d'âme face caméra ne se profilait. On citera un serpent voyant le cuisiner lui arracher la peau jusqu'à l'éventrer ou cette longue séquence de 5 min aux aspirations de simili documentaire animalier où des mangoustes malmènent ces pauvres bêtes. Découpés, carbonisés, explosés, gazés, le réalisateur s'en donne à coeur joie quitte à ce que l'on verse dans le politiquement incorrect le plus pitoyable. Il est bien de briser les barrières mais pas quand elle concerne des animaux tués en grand nombre par pure gratuité, au contraire de certaines pellicules qui dosaient comme l'exemple le plus représentatif n'étant autre que Cannibal Holocaust.

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Pourtant, en dépit de ce très mauvais choix de mise en scène, il faut admettre que Calamity of Snakes sait nous gratifier de moult passages jubilatoires. Le face à face entre l'erpétologiste et le boa géant s'inscrit dans la pure veine du nanar, tout comme le combat final voyant le boa femelle traverser la pièce en volant, pratiquant le karaté puisqu'elle envoie les pompiers dans le décor, le tout sous les splendides bruitages sonores typés karaté.mp3. Si l'on acceptera de fermer moralement les yeux sur la longue séquence finale dans l'hôtel, on se doit de dire que l'intensité est bien là avec ces serpents massacrant les convives de l'assemblée. On repense à ce mur de serpents s'écrasant sur les petits malins qui eurent la mauvaise idée d'ouvrir la porte qu'il ne fallait pas. Toutefois, on notera du remplissage où les dialogues, niveau 0 ad nauseam, cassent un rythme pas mauvais.
Niveau esthétisme, cela ne vous choquera pas que le film ne soit pas un modèle de berceuse de rétines, même si le tout est bien filmé. Pour la bande son, elle transpire à merveille les années 80's, de par sa ringardise de fière allure. Et pour les acteurs, c'est du série Z en plein dedans les voyant surjouer à un point tenant plus du coup de génie. Mentionnons ce sous-fifre en costard blanc qui est la mascotte de l'histoire ou sinon cette séquence d'un romantisme que n'auraient pas renié les érudits du néoréalisme italien, voyant la truie du bal s'énamourer de pâtisseries bien crémeuses avec son cavalier. Au casting : Heung Wan-Pang, Lee Ying, Lo Pi-Ling, Paul Wei Ping Ao et Ou-Yang Sha-Fei

Bref, je me vois bien dans l'obligation de clôturer déjà cette chronique car il n'y a tout simplement que peu de choses à dire vu que Calamity of Snakes ne délivre aucun quelconque message et a bien du mal de solliciter un intérêt pour le décortiquer en détail. On se retrouve bel et bien dans l'embarras quand on en arrive à devoir noter ce spectacle ahurissant de 86 min. D'un côté, le surréalisme revendiqué voyant séquences barrées sur séquences barrées s'accumuler. De l'autre, une grande aversion pour la mort face caméra de tous ces animaux dans un but de divertissement, l'air de rien, bancal dans sa finalité. La faute revenant à de drastiques pertes de rythme. Totalement inconscient dans son mode de production (qui de sensé accepterait de se faire jeter dessus des serpents venimeux, même pour devoir boucler ses fins de mois ?), Calamity of Snakes est un reflet perverti d'une époque de libération où celle-ci n'était pas toujours utilisée à de bonnes fins. Forcément, il était inenvisageable qu'il soit snobé par Cinéma Choc. Un film qui pose un constat moral nécessaire : Est-il logique, dans le cinéma, de faire du mal à plus petit que soi, même si ça concerne ces bestioles vectrices de phobies chez un bien grand nombre de personnes ? La réponse pour moi officie clairement dans la négative.
Ainsi, Cheung Kei réussit au moins le pari de transformer le cinéphile en immonde voyeuriste de cette tuerie de masse, gêné de l'ordurier spectacle. Certes, cette chronique pue l'odeur de PETA à 1000km à la ronde mais je doute fort être le seul qui ne serait pas insensible face à ceci. Quand bien même, je me vois fort bien dans l'impossibilité de fournir une note au vu du questionnement que pose inconsciemment Calamity of Snakes

 

Note : ???

 

 

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