lady

Genre : Expérimental, horreur, gore, inclassable (interdit aux - 18 ans)

Année : 1997-1998

Durée : 30 min

 

Synopsis :

Une femme se brosse les dents pour cracher du sang à la fin. L'instant d'après, on la retrouve dans une salle de bains à se recouvrir de sang en riant. 

 

La critique :

C'est avec un entrain frénétique que je me décide à continuer mon aventure dans les méandres de la folie humaine après le visionnage de Tales Of Naked Humiliation, un porno déviant particulièrement glauque. D'un point de vue cinéphile, l'intérêt était objectivement nul mais d'un autre côté, cette sensation de toucher à l'interdit, au cinéma obscur faisait de cette chose un objet fascinant, à mon grand dam, moi qui trouvais le cinéma pornographique globalement aussi intéressant que le périple d'un escargot sur un mur. Le lendemain de la séance, nous étions samedi. Le temps couvert, la température pas géniale pour un printemps. C'était un samedi classique de Belgique.
Ma mère est partie pour son boulot. Voilà une occasion rêvée en cette matinée de poursuivre ma lancée à l'abri des regards indiscrets sauf d'un de mes meilleurs potes, fasciné par le cinéma trash (et fidèle dévotieux de Cinéma Choc de surcroît grâce à bibi !) et d'une de mes meilleures potes éprouvant une curiosité non négligeable du genre après s'être fait une agréable soirée en compagnie de Pink Flamingos, A Serbian Film et Martyrs. Films abominables pour le commun des mortels mais on ne pourra pas leur en vouloir.

Mais voilà, il fallait me rendre à l'évidence que ces temps immémoriaux étaient bien révolus et que mon endurance en matière de cinéma extrême a gravi les échelons à un stade qu'il m'aurait été bien difficile de croire dans mes jeunes années d'insouciance. Seul dans le salon, j'ouvris le boîtier du DVD contenant le deuxième segment de mon triptyque. Cette fois-ci, pas de petit film de Woody Allen qui ne tenait pour égayer la soirée avant le cauchemar. Autant y aller cash au réveil avec ce nom très obscur : The Lady In The Sea Of Blood, classé 95ème du top 250. Cette fois-ci, Twistedanger améliorait sa présentation avec une vraie pochette pour le moins peu ragoûtante. De plus, un vrai menu principal un minimum travaillé était de la partie. Pourtant, c'est bel et bien face à l'un des films les plus rares sur Terre que je me trouvais. Quoique plus accessible niveau informations que Tales Of Naked Humiliation, les renseignements à propos de ce moyen-métrage, et c'est un euphémisme, sont pour le moins floues, laissant supposer une pellicule indésirable qui aurait volontairement été égarée. 
A ce petit jeu, je restais toujours en territoire connu suite au vendredi de la veille. Pour les rares connaisseurs acharnés, The Lady In The Sea Of Blood s'auréole d'une aura quasi mystique. De quoi troubler avant même d'insérer le DVD.

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ATTENTION SPOILERS : Une femme se brosse les dents pour cracher du sang à la fin. L'instant d'après, on la retrouve dans une salle de bains à se recouvrir de sang en riant. 

Tous les indicateurs étaient verts pour attiser ma curiosité. Aucun nom de réalisateur, aucun acteur crédité, une création dont l'on ne sait absolument rien, strictement introuvable autre part que sur Twistedanger. N'essayez même pas de nourrir l'espoir de le voir en téléchargement ou streaming. La preuve en est que j'ai abdiqué en ayant raqué la mirobolante somme de 9,99£. Pendant longtemps, le film, lui-même, fut considéré comme perdu avant qu'une mystérieuse copie VHS d'un collectionneur japonais résidant en Angleterre ne fit surface. A fortiori, si j'en crois la pochette, seulement trois copies ont été faites, parmi lesquelles cette VHS en question qui vit Twistedanger (une maison d'édition anglaise, comme par hasard...) se jeter dessus pour la graver en de moult exemplaires afin de permettre une commercialisation à plus grande échelle. Nourrir cet espoir de tomber sur une version d'origine ne pourrait s'apparenter à rien de plus qu'à l'utopie la plus naïve qui soit. Mieux encore, la date de réalisation est tout autant obscure.
A fortiori, le film remonterait à l'an de grâce 1997 ou 1998 sans avoir quoi que ce soit de plus à nous mettre sous la dent. Indubitablement, la prétendue aura mystique était bel et bien vérifiée. Comme une étrange fatalité, savoir tout cela fit naître en moi une curiosité incoercible. Il fallait que je visionne cette bizarrerie de tout premier ordre, elle-même décrite comme l'une des vidéos les plus étranges jamais vues par Twistedanger lui-même.

