africa ama

Genre : shockumentary, "Mondo", documentaire, "documenteur", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1971
Durée : 1h40

Synopsis : (1) Les réalisateurs, Angelo et Alfredo Castiglioni, nous convient une fois de plus à un voyage au coeur de l'Afrique noire afin d'y découvrir les coutumes des peuples dits primitifs, comme notamment les terribles rites sexuels que sont la circoncision et l'excision... (1)  

 

La critique :

Que les esprits les plus réfractaires se rassérènent. Via cette nouvelle chronique, nous ne commettrons pas l'offense ni l'impudence de procéder à l'exégèse du "Mondo" et du shockumentary, des sous-genres du cinéma horrifique et d'exploitation, qui vont véritablement éclore dès l'orée des années 1960 via Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962), jusqu'à s'éteindre subrepticement entre la fin des années 1970 et la lisière des années 1980 avec l'essor, en concomitance, du death movie. Pour les auteurs démiurgiques de Mondo Cane, le "Mondo" devient le nouvel apanage du "documenteur". L'objectif est d'illusionner l'audimat via des (faux) reportages à travers le monde, et qui consistent à scruter et à discerner les us et les coutumes de peuplades éculées et séculaires.
Or, tout est factice, truqué et falsifié au nom de la simple scopophilie du spectateur éberlué.

Et les saynètes, tantôt virulentes, voire pittoresques, sont en réalité tournées par des acteurs anonymes et amateurs. Le "Mondo" et le shockumentary s'ébaudissent délibérément de cette frontière ténue entre la fiction et la réalité. Avant de tourner Mondo Cane, Gualtiero Jacopetti et ses fidèles affidés n'ont jamais caché leur affection, ainsi que leur obédience pour le travail journalistique. C'est dans cette dialectique qu'ils se tournent et s'intéressent aux peuplades africaines, hélas de plus en plus paupérisées par un capitalisme mondial et globalisé.
Après le succès commercial de Mondo Cane et de Mondo Cane 2, Gualtiero Jacopetti et ses prosélytes tournent plusieurs "Mondo" sur l'Afrique et ses moeurs ancestrales. 
Ainsi, Africa Addio, aka Africa Blood and Guts (1966) et Les Négriers (1971) évoqueront les thématiques, toujours spinescentes, de l'esclavagisme, du trafic d'armes et de stupéfiants et de la déréliction d'un continent au profit de gouvernements et de dictatures autocratiques.

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Opportunistes, les frères Castiglioni (Angelo et Alfredo) s'emparent de ce sujet aux consonances éparses, sociologiques, politiques, idéologiques et anthropologiques via plusieurs "Mondo", eux aussi transis par la décrépitude du continent africain. Les deux frangins monozygotes tournent, produisent, griffonnent et réalisent dans la foulée Africa Segreta (1969), Africa Ama (1971), Mondo Magic (1975), Magia Nuda (1976), Addio Ultimo Uomo (1978) et Afrique douce et sauvage (1982). C'est ainsi qu'ils se forgent une réputation sulfureuse dans le cinéma gore transalpin, en particulier dans le "Mondo", à la fois imbibé par le barbarisme, la brutalité et le primitivisme ad nauseam.
Autant l'annoncer sans ambages. Toutes les pellicules conçues et ratiocinées par Angelo et Alfredo Castiglioni sont répertoriées parmi les shockumentaries les plus corrosifs de leur catégorie, rivalisant sans fard avec Africa Addio.

En raison de leur âpreté, Addio Ultimo Uomo et sa pléthore de succédanés ne sortiront même pas dans nos contrées hexagonales, que ce soit dans les salles obscures ou via le support vidéo. Toutes ces productions écoperont de l'ultime réprobation, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. Evidemment, le cas d'Africa Ama, sorti aussi sous le cryptonyme d'Africa Uncensored, ne déroge pas à cette règle fatidique. Dénicher un tel shockumentary relève de la véritable gageure, à moins de sortir son portefeuille et de déverser l'intégralité de sa pécune.
Voilà pour la faribole superfétatoire ! Mutins, Angelo et Alfredo Castiglioni exploitent à satiété le filon de l'Afrique et de ses traditions millénaires pour arborer les saynètes les plus outrecuidantes. Certes, si on se réfère au Top 250 des films trash, extrêmes et scandaleux (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/18/37177484.html) diligenté par les soins d'Inthemoodforgore (Inthemood pour les intimes...), Africa Ama ne se hisse qu'à la 123e place de ce classement rutilant.

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Cependant, dixit les propres aveux de notre chroniqueur omniscient, même les films s'érigeant aux alentours de la 200e place ne doivent pas être considérés à la légère, et font déjà office de concurrents particulièrement véhéments. De facto, Africa Ama mérite d'être répertorié parmi les "Mondo" les plus abrupts, acerbes et viscéraux de sa catégorie. A notre souvenance, seul le site Maniaco Deprebis s'est focalisé sur la chronique de ce shockumentary (Source : http://www.maniaco-deprebis.com/index.php?post/2009/07/07/218-africa-ama) et décrit un "Mondo" d'un réalisme saisissant. Attention, SPOILERS ! Les réalisateurs, Angelo et Alfredo Castiglioni, nous convient une fois de plus à un voyage au coeur de l'Afrique noire afin d'y découvrir les coutumes des peuples dits primitifs, comme notamment les terribles rites sexuels que sont la circoncision et l'excision...

Certes, à l'aune de cette exégèse pour le moins élusive, on peut légitimement gloser et pérorer devant les réelles aspérités des deux metteurs en scène. Indubitablement, les peuplades éculées de l'Afrique sont considérées comme des tribus triviales et archaïques qui échappent à toute rationalité, surtout à l'aune de nos propres coutumes occidentales. Dans ce "Mondo", Alfredo et Angelo Castiglioni se polarisent sur tous ces rituels ancestraux et en particulier sur tous ces piercings et tatouages qui ornent la peau de ces Africains, voués (condamnés...) à subir toute une floraison de liturgies pour le moins douloureuses... C'est le moins que l'on puisse dire !
Contrairement à Mondo Magic et à Addio Ultimo Uomo, Africa Ama élude l'écueil des supplices et de l'équarrissage d'animaux.

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Certes, on relèvera quelques saynètes animalières et hélas coutumières de ce genre de programme. On assistera notamment béat à l'étrillage de canidés malmenés, rudoyés voire tabassés au nom de certaines traditions qui échappent à toute explication déductive. Si Africa Ama choque, estomaque et estourbit durablement les persistances rétiniennes, c'est à cause de toutes ces lithographies sexuelles et en partie floutées qui consistent, entre autres, à l'excoriation voire à l'excision des parties génitales féminines. Vous l'avez donc compris.
Les délires lubriques, lascifs voire xénophobes font hélas partie des tristes réjouissances immanentes. A contrario, Africa Uncensored échappe de justesse à notre diatribe rédhibitoire en analysant l'élastance de cette peau humaine, suffisamment flexible et tonique pour s'imprégner d'objets aux étonnantes rugosités. 
Corrélativement, ces peuplades dites archaïques prônent, adulent et célèbrent les cultes de la virilité et de la fécondité. Bon gré mal gré, Alfredo et Angelo Castiglioni offrent un dépaysement total, ainsi qu'une vue panoramique sur l'Afrique primitive.
Africa Ama repose essentiellement sur de nombreux rites initiatiques, l'objectif ultime étant que chaque individu s'accapare sa propre réverbération identitaire, soit celle d'un homme virile, soit celle d'une femme fertile. Un autre monde en somme, celui d'Africa Ama. Si le film suinte la bisserie et la duperie à plein nez, ainsi que la production labile, Africa Ama reste tout de même une expérience étrange et iconoclaste, mais à réserver à un public extrêmement averti. Chronique succincte aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur ce film...

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.maniaco-deprebis.com/index.php?post/2009/07/07/218-africa-ama