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Genre : drame, thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 2011
Durée : 1h57

Synopsis : Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire. Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…   

 

La critique :

Aussi surprenant soit-il, Cinéma Choc ne s'était pas encore épanché sur le cas de Pedro Almodovar, l'une des figures emblématiques du cinéma espagnol en général et de la nouvelle vague ibérique en particulier. Il était temps de rectifier cette bévue via une nouvelle chronique dans nos colonnes ! Pourtant, le metteur en scène peut s'enorgueillir de provoquer régulièrement la polémique et les scandales circonstanciés, que ce soit au gré des séjours festivaliers, ou par les acrimonies d'une censure souvent courroucée. Pedro Almodovar subit, dès ses plus jeunes années, l'impérium du régime de Franco.
Sans argent, sans pécune, le jeune homme voit l'école officielle de cinéma péricliter, puis fermer ses portes, inexorablement. Le régime autocratique de Franco ne fait pas du noble Septième Art l'une de ses priorités, loin de là.

Dès l'âge de douze ans, il besogne comme employé de bureau et apprend les us et les coutumes, ainsi que le désarroi de la plèbe. En parallèle, Pedro Almodovar officie dans une petite troupe de théâtre, mais vit péniblement de sa passion primordiale. Durant les décennies 1970 et 1980, il signe plusieurs courts-métrages dénotatifs et qui l'inscrivent, manu militari, comme l'un des éminents prétendants du cinéma underground. En 1978, il réalise son premier film amateur, Folle, Folle, Folleme Tim !, mais c'est surtout Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (1980) qui lui permet de transgresser et d'afficher un ton délibérément sulfureux et iconoclaste aux yeux ébaubis de la populace. 
Dès lors, Pedro Almodovar n'aura de cesse de franchir allègrement les barrières et les écueils de l'outrecuidance.  

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En l'occurrence, c'est vraiment le film Talons Aiguilles (1991) qui va propulser Pedro Almodovar au firmament de la gloire et inscrire son monogramme dans la culture populaire. Cependant, il serait désobligeant de minorer le reste de sa filmographie exemplaire. Les thuriféraires du cinéaste espagnol n'omettront de stipuler des oeuvres telles que Matador (1985), La Loi du Désir (1986), Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Attache-Moi (1989), Tout sur ma mère (1999), Parle avec elle (2002) La Mauvaise Education (2004), Volver (2006), Etreintes Brisées (2009), ou encore Les Amants Passagers (2013) parmi les films les plus notables et notoires. Vient également s'additionner La Piel Que Habito, sorti en 2011.
Le long-métrage est à la fois l'adaptation d'un opuscule, Mygale, de Thierry Jonquet, l'inspiration libre d'un conte, Véra, tiré des Contes Cruels de Villiers de l'Isle-Adam, et le remake officieux (officiel...) de Les Yeux Sans Visage (Georges Franju, 1960).

Via La Piel Que Habito, Pedro Almodovar s'attaque à un classique incontournable et sérénissime du cinéma français en général et du cinéma horrifique en particulier. A ce jour, Les Yeux Sans Visage reste probablement le meilleur film d'épouvante issu, conçu et ratiociné par notre cinéma hexagonal. Le film de Georges Franju a laissé dans les mémoires une empreinte indélébile, dépassant par ailleurs ses frontières et s'expatriant à l'étranger, entre autres pour sa noirceur ineffable et son nihilisme incoercible. Dire que Les Yeux Sans Visage a estourbi les persistances rétiniennes de plusieurs générations de réalisateurs et de cinéphiles relève du doux euphémisme. 
Pour souvenance, ce long-métrage putride s'illustrait à la fois par son cynisme, pour ses accointances avec le mythe de Frankenstein, le complexe d'Icare et un lyrisme indicible. 