Mieux encore (ironie mal placée), on le comparait avec Women's Flesh My Red Guts, un truc fortement secoué que je ne tiens pas à voir. La seule chose comparable étant, en fait, une femme dans une salle de bain. Une femme dont l'identité est proprement inconnue et qui sera seule actrice de ces 30 minutes de solitude face à l'incarnation même de la folie humaine. L "histoire" (un terme à mettre vraiment entre guillemets) voit l'action démarrer face à un lavabo devant lequel la femme en question se brosse les dents pour cracher du sang vers la fin. Incident qui lui fera décocher un rictus malsain au possible. La deuxième et dernière partie s'attardera à la voir se diriger dans la salle de bain. Une grosse bouteille contenant un liquide sombre est placée là comme si elle avait toujours attendu Madame. Comme en atteste le titre, c'est bel et bien du véritable sang, vu le réalisme de la substance, qu'elle fera couler dans un contenant pour se l'étaler après durant le reste de la séance.
Prise à de nombreuses reprises de rires psychopathiques sans quelconque logique, on en vient à se demander si elle n'est pas possédée par une bête démoniaque. Autant dire que The Lady In The Sea Of Blood a le chic pour vous placer dans un climat dérangeant difficilement supportable.

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Oppressé par cette folie sans nom, le ressenti de voir les enfers prendre un aspect urbain de la vie de tous les jours est une réalité de plus en plus alarmante au fil des minutes défilant, le sang s'éparpillant sur le carrelage, le pommeau de douche et sur ce corps de la tête aux pieds. Dans les deux dernières minutes, elle se lavera pour faire partir le sang et s'allonger lascivement sans dire un mot sur le sol avant qu'un "end" ensanglanté ne vienne couler sur son flanc, par le biais d'une main renversant une bouteille un liquide similaire. Quel est le but de tout ceci si ce n'est de ponctionner l'âme du cinéphile pour la jeter droit dans les limbes infernaux ? Catalogué à juste titre comme expérience extrêmement dérangeante, sa dimension trash ne voit sa naissance prendre que de son atmosphère glauque au possible, indubitablement torturée, telle qu'elle pourrait enterrer facilement 95% de la concurrence.
Pas d'ultra violence, de pornographie, de mutilations et autres tortures, de déviances sexuelles. Alors comment on en arrive à la fin du film, la joie de vivre en bouillie ? Rien que pour ça, je suis forcé d'admettre que l'expérience mérite le détour. Le "cinéaste-dont-on-ne-connaît-pas-le-nom" réalise un tour de force en mettant le spectateur en position d'inconfort de A à Z avec le strict minimum : deux pièces, une bouteille, un silence d'outre-tombe hors hilarité de la dame, une caméra voyeuriste dont le floutage des parties intimes est bien approximatif, une mise en scène fauchée et d'une excentrique simplicité.

A n'en point douter, le point de convergence de tout ceci résidera bien dans la prestation innommable de la demoiselle dont on prierait le ciel de ne jamais être enfermé avec elle dans la même pièce. Demoiselle qui ne fera sortir aucun mot de sa bouche. Comme je l'ai dit, c'est le minimum syndical qui caractérise cette éprouvante expérience, difficilement descriptible. Depuis toujours, le Japon entretient un lien de tout premier ordre avec la violence et ne se refuse aucune excentricité. On en a encore une fois le brillant exemple ici-même. Une relation fusionnelle se fait entre la femme et le sang, avant tout symbole de vie. Est-ce le fait de faire couler la vie d'un(e) autre sur elle-même qui la rend joyeuse ? Encore une fois, le flou le plus total durant une durée de 30 min révulsantes mais d'un étrange hypnotisme. Autant dire que The Lady In The Sea Of Blood confirme sa réputation d'un des OFNI les plus austères du cinéma dont je suis fier de rédiger la toute première chronique en français le concernant. Une question me taraude cependant : Quelle interdiction pourrait-on graver dessus ?
Si l'interdiction aux moins de 18 ans semble un peu too much, celle de -16 ans ne me semblerait pas totalement adéquate non plus. Alors pourquoi ce -18 ans cité en début de chronique ? Tout simplement grâce à la section des bonus présents sur le DVD. Bonus se résumant au court-métrage absolument répugnant du nom de Nekro (déjà chroniqué), un trailer torché par le même réalisateur que le court-métrage susmentionné et la présence du moyen-métrage Torched (lui aussi déjà chroniqué). Et oui, n'allez pas croire que la section des bonus allait vous en apprendre plus sur cette oeuvre profondément dérangeante que n'auraient pas reniés les étalages dépravés des commerçants borderline ayant sévi dans le très bon 8MM

 

Note : Dérangeant/20

 

 

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