Thirst_ceci_est_mon_sang

Genre : Thriller, horreur, drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 2009

Durée : 2h13

 

Synopsis :

Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pèlerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme.

 

La critique :

Si l’on a pu comparer mon œuvre actuelle comme hétéroclite et faisant l’éloge du vieux cinéma japonais, et en particulier de cette fameuse Nouvelle Vague japonaise, on a aussi pu m’ériger comme « spécialiste » du cinéma coréen, compliments que je ne mérite pas en raison de certains métrages d’importance pas encore présentés, bien que je remercie chaleureusement ceux qui m’ont fait cette remarque. Compte tenu de ce raisonnement, ma foi, logique, il était impensable que de ne pas continuer à vous assaillir à intervalles réguliers d’un nouveau film coréen.
On passera outre l’habituel laïus d’un cinéma coréen, au final, pas si connu que ça de part chez nous si ce n’est les grands classiques que nous ne présentons plus tels Old Boy, I Saw The Devil ou Snowpiercer (qu’il va falloir que je chronique tôt ou tard celui-là). Au-delà de ça, on finit par rentrer en zone plus ou moins trouble où l’accessibilité n’est pas toujours non plus le point fort. Grâce au regretté T411, il m’a été permis de vous offrir avec amour les méconnus Children…, Handphone ou encore The Gifted Hands. Il m’a aussi été permis grâce au regretté Asiachoc, cette fois-ci, de chroniquer Silenced. Bref, à l’instar du cinéma japonais, le leitmotiv est toujours identique.

Cependant, je ne vais pas ressortir la carte du puriste avec mes obscures pellicules puisque c’est ni plus ni moins qu’à un film de Park Chan-Wook auquel je vais m’attaquer. Park Chan-Wook ou tout simplement le réalisateur de Old Boy considéré comme son chef d’œuvre absolu, partie intégrante de sa « trilogie de la Vengeance » avec Sympathy For Mister Vengeance et Lady Vengeance. Pourtant, certaines critiques s’accordent à dire que ce réalisateur est capable du meilleur comme du pire. Il n’y a qu’à voir l’énorme échec commercial de son premier long-métrage, Moon Is The Sun’s Dream, ultra mal noté qui plus est. Le suivant 3 Members ne fera pas mieux et il faudra attendre son troisième du nom de Joint Security Area qui lui offrira succès et réputation, tout en devenant le deuxième plus gros succès de l’histoire du cinéma coréen. La suite sera celle que nous connaissons.
Après la polémique autour de Je Suis Un Cyborg qui divisa profondément les critiques, c’est à Thirst, ceci est mon sang de reprendre le flambeau dans un but de toujours confirmer l’érudition de Park Chan-Wook. Remportant le prix du jury au Festival de Cannes, cela n’empêche pas une énième division parmi les critiques louangeant comme exprimant leur déception. Seulement, cette petite voix en mon être me soufflait à l’oreille de me jeter dans l’aventure. Après pas loin de 5 ans à végéter dans mon tout premier disque dur qui accueillit ma collection naissante.

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ATTENTION SPOILERS : Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pèlerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme.

Park Chan-Wook a donc la très lourde tâche de s’attaquer à l’un des pontes du cinéma horrifique étant le traditionnel vampire : créature nocturne buveuse de sang prise de crises de panique à la vue de l’ail, de l’eau bénite et des crucifix. Alors quand il décide de s’inspirer fortement du roman Thérèse Raquin de Emile Zola (que je précise ne pas avoir lu), on ne peut qu’être autant dubitatif que curieux face à ça. Intégrer un vampire dans du Zola est une preuve d’audace à respecter mais le risque de se planter est grand, très grand. Mais voilà, autant se rendre à l’évidence que Thirst bouleverse tous les codes du vampire à lui seul. En mettant en personnage principal un prêtre, symbole d’humanisme et d’intégrité, il va à contre-courant en bousculant tous les codes établis. Cette fois-ci, la malignité a pris la forme d’un virus de nature inconnue qui a infecté un homme de Dieu.
La vampirisation s’est faite de l’autre côté du crucifix, entrant en contact avec l’église, les haut gradés et les badauds venus l’implorer pour être guéri eux ou leurs proches. Personne n’est à l’abri et toute tentative « ancestrale », dirons nous, est vouée à l’échec. Dans un premier temps, il ne percevra rien de son nouvel état. Obligé de se protéger du soleil et couvert de cloques, c’est lors d’une dégustation incontrôlable de sang qu’il va voir son état physique s’améliorer. Mais vraisemblablement, Sang-hyun voit ça comme une fatalité, dévasté par une telle situation le détournant de Dieu.

Car, en toute logique, en arriver à de telles pratiques est un affront fait au Très-Haut et une allégeance complète à Satan. Ainsi, le mythe du vampire à l’occidental est déconstruit avec brio. Le personnage se distingue avant tout par sa sensibilité, sa faiblesse et son innocence. Un événement irréversible (s’en référer à la fin du synopsis) fera qu’il sera obligé par conviction de se détourner de ses enseignements dans lesquels il ne peut plus évoluer. Pourtant, son innocence est toujours palpable car il se refuse à tuer quiconque, préférant sucer les pochettes de perfusion des patients tout en essayant de réfréner ses pulsions hématophages face à chaque goutte de sang se profilant devant lui, toujours dans un but de ne pas pactiser avec l’engeance méphistophélique.
On navigue avec Sang-hyun aux prises avec des questionnements existentiels liés à la foi et à l’existence. L’événement susmentionné l’amènera à faire la rencontre de Tae-ju, une femme frêle évoluant dans un contexte familial apparemment chaotique. Elle est maltraitée par sa belle-mère et battue par son mari. Pas de quoi parler d’un mariage heureux en quelque sorte. L’incoercible attirance charnelle de l’un envers l’autre fera dévier Thirst vers une autre dimension, pour le moins insolite mais déjà vue dans nos contrées.

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Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps pour les plus impatients qui n’auraient pas pensé à la série Twilight célèbre pour ses amourettes cul-cul la praline à vomir pour les nihilistes que nous sommes. C’est peu de dire que Thirst annihile à grand coup de sulfateuse tout ça pour créer un contexte à la fois bien plus beau mais aussi bien plus triste et froid. Une romance désespérée de deux créatures du Mal aspirant à retrouver ce réconfort purement humain symbolisé par l’amour. D’un côté, Sang-hyun ne peut que se forcer de se libérer du joug du christianisme, de l’autre, Tae-jun s’affranchit de sa condition de femme mariée pour nouer une idylle amorale avec un prêtre perverti contre son gré. Ce contexte tout ce qu’il y a de plus politiquement incorrect fonctionne à merveille en voyant cette prégnante mélancolie. Si Sang-hyun maudit intérieurement tout ça, Tae-jun partira dans une folie vengeresse sans la moindre once de scrupule ou d’humanité. Une dichotomie du plus bel effet.

Mais aussi puissante peut être cette histoire, la sauce ne prendra jamais totalement au point de gâcher un potentiel monstrueux qui aurait pu hisser Thirst parmi les meilleurs films du cinéma coréen. Premièrement, et c’est là le point majeur, le film est bien trop long. Claquer une durée de 2h13 pour une trame aussi complexe dans ses thématiques soit-elle, ne va pas en raison du scénario ne s’autorisant pas à de tels excès. Il aurait été indispensable que 30 bonnes minutes soient amputées afin d’éviter toute lassitude se posant à plusieurs reprises. La trame se traîne sans quelconque justification à notre grand désarroi de se surprendre à penser à autre chose.
Forcément de ce constat naquit une œuvre qui tourne à vide, occultant parfois son sujet, partant de temps en temps dans des endroits où il ne faut pas avec en prime ces passages en question lents, lents, lents. Enfin l’humour n’est pas non plus le point fort car il tombe souvent à l’eau. De quoi être nostalgique de Old Boy et de son humour génial. Au moins, Chan-Wook clôturera en beauté son film avec une fin aussi belle que tragique.

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Les thuriféraires d’esthétique seront, néanmoins, ravis d’une esthétique absolument ravissante dans une tonalité type gothico-urbaine (je viens d’inventer le terme). L’image souvent sombre s’accompagne ici et là de lumières blafardes du plus bel effet. La qualité des cadrages sera tout ce qu'il y a de plus professionnel. En revanche, on rechignera sur des CGI pas toujours bien foutus. Le meilleur exemple est dans la dernière séquence voyant des espèces de baleines synthétiques du plus laid effet. Les moult sauts quand Sang-hyun voguera d’immeubles en immeubles pourront faire tiquer. Tout cela contrastant avec le réalisme en question. Niveau bande son, la tristesse est bien retransmise sans verser dans la douloureuse note de piano accompagné de son violon pathologique.
Et pour le casting, on retrouve à nouveau Song Kang-ho, à savoir une égérie du Septième Art coréen, déjà vu dans Joint Security Area, Sympathy For Mister Vengeance ou même des œuvres majeures externes au réalisateur telles Memories of Murder et The Host. Sa prestation est tout du moins remarquable bien qu’il ne tienne pas le rôle de sa carrière. Le cinéaste jettera son dévolu sur Kim Ok-Vin pour interpréter Tae-jun qu’elle exécutera avec grande érudition. En dehors de ces deux-là, les autres acteurs ne présenteront guère d’intérêt.

Ainsi s’achève une énième chronique concernant un cinéma coréen qui n’a plus rien à prouver à la face du monde en termes de qualité cinématographique. Se déchargeant de toute influence bêtement divertissante d’ordre pathologique, il promeut avant tout profondeur, recherche et intelligence, ce que remplit correctement Thirst déstructurant cette légende ancestrale en lui faisant adopter un fond bien plus mature. Park Chan-Wook parvient à jongler habilement entre film d’auteur et divertissant érotico-gore pour un résultat satisfaisant, convaincant dans son ensemble mais malheureusement perfectible sur quelques points assez fâcheux. Sincère dans son approche, bourré de bonnes intentions, on tenait le statut de chef d’œuvre absolu à portée de main. En vain…
Mais s’il sera nécessaire de cogiter quelques temps après visionnage, Thirst est avec du recul un film tout ce qu’il y a de plus recommandable, à voir si vous voulez un film de vampire réellement original.

 

Note : 14/20

 

 

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