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Ce n'est pas un hasard si ce classique voluptuaire de l'épouvante a déjà inspiré un remake, Les Prédateurs de la Nuit (Jesùs Franco, 1988). D'autre part, Pedro Almodovar n'a jamais caché son effervescence, ainsi que sa dilection pour le film magnifique de Georges Franju : « J’avais en tête Les yeux sans visage de Georges Franju pendant que j’écrivais le film et aussi quand j’ai commencé à penser au tournage. Je crois que, probablement, si on veut parler de référence à un autre film, l’unique référence claire et concrète était précisément ce film, Les yeux sans visage, que je connais par cœur. » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_piel_que_habito). 
Toutefois, pour La Piel Que Habito, Pedro Almodovar souhaite adopter un point de vue différentiel. La Piel Que Habito ne sera pas et n'enfilera pas les oripeaux fétides d'un film d'horreur, mais d'une dramaturgie à part entière. 

Pourtant, ce choix artistique sera unanimement couronné, salué et plébiscité par une presse dithyrambique. Si, en l'occurrence, La Piel Que Habito n'est pas vraiment le remake officiel de Les Yeux sans Visage, le beau film de Georges Franju reste son inspiration principale. Mieux, certains thuriféraires de l'oeuvre originale érigent, en termes de qualités cinéphiliques, La Piel Que Habito aux mêmes hauteurs stratosphériques que Les Yeux sans VisageReste à savoir si ce remake officieux mérite autant de flagorneries et de courtisaneries.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 
La distribution du film se compose d'Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Blanca Suàrez, Roberto Alamo, Barbara Lennie et Susie Sànchez. Attention, SPOILERS !  

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Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire. 
Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. 
Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye… 

Pedro Almodovar n'a jamais caché son obédience, ainsi que sa fascination pour le transformisme, ainsi que ses écueils et ses corolaires sur des personnages lambdas. Tout au long de sa filmographie, cette sorte de métempsychose est tantôt choisie, imposée ou subie avec une vraie consonance systémique. Ce prisme de la mutation - qu'elle soit physique, psychique et mentale - a donc des conséquences délétères sur la destinée et sur le fatum de la personne concernée. La Piel Que Habito ne déroge pas à cette règle fatidique. Si le film d'Almodovar a effectivement quelques annotations horrifiques voire fantastiques, il n'est en rien un long-métrage d'épouvante.
C'est tout le mérite de Pedro Almodovar qui s'ébaudit de ce personnage issu de la création et de l'imagination fertile de son démiurge fanatique.

Evidemment, ce dernier n'échappe pas à cette vulgarisation du médicastre transi par une thaumaturgie obsessionnelle et presque maladive. Mais le portrait le plus saisissant reste celui de sa poupée. Que le public se rassérène. Vous saurez tout sur la genèse de cette femme créée et manipulée de toute pièce, tout du moins sur la transformation de la peau et du corps humain et ce, dans la moindre de leurs anfractuosités, même capillaires ! Pour le reste, La Piel Que Habito se veut être une allégorie identitaire. Quels sont les éléments à la fois ostensibles et indicibles qui témoignent, entre autres, de notre identité (masculine ou féminine...) prégnante ? 
"Le visage est le miroir de notre propre identité", scande péremptoirement le médecin aux intentions machiavéliques. Mais, en filigrane, La Piel Que Habito relève et analyse d'autres thématiques spinescentes, que ce soit sous l'angle de l'inceste, du tabou ou encore de la dysphorie de genre. Indubitablement, Pedro Almodovar vogue, derechef, à contre-courant et s'écarte sciemment du chef d'oeuvre originel pour tangenter vers une autre voie, encore plus alambiquée que son auguste devancier. En résulte un remake aussi déconcertant que fascinant, aux exhalaisons charnelles et disparates et, in fine, très éloigné de son modèle. Certes, les laudateurs du cinéma d'horreur - dont je fais partie - préféreront et opteront sans doute pour Les Yeux Sans Visage
Mais pour ceux qui affectionnent davantage le drame nébuleux, voire scabreux, ils priseront davantage le beau film (lui aussi !) du metteur en scène ibérique.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver