mondo magic

Genre : shockumentary, "Mondo", documentaire, "documenteur", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1975
Durée : 1h39

Synopsis : Voyagez dans un monde de tribus africaines primitives, de guérisseurs indiens et de chasseurs amazoniens. Soyez les témoins de leurs rituels barbares, sexuels et brutaux. La magie et les imprécations tiennent, dans ces cultures archaïques, une place prédominante. Bienvenue dans le monde de Mondo Magic où les hommes, qu'ils soient noirs ou blancs, nous sont présentés à travers toutes leurs déviances et tout leur barbarisme ! 

 

La critique :

Et un nouveau shockumentary sur ce blog ! Un de plus ! Un ! Que les esprits les plus réfractaires se rassérènent. Nous ne commettrons pas l'offense de procéder à l'exégèse du "Mondo", un sous-registre du cinéma horrifique et d'exploitation, qui acte et officialise sa naissance vers l'orée des années 1960. En outre, le long-métrage prodrome de ce genre impudent se nomme Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962). Ce pseudo documentaire (en l'occurrence, un "documenteur") repose sur un concept aussi simplissime que lapidaire et consiste, in fine, à scruter et à analyser les us et les coutumes de peuplades séculaires.
Tantôt truculents, tantôt gouailleurs, tantôt virulents, tantôt outrecuidants, ces rites oecuméniques explorent la face tapie de l'Humanité, dans toute sa barbarie, sa cuistrerie et sa perniciosité.

Par ailleurs, dans sa traduction transalpine, "Mondo Cane" signifie, en français, " un monde de chiens". Tel est, en filigrane, le diagnostic dogmatique de Gualtiero Jacopetti et ses fidèles affidés. Le "Mondo" est né et Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi vont revêtir les frusques démiurgiques d'un genre iconoclaste et indécent. Impression corroborée par les sorties - quasi simultanées - de Mondo Cane 2 (1963), Les femmes à travers le monde (1963), Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971). Pour les laudateurs du cinéma trash, et en particulier de "Mondo" à la violence âpre et rédhibitoire, c'est Africa Addio qui remporte la couronne, peu reluisante, du shockumentary le plus radical, nihiliste et véhément. Via Africa Addio, aka Africa Blood and Guts, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi franchissent une étape supplémentaire dans la décadence et le primitivisme ad nauseam.

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A la fois prosaïque, outrancier, dénonciateur et calomnieux, Africa Addio s'apparente, sur la forme, à une véritable litanie d'abjections commises sur des animaux, mais pas seulement... Si la mise en scène se montre sciemment désinvolte, elle brosse le portrait d'un continent à l'agonie et condamné, hélas, à subir sans barguigner les prévarications et les cupidités d'un système capitaliste de plus en plus omnipotent. Et tant pis si la plèbe africaine se meurt et qu'elle se paupérise dans l'indifférence générale... Nonobstant ses trivialités, Africa Addio s'arroge le titre - presque sérénissime - d'un "Mondo" à la fois sagace et d'une rare bestialité. Pour Gualtiero Jacopetti et son prosélyte, la dégénérescence du continent africain devient même leur principal leitmotiv.
Corrélativement, le style irrévocable des deux journalistes, mués en cinéastes pour l'occasion, influence et génère de nombreux épigones.

C'est par exemple le cas d'Angelo et Alfredo Castiglioni, deux autres parangons du "Mondo" et du shockumentary en particulier. Les deux frangins monozygotes vont copieusement s'inspirer d'Africa Addio, et plus précisément de cette déréliction du continent africain, pour la transmuer en une diatribe acerbe d'un peuple à l'agonie et abandonné à son sort par toute une frange du monde occidental. Bien triste constat... Ensemble, les deux frérots vont écrire, produire et réaliser Africa Segreta (1969), Africa Ama (1971), Addio Ultimo Uomo (1978), ou encore Afrique, douce et sauvage (1982) avant de disparaître subrepticement des écrans-radars.
Vient également s'additionner Mondo Magic, sorti en 1975. Si Addio Ultimo Uomo est souvent considéré comme la quintessence du "Mondo", rivalisant sans sourciller avec les extravagances sanguinolentes d'Africa Addio ; le cas de Mondo Magic ne doit pas être considéré avec une certaine frivolité.

