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Genre : Comédie horrifique, épouvante, expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 1977

Durée : 1h28

 

Synopsis :

Les grandes vacances débutent pour la jeune Oshare et sa bande de copines : lorsque celle-ci apprend que son père compte refaire sa vie avec une belle inconnue, elle décide de filer loin du foyer familial. Prochaine destination ? Le manoir de sa tante, vivant loin de la civilisation et abandonnée de tous. Mais Oshare et ses amies vont vite regretter leur petite visite : lorsque la nuit tombe, les jeunes filles en fleurs sont victimes des forces maléfiques de la demeure.

 

La critique :

Toujours sevré de films trash après les deux épouvantables derniers films visionnés de ma tétralogie, à l'origine d'une vaccination longue durée de ce genre très très (rajoutez en encore 476) peu accessible, c'est temporairement que vous retrouverez votre Taratata adoré d'avant 2019 quand l'essentiel de ses chroniques se résumèrent pour beaucoup à du cinéma humainement supportable pour le commun des mortels. Un intermède avant qu'un billet consacré à ce qui est considéré comme l'opus le plus extrême de sa catégorie ne vous soit apporté en offrande. Mais je garderai la surprise.
Toutefois, cette pause ne veut pas dire qu'elle s'appliquera aux strates les plus hautes du cinéma expérimental, là où les OFNI atteignent des niveaux indécents propres à vous envoyer à l'asile le plus proche après avoir eu l'insolite idée d'en visionner un. Si la palme incontestable revient, sans guère de surprise, au collectif canadien ICPCE, il faut dire que certains réalisateurs fortement secoués du bulbe ne se sont pas gênés pour dépasser toutes les frontières, repousser sans limite la frontière entre cinéma et délire inidentifiable. Le modus operandi étant de faire en sorte que le spectateur se retrouve à baver devant. 

Il y a un bon moment, Inthemood (encore lui me direz-vous) nous faisait ce privilège de réaliser son top 50 des films barges et inclassables. Vous aurez compris qu'à la différence des films trash, l'ultra violence n'était pas le critère à prendre en compte dans ce cas de figure. C'était plutôt le TCCC (taux de court-circuitage cérébral), scientifiquement calculé sur base de la puissance du délire, qui en était le primordial facteur. Forcément intéressé par tout ça, mon attention se porta sur un des nombreux films intriguants présentés. Un métrage dont la recherche du titre à donner a dû nécessiter des hectolitres de café et des brainstormings en masse. Voici House, ou Hausu dans sa version originale, né de l'esprit tonitruant de Nobuhiko Obayashi à qui l'on doit quelques court-métrages inédits dans nos contrées et de nombreux spot de publicités. On a tous en mémoire au moins une pub japonaise totalement wtf visionnée par pur hasard et dont l'on soupçonne Obayashi d'être derrière tout cela. Et puis, un beau jour, le bonhomme se décide à tourner un long-métrage dont l'idée du scénario vient en partie de sa fille, Chigumi qui, lorsqu'elle était toute petite, vit son cher papa lui demander ce qui lui ferait vraiment peur.
Traduisant toutes ses angoisses, elles seront carrément adaptées dans le film. La création du projet fut longue, lente et douloureuse. Deux ans durant lesquelles l'histoire, avant d'être portée sur grand écran, fera l'objet d'un roman, d'un manga, de cartes à jouer et même de la musique. Et, tenez-vous bien, House sera un véritable triomphe dans les salles de cinéma et sera même élu film japonais préféré lors d'un vote organisé auprès de jeunes cinéastes nippons. Décidément, il n'y a qu'au Japon que l'on peut voir ça.

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ATTENTION SPOILERS : Les grandes vacances débutent pour la jeune Oshare et sa bande de copines : lorsque celle-ci apprend que son père compte refaire sa vie avec une belle inconnue, elle décide de filer loin du foyer familial. Prochaine destination ? Le manoir de sa tante, vivant loin de la civilisation et abandonnée de tous. Mais Oshare et ses amies vont vite regretter leur petite visite : lorsque la nuit tombe, les jeunes filles en fleurs sont victimes des forces maléfiques de la demeure.

Par où commencer ? Comment, diantre, aborder de manière un minimum consciencieuse un truc pareil ? Les sceptiques trouveront peut-être que j'exagère, mais alors absolument pas. Pourtant, on ne peut pas dire que la trame soit des plus complexes. Elle est même aussi crétine qu'un balai à chiottes. Des jeunes collégiennes innocentes et clichées au maximum, un couple recomposé après la mort de la mère, une fugue, une maison louche se révélant hantée. Tous les poncifs du scénario d'épouvante rébarbatif sont là et, entre les mains d'un réalisateur insipide, le film aurait donné en toute logique quelque chose d'insipide. Elémentaire mon cher Watson ! Maintenant, mettez ça entre les mains d'un des cinéastes japonais les plus chtarbés du Soleil Levant et vous obtenez House.
Un pur produit 100% expérimental, 100% inclassable, mais 100% jouissif, qui envoie à grand coups de ranger dans le cul les films d'horreur, un tant soit peu originaux, directement dans leurs pénates. Une question existentielle se pose : Avec quoi a tourné Obayashi durant la réalisation ? Du LSD ? De l'ecstasy ? Du PCP ? Les 3 en même temps ? La question mérite d'être en toute logique posée mais elle témoigne d'un décalage complet de culture cinématographique entre nous, que dis-je la Terre entière, et le Japon. Fidèle à lui-même dans son excentricité sans bornes, ce cinéma, jadis "sage", s'est transmué en la fabrication de pellicules absolument impensables à fabriquer même dans nos états les plus éméchés.

Mais Dieu que c'est bon ! Quel plaisir de multiplier les expériences, de ne pas se cantonner toujours à un même schéma de production ! Car être cinéphile, ce n'est pas seulement visionner les grands classiques, connaître les auteurs majeurs, mais c'est aussi savoir ouvrir son esprit à quelque chose de différent. Chose qu'il manque cruellement à notre époque et qui peut mieux se définir par un terme visiblement obscur : la curiosité ou encore l'ouverture d'esprit. On peut éventuellement dire que House est un film difficile d'accès et ça serait plus qu'un euphémisme mais tenter l'expérience serait presque une condition sine qua non pour accéder au Saint-Graal des titres : le titre de cinéphile (je vous assure, j'en suis encore très loin). Mais pourquoi une telle raison à mon engouement, sachant que ce n'est pas la première fois que je chronique de l'expérimental ? La raison tient en deux points : surréaliste et sans aucun équivalent cinématographique. Deux points déjà employés mais le surréalisme atteint des niveaux propres à vous souffler, les yeux rivés face à l'écran, la bouche entre-ouverte, voire même ouverte, et un bégayement au générique de fin quand on vous demande ce que vous en avez pensé. 

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Mais que peut bien contenir ce House outre son scénario d'une invraisemblable crétinerie ? Tout réside dans une mise en scène que n'auraient pas reniés les plus grands nanars de toute l'histoire du Septième Art. A la différence que tout est entièrement assumé ici pour un moment de détente et de rigolade. Autant vous dire que la dimension d'épouvante n'arriverait pas à terrifier un marmot de 3 ans mais là n'était de toute façon pas le but. On tiltera bien sûr sur des acteurs totalement investis dans leur jeu de série au-delà de la lettre Z. Six gourgandines enjouées répondant à de stupides noms : Fanta, Mac, Kung Fu, Oshare, Melody et Gary. Dans le tas, on a la traditionnelle amie de la bouffe, la performeuse de kung-fu et l'intello à lunettes. Les clichés se suivent et se ressemblent mais passent comme une lettre à la poste. Et ce n'est pas la fameuse mère décédée remplacée par une belle-mère qui dira le contraire.
Mais le meilleur acteur est sans conteste cette maison hantée, perdue au beau milieu de la campagne, clichée elle aussi dans toute son essence et surtout prête à en mettre plein la vue, si je puis dire, à nos demoiselles. A partir de là, prenez vos antiépileptiques et préparez-vous pour une mise en scène où le délire pourrait presque vous causer une cécité instantanée. 

Couleurs criardes, simili-stroboscopes, transitions abracadabrantesques, effets spéciaux à vous laisser pantois devant, situations toutes plus débiles les unes que les autres. En d'autres termes, il faut le voir pour le croire ! Ceci est pourquoi je n'ai volontairement mis qu'une seule image bizarre, juste en-dessous, pour mieux illustrer ce que je tente de vous dire. A un moment, il faudra aussi s'attendre à perdre la notion d'espace et de tout fil conducteur. Pour faire simple, on finit par difficilement comprendre ce qu'il se passe. Et on aime ça ! Pris dans un enchevêtrement épileptique dont seuls les japonais ont le secret, on est là, et en pleine forme physique, qui plus est.
Pour la forme cérébrale, là ça se discute. Et puis comment ne pas s'attarder sur la bande son absolument mémorable de nanardise ? Rien que la musique "pop" (???) dans le train faisant un raffut incroyable avec les voix des filles en même temps que la voix du chanteur vaut le détour. Et pour les acteurs, un sans-faute dans leur genre avec Kimiko Ikegami, Miki Jinbo, Kumiko Ohba, Ai Matsubara, Eriko Tanaka, Mieko Sato et Yoko Minamida.

 

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En résumé, les mots me manquent pour décrire davantage un... truc aussi singulier que ce House aux antipodes absolues de notre cinéma. Mieux encore quand on parle de son succès commercial absolument impensable pour un film de ce genre chez nous. Une bouffée d'air frais (et une fameuse), voilà qui pourrait traduire au mieux cet OFNI de compétition enterrant la plupart le rire aux lèvres. Absolument inutile d'attendre quoi que ça soit d'intelligent, Obayashi ne produit que du fun, du divertissement, des rires et de la bonne humeur. Bonne humeur que l'on sent avoir été omniprésente durant le tournage. Plus que tout, House est un film vrai dans sa démarche, qui tient plus à faire passer un bon moment au spectateur plutôt que d'avoir été construit dans un but purement mercantile. Mais gare aux esprits aventureux qui auraient l'idée un jour de dompter ce film. Vous avez de grandes chances de ressortir le cerveau retourné mais conquis. Conquis de ce que l'on appelle le rafraîchissement. A notre époque, il ne fait aucun doute que nous avons besoin de métrages de ce genre, mais peut-on y croire dans un monde cinématographique de plus en plus gangréné par la recherche du profit à tout prix ?
Et qui plus est par une bonne partie des "cinéphiles" qui se contentent de la première couche du cinéma ? Alors achetez (ou téléchargez), commandez une pizza, ouvrez-vous une bière, mettez-vous dans votre canapé et savourez ! 

 

Note : MIAOU

 

 

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