été meurtrier

Genre : drame (tous publics en France, interdit aux - 18 ans au Royaume-Uni)
Année : 1983
Durée : 2h10

Synopsis : En 1976, la jeune Éliane, sensuelle et aguicheuse, emménage dans un petit village de Provence avec Gabriel, son père adoptif paralytique et sa mère Eva Braun. La jeune femme fait alors la rencontre d'un pompier volontaire du village, surnommé Pin Pon, dont elle finit par tomber amoureuse. 

 

La critique :

Soyez rassérénés, nous ne procéderons pas derechef à une exégèse du genre rape and revenge puisque nous avons déjà itéré, à maintes reprises, ce registre cinématographique virulent et impudent sur ce blog. Rappelons tout de même que c'est le film La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) qui officialise la naissance de ce sous genre du cinéma bis et d'exploitation. Au moment de sa sortie, le film de Wes Craven subit les saillies et les furibonderies de la censure pour sa violence gratuite et son âpreté rédhibitoire. Deux jeunes femmes sont séquestrées, violées puis suppliciées dans la forêt par une bande de rustres et de psychopathes.
Mais ces derniers, pourtant euphoriques, vont rapidement déchanter puisqu'ils sont recueillis, sans le savoir, par les parents de l'une des victimes.

Ce schéma narratif, aussi lapidaire que simplissime, reprend en réalité la trame narrative de La Source (Ingmar Bergman, 1960), une oeuvre référentielle à laquelle Wes Craven a fait voeu d'allégeance et d'obédience. Aux yeux des cinéphiles avertis, La Dernière Maison sur la Gauche s'apparente même à un remake officieux de La Source pour ses analogies évidentes avec le chef d'oeuvre vengeur, mystique et ésotérique d'Ingmar Bergman. C'est pourtant le métrage de Wes Craven qui remportera les suffrages et les dithyrambes, profitant par ailleurs des bouleversements sociologiques, économiques voire existentiels de son époque. Nous sommes à l'orée des années 1970.
L'occident est à la lisière d'une crise majeure qui voit le patriarcat péricliter sous l'hégémonie du féminisme et des premiers ânonnements d'une mondialisation globalisée.

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La jeunesse, en dissidence, se regimbe contre les gouvernements successifs et la société qu'elle juge beaucoup trop partiaux et rigoristes. La nudité et la concupiscence, jadis dissimulées, sont exposées sans fard aux anciennes et nouvelles générations via l'explosion de l'érotisme et de la pornographie. Le rape and revenge s'immisce dans cette gronde ambiante et obéit lui aussi à la même ritournelle. Une femme fragile et pudibonde est victime des satyriasis d'une bande de goujats et de renégats. Laissée pour morte, cette dernière revient miraculeusement à la vie et peut entreprendre son entreprise de vengeance. La Source et La Dernière Maison sur la Gauche vont donc générer et inspirer de nombreux épigones. Les thuriféraires de ce registre cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles qu'Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), La Maison au fond du parc (Ruggero Deodato, 1980), L'ange de la vengeance (Abel Ferrara, 1981), ou encore Le dernier train de la nuit (Aldo Laddo, 1975) parmi les films les plus notables et éventuellement notoires.

Même la France s'acoquinera et lutinera avec le rape and revenge via La Traque (Serge Leroy, 1975), Le Vieux Fusil (Roberto Enrico, 1975), ou encore Irréversible (Gaspar Noé, 2002). Vient également s'agréger L'Eté Meurtrier, réalisé par les soins de Jean Becker en 1983. A l'origine, ce drame, mâtiné de rape and revenge, est l'adaptation d'un opuscule homonyme de Sébastien Japrisot, par ailleurs lui-même inspiré de faits réels. L'Eté Meurtrier se soldera non seulement par un succès commercial dans les salles obscures, totalisant plus de cinq millions d'entrées, mais sera également acclamé par les vivats et les satisfécits unanimes de la presse et des médias. 
A l'époque, le métrage est présenté en compétition au festival de Cannes. Corrélativement, le film s'arroge plusieurs récompenses éminentes, entre autres le César du meilleur montage pour Jacques Witta et le César du meilleur scénario d'adaptation pour Sébastien Japrisot. 

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A contrario, le film n'écope d'aucune interdiction lors de sa sortie en France et se solde par une mention "tous publics" alors qu'au Royaume-Uni, L'été meurtrier recueille l'ultime réprobation via une interdiction aux moins de 18 ans. A fortiori, ce sont surtout les saynètes de nudité, presque omniprésentes, qui expliquent une telle animadversion, tout du moins en apparence... Car en catimini, la censure britannique abhorre et brocarde une séquence de viol qu'elle juge beaucoup trop barbare pour être diffusée sur un plus large audimat.
La distribution de ce drame se compose d'Isabelle Adjani, Alain Souchon, François Cluzet, Suzanne Flon, Michel Galabru, Jenny Clève, Maria Machado, Martin Lamotte, Manuel Gélin, Roger Carel et Maïwenn Lebesco, encore enfant à l'époque.

Certes, le film sera écrit pour l'actrice Isabelle Adjani. Mais pendant longtemps, la comédienne sourcilleuse déclinera l'invitation. A force de pugnacité, Jean Becker et Sébastien Japrisot finiront par obtenir l'aval de cette dernière. Même remarque concernant le rôle de Florimond. Gérard Depardieu sera contacté, voire approché, mais ne donnera pas suite à cette invitation circonstanciée. Les producteurs songeront même à Patrick Dewaere. Hélas, quelques temps plus tard, l'acteur se suicide... C'est donc Alain Souchon qui revêt les oripeaux de cet homme aussi affable qu'ingénu.
Quant à Jean Becker, le cinéaste est un érudit bien connu de notre cinéma hexagonal. On lui doit notamment des films tels que Tendre Voyou (1966), Elisa (1995), Les enfants du marais (1999), Dialogue avec mon jardinier (2007), ou encore Deux jours à Tuer (2008).

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Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de L'été meurtrier ! Attention, SPOILERS ! (Ce qui va suivre dévoile les tenants et les aboutissants du film !) (1) Éliane, dite « Elle », séduisante jeune femme de vingt ans, d'une sensualité troublante et provocante, emménage dans un village provençal avec son père adoptif, Gabriel, paralytique qui refuse de s'occuper d'elle et sa mère, surnommée « Eva Braun » à cause de son origine allemande. Dans le village, Florimond (de son vrai prénom Fiorimondo), surnommé « Pin Pon », qui travaille au garage d'« Henri IV » et comme pompier volontaire et vit avec sa mère, sa tante sourde et ses deux frères Mickey et Boubou dans la grande maison familiale, s'intéresse à la jeune femme aguicheuse.
« Elle » manifeste également son intérêt à « Pin Pon » et une romance naît. 
Il s'avère qu'Éliane est le fruit du viol de sa mère par trois inconnus.

Parmi ces violeurs, il y aurait le père de « Pin Pon », mort depuis, ainsi que Leballech et Touret qui mènent une vie respectable. Elle met savamment au point un plan pour se venger et, faisant croire qu'elle est enceinte, se fait épouser par Florimond. Mais elle découvre qu'elle s'est trompée lorsque son père adoptif, dont elle est à l'origine du handicap, lui révèle qu'il a abattu plusieurs années auparavant les vrais violeurs. Éliane, déjà tourmentée psychologiquement et névrosée, sombre dans la folie. Florimond, désespéré de l'état mental de sa femme, croit, à la suite de la machination d'Éliane, qu'elle est la victime de deux pervers, Leballech et Touret, qui la prostituent.
Il abat les deux hommes (1). 
Indubitablement, il y a quelque chose "d'irréversible", pour faire sciemment référence au film de Gaspar Noé, dans L'été meurtrier.  

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Ce drame, contristé et porté par la magnifique composition d'une Isabelle Adjani tourmentée, porte le sort d'un lourd passé et celui de la fatalité. Isabelle Adjani tient son rôle majeur, voire prédominant au cinéma, celui d'une gourgandine au caractère bien trempé, qui se déhanche sous les yeux frétillants de la gente masculine. Sa vénusté, alliée à sa nudité, n'est pas sans susciter les invectives et les galéjades d'un village typiquement "franchouillard". Par d'habiles matoiseries, Jean Becker dissémine, çà et là, quelques pistes élusives pour mieux remonter vers le passé et se polariser sur cette quête vengeresse, celle entreprise par une Isabelle Adjani effarouchée.
Toute l'existence de la jeune femme, par ailleurs anonyme ("Elle", voire "Eliane" parfois...), est nimbée par une vendetta expiatoire qui consiste à retrouver ceux qui ont rudoyé, violé et semoncé sa matriarche en des temps immémoriaux.

Mais l'histoire recèle de secrets inavouables. La jeune femme sera renvoyée, manu militari, vers son propre patriarche, désormais paralytique et confiné dans un fauteuil roulant, soit le tribut à payer pour quelques gestes malencontreux voire incestuels envers sa propre fille. Vous l'avez donc compris. Via L'été meurtrier, Jean Becker signe un drame nébuleux qui oscille partiellement vers le thriller acéré. Hélas, le film n'est pas exempt de tout reproche. Si on retire la composition magistrale d'Isabelle Adjani et de quelques seconds rôles (en particulier Suzanne Flon et Michel Galabru), il ne reste qu'une tragédie au scénario parfois alambiqué et un dénouement en mode capillotracté.
Par exemple, on a bien du mal à croire au personnage de Florimond, incarné par un Alain Souchon beaucoup trop débonnaire.

Visiblement, le chanteur, vêtu des frusques un peu trop soyeuses de comédien, est lui-même envoûté et intimidé par la vénusté d'Isabelle Adjani, un peu trop sans doute pour lui retourner la réplique. L'été meurtrier souffre, entre autres, d'un personnage masculin aux abonnés absents, étrangement timoré et en partie galvaudé par le magnétisme hypnotique d'Isabelle Adjani. Néanmoins, il faudrait se montrer particulièrement vachard pour ne pas discerner, ni reconnaître les qualités esthétiques et de mise en scène de ce rape and revenge à la française. 
In fine, la mention "tous publics" est totalement incompréhensible. Rien que pour la séquence de viol, d'une violence inouïe, le film aurait sans doute mérité - à minima - une interdiction aux moins de 12 ans, voire peut-être aux moins de 16 ans.

 

Note : 14.5/20

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(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89t%C3%A9_meurtrier_(film)