Pour la faribole superfétatoire, Mondo Magic s'est même arrogé la 71e place du Top 250 des films trash, extrêmes et scandaleux (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/18/37177484.html), un classement prodigué par la diligence d'Inthemoodforgore (Inthemood pour les intimes...). A juste titre, Mondo Magic est même considéré comme le ou l'un des "Mondo" les plus brutaux de sa catégorie, peu ou prou à équité avec les mêmes Africa Addio et Addio Ultimo Uomo. En outre, Mondo Magic fait figure de film confidentiel, voire de véritable rareté.
Le long-métrage d'Angelo et d'Alfredo Castiglioni n'a même pas bénéficié d'une sortie dans nos salles obscures en son temps. A contrario, pour les thuriféraires de "Mondo" et de shockumentaries, Mondo Magic reste un objet prisé, adoubé et quasiment divinisé.

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Il tient une place proéminente auprès des classiques indéfectibles, voire indétrônables, du genre. Mondo Magic s'adresse aussi à un public extrêmement averti puisque le film s'est soldé par l'ultime réprobation, à savoir une interdiction aux moins de 18 ans. Reste à savoir si ce métrage est bel et bien ce "Mondo" sulfureux et malaisant qu'il aspire à devenir. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! Voyagez dans un monde de tribus africaines primitives, de guérisseurs indiens et de chasseurs amazoniens. Soyez les témoins oculaires de leurs rituels barbares, sexuels et brutaux. La magie et les imprécations tiennent, dans ces cultures archaïques, une place prédominante.
Bienvenue dans le monde de 
Mondo Magic où les hommes, qu'ils soient noirs ou blancs, nous sont présentés à travers toutes leurs déviances et tout leur barbarisme ! 

Autant l'annoncer sans ambages. Oui, à l'instar d'Africa Addio et d'Addio Ultimo Uomo (bis repetita...), Mondo Magic est bel et bien cet uppercut décrié et qui estourbit durablement les persistances rétiniennes. Certes, le spectateur hébété pourra toujours gloser, pérorer et semoncer contre cette mise en scène à la fois factice, vaniteuse et à la précision chirurgicale, laissant songer à un véritable documentaire. Or, dans Mondo Magic, la frontière entre la fiction et la réalité est poreuse et presque impossible à discerner en raison de son réalisme à tous crins, radical et brut de décoffrage.
Le préambule, d'une violence inouïe, nous plonge au coeur d'une Afrique à la fois honnie, oubliée, tourmentée, vouée à l'opprobre, clouée au pilori et hélas condamnée à disparaître en raison des effets délétères d'une globalisation exponentielle.

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Ainsi, ce shockumentary se polarise sur des coutumes et des traditions ancestrales qui consistent, entre autres, à se baigner et à se sustenter des déjections urinaires et anales d'animaux, l'objectif expiatoire étant d'obtenir et de recevoir la miséricorde des cieux, par ailleurs peu cléments. La faune et la flore font à la fois office de terrain de chasse et de victuailles plantureuses qu'il faut généreusement prodiguer à des forces divinatoires, totémiques et thaumaturgiques qu'il convient rigoureusement d'aduler, sous peine de subir les pires furibonderies.
Comme l'indique son intitulé, Mondo Magic a donc un véritable aspect incantatoire. C'est probablement ce syllogisme intarissable qui confère à ce "Mondo" une exhalaison indicible. Pour ceux qui exècrent et abhorrent - à juste titre - les tortures d'animaux, merci de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates ! 

Sur ce dernier point, Mondo Magic se montre particulièrement philanthrope et se résume à une véritable litanie d'abjections, de dépeçages, d'équarrissages et d'exécutions sadiques perpétrés sur des animaux. Indubitablement, Alfredo et Angelo Castiglioni ne badinent pas avec la barbaque et les saynètes de tripailles qu'ils véhiculent à satiété. Si le portrait de ces peuplades éculées peut laisser dubitatif en raison, principalement, d'une xénophobie latente ; le long-métrage n'épargne pas non plus les populations dites civilisées. Si ces tribus ancestrales s'adonnent, sans chinoiser, aux sacrifices d'animaux et autres rites mortifères, les chasseurs blancs (en particulier amazoniens) sont eux aussi impitoyablement fustigés et vitupérés par la caméra ensanglantée des deux cinéastes.
Dès lors, la xénophobie immanente n'est plus de mise puisque c'est l'être humain, dans toute sa nocuité, qui en prend pour son grade. Si le long-métrage n'échappe pas aux salacités habituelles (pourquoi, diantre, affubler le film de quelques saynètes à consonance pornographique ?), Mondo Magic remplit doctement son office en termes d'abjections, d'ignominies et de turpitudes, gourmandant sans ciller toute l'avidité de l'âme humaine. Bref, nonobstant tous ses impondérables, ce shockumentary mérite néanmoins quelques bonnes grâces et congratulations circonstanciées.

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver