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Genre : Thriller, action, suspense (interdit aux - 12 ans)

Année : 2013

Durée : 1h37

 

Synopsis :

Un animateur radio reçoit, lors de son émission, l’appel d’un mystérieux auditeur menaçant de faire exploser un célèbre pont de la ville, avant de passer à l’acte. Le journaliste décide alors de se servir de cette opportunité pour reprendre son ancien poste à la télévision et couvrir l’événement en direct tout en essayant de trouver une solution pour stopper les actes criminels du terroriste.

 

La critique :

Ah qu'il est bon de revenir à ses fondamentaux, loin du trash, de l'extrême et autres termes affiliés ! Hé oui, même si je me suis métamorphosé, je n'en demeure pas moins un adorateur absolu de cinéma conventionnel donc non je n'ai pas changé tant que ça si ce n'est ma performance au très peu ragoûtant. Les esprits désespérés par la tournure de mon travail peuvent jouir sans entrave car je n'ai pas changé d'un iota, cultivant toujours ce goût pour le cinéma relativement accessible. Tenez, pas plus tard qu'il y a deux jours, je me matais en fin de soirée Herbes Flottantes de Yasujiro Ozu, qui traînait depuis un bon bout de temps dans un de mes disques durs.
Si ce très bon métrage ne bénéficiera pas d'une chronique dans nos colonnes car il ne rentre tout simplement pas dans les codes, cela ne sera pas le cas du premier que j'ai visionné avec une bonne casserole de pâtes. Encore et toujours, je reviens à intervalles réguliers pour vous parler du cinéma coréen et de sa déconcertante facilité à nous fournir des films de qualité, haletants, durs, riches en tension et cultivant à la fois le film d'auteur et le divertissement. Ce n'est plus un secret pour personne et je ne me contenterai cette fois-ci pas de vous citer, ad vitam aeternam, les grands classiques que vous devez connaître depuis le temps.

Mais même si on m'a, un peu à tort, donné le titre de spécialiste du film coréen, je suis encore loin de m'y connaître suffisamment et surtout d'avoir parlé de la plupart des incontournables sur le blog. Tout ce que j'ai à dire est que si le panégyrisme est bien là, le constat est que le Septième Art coréen n'est pas si bien connu que ça quand on creuse un petit peu. Les cyniques diront que cela concerne toutes les nationalités et on ne peut pas leur donner tort. Il est donc urgent de remédier à cela et c'est avec tout mon entrain et ma joie habituelle que je reviens pour vous donner envie de vous jeter dans ce que je présente. On ne peut effectivement pas contraindre les gens à s'intéresser à ce qui ne les intéresse pas. Mais plutôt que de les dénigrer, ce qui est tout ce qu'il y a de plus contre-productif, autant solliciter leur intérêt envers la chose. Après, libre à eux de faire preuve d'ouverture d'esprit mais là est un autre débat. Voici The Terror Live, sorti en 2013, et réalisé par un type pas spécialement connu chez nous qui est Kim Byung-woo. Pour cause, il n'a réalisé que trois long-métrages à ce jour qui n'ont pas du tout bénéficié d'une mise en lumière, j'extrapole, en Occident.
Il démarre en 2008 avec Written, un drame obscur et assez spécial dans lequel il est réalisateur, producteur et scénariste. Jusqu'à présent, cumuler cinéaste et scénariste semble être indispensable pour mener au mieux ses projets. Avec un peu d'observation, on réalise que toutes ses pellicules sont sorties avec un intervalle de 5 ans. En atteste Take Point sorti en 2018 dans le silence le plus total. 

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ATTENTION SPOILERS : Un animateur radio reçoit lors de son émission, l’appel d’un mystérieux auditeur menaçant de faire exploser un célèbre pont de la ville, avant de passer à l’acte. Le journaliste décide alors de se servir de cette opportunité pour reprendre son ancien poste à la télévision et couvrir l’événement en direct tout en essayant de trouver une solution pour stopper les actes criminels du terroriste.

Sans trop de surprise, The Terror Live représente son métrage, je dirais, le plus proverbial et le plus connu de part chez nous. De plus, si sa réputation n'est pas vraiment grandiloquente, il a su créer sensation dans les différents festivals où il a été présenté. Les récompenses concerneront surtout le titre de "meilleur nouveau réalisateur" qu'il rafla aux Pusan Film Critics Awards, aux Buil Film Awards et aux Blue Dragon Film Awards, sans compter un panel assez conséquent de nominations axées essentiellement dans la catégorie "meilleur acteur". En conclusion, tout est au beau fixe pour passer un chouette moment de cinéma. Le synopsis est, en plus, très attirant. Les indicateurs sont tous au vert. The Terror Live, c'est avant tout une histoire simple basée sur le suspense.
Un malade appelle un animateur radio pour se plaindre du coût de ses factures mais Yoon Young-hwa, l'animateur, coupe son appel avant que l'homme mystérieux ne menace de faire exploser le pont à proximité du bureau de la chaîne. Croyant avoir affaire à un canular, Yoon déchante vite en voyant que tout cela n'était pas du bluff et que non, ce n'est pas terminé car il a encore d'autres bombes en stock. Mais plutôt que d'alerter la police, Yoon, vite secondé par son supérieur, voient en cette tragédie le scoop de leur vie qui leur permettra de se hisser haut dans le monde télévisuel. D'un côté, Yoon aura la chance de redorer sa précédente carrière entachée de corruptions en se retrouvant propulsé comme présentateur aux 20h. De l'autre, son supérieur pourra prétendre à l'éventualité de toucher le poste de directeur. Tout cela ne consiste qu'en couvrant l'événement en direct. 

Pour se faire, ils ont un atout. Ils sont en contact avec le terroriste leur promettant de leur offrir l'exclusivité s'ils en viennent à céder à divers chantages. Au fait, si vous aviez apprécié le chef d'oeuvre Le Gouffre aux Chimères qui dépeignait un sinistre portrait au vitriol des travers du journalisme, je pense que vous pourriez, à peu de choses près, vous retrouver dans cette situation pour le moins tendue. Bon, ne nous cachons pas, Byung-woo n'est pas du tout Billy Wilder mais il n'en est pas moins qu'il n'hésite pas à s'attaquer de manière frontale à la bureaucratie coréenne, totalement irrespectueuse envers sa propre population. En apprenant les motivations réelles du terroriste, on se rend compte qu'il ne fait pas ça de gaieté de coeur mais bien pour alerter de l'injustice à laquelle il a fait face. Certes, on se retrouve vite devant un cas de conscience en comprenant cet homme mais en parallèle, on ne peut que condamner sa volonté de prendre en otage des personnes qui ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Le cinéaste parvient à humaniser son pseudo-tueur en le dotant d'une conscience, d'un réel charisme que l'on ne perçoit finalement qu'à travers le combiné du téléphone. Il veut en découdre avec ceux qui l'ont abandonné et qui n'ont pas daigné rendre hommage aux victimes. Les hauts fonctionnaires ne se priveront pas de le tancer à travers l'écran télévisé, encore une fois, en direct. Ce qui finira très mal.

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Mais si le gouvernement n'est pas épargné par Byung-woo, la critique vise avant tout la définition du journalisme au 21ème siècle. Une époque où les journalistes semblent avoir perdus toute éthique, tout humanisme, tout respect de la vie humaine pour ne viser que l'audimat, le prime-time et le sensationnalisme. N'oublions pas, et la société de manière générale est indirectement visée, que le spectaculaire fait vendre. La population est friande des mauvaises nouvelles. Sa fascination pour le chaos la fait vibrer. Comme l'a dit un certain philosophe très perspicace et lucide, "les mauvaises nouvelles, c'est ce qui se vend le mieux".
Et comme je l'ai dit juste au-dessus, la raison de tout ceci tient avant tout d'un but purement opportuniste. L'appât du gain, la réputation, la célébrité, la gloire et tous ses concepts glorifiés de notre société consumériste sont les motivations prédominantes, avant le but premier qui est d'informer. Néanmoins, si l'on apprécie et savoure avec grand intérêt les dialectiques traitées, on se doit de dire que tout ce joyeux bordel est bien moins professionnel que Le Gouffre aux Chimères que l'on peut rapprocher, là où le grotesque dans toute sa subtilité nous époustouflait. 

Car si The Terror Live remplit sans trop de difficulté son cahier de charges, plusieurs problèmes d'intérêt se profilent et interpellent. Tout d'abord, certaines incohérences dont la plus frappante réside dans une bombe placée dans chaque oreillette sur le plateau. Comment cet homme a-t-il pu s'introduire si facilement dans les bureaux, trouver les oreillettes, insérer ni vu ni connu les micro-bombes et repartir comme si de rien n'était ? Secundo, on sent que Byung-woo a un peu tendance à lorgner du côté du spectaculaire américain en versant quelques fois dans la surenchère. L'influence est là et risque de faire tiquer les puristes. Pour finir sur une note optimiste ce paragraphe, si l'on se prend au jeu, les 1h38, durée très juste pour ce que le métrage a à raconter, passent très vite.
L'intensité est là, le rythme ne retombe jamais. Le cinéaste ne perd jamais de vue son sujet quand bien même on rechignera sur la fameuse situation de ce Yoon divorcé qui est encore amoureux de son épouse, bien sûr journaliste dans la même boîte sinon ce n'est pas drôle. Au moins, on se console en retombant sur le style coréen via une fin aux antipodes du happy-end. 

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Au niveau esthétique, n'attendez pas de The Terror Live un bijou qui éblouira vos rétines. Certes, tout est bien filmé, les décors fourmillent de détails et la rapidité des cadrages prend à la gorge. Néanmoins, 99% du film se passe sur le même lieu donc une salle de diffusion télévisuelle, donc pour la beauté des décors, on repassera. Là n'est pas un point négatif, je précise. Au niveau son, c'est inexistant au niveau de nos oreilles. Rien de précis à signaler mais, encore une fois, ce n'est pas un point négatif car une surdose sonore aurait cloché avec la tournure scénaristique. Et pour finir sur l'habituelle partie de l'interprétation des acteurs, on se plait à assister à la très bonne interprétation de Ha Jung-woo très à l'aise dans son rôle de journaliste déshonoré par sa hiérarchie et voyant en ce drame l'espoir de redorer sa carrière. Ce n'est de toute façon que le seul rôle d'intérêt avec le tueur en la personne de David Lee qui, de manière surprenante, perd un peu tout son aura lorsqu'il apparaîtra en vrai.
A la limite, on appréciera le supérieur, vrai salopard de service, incarné par Lee Kyoung-young. Pour le reste, eh bien il n'y a pas grand-chose à retenir. Citons les principaux : Jeon Hye-jin, Kim So-jin et Kim Hong-pa

Bien que ce billet ne soit aucunement une épouvantable saillie, je ne peux cacher ma déception d'avoir placé beaucoup d'attente pour un résultat, certes, correct mais bien en-dessous de ce que l'on peut voir de meilleur en Corée du Sud. Si on appréciera un second niveau de lecture bien traité, accusant autant les politiciens que les journalistes et la population, force est de constater qu'il y a bien mieux sur ces passionnantes thématiques qui marchent toujours. Cependant, le scénario tient en haleine, en dépit de quelques incohérences, et n'est pas con du tout.
La dimension du suspense est constante, chose qui n'est pas donnée à tout le monde de faire. Alors oui, l'américanisme est facilement décelable mais on tient une petite pellicule qui ne pète jamais plus haut que son cul et dont les objectifs affichés sont clairement de divertir. Contrat qu'il remplit sur ce point-là. Ainsi, ma note fera preuve d'une certaine mansuétude.

 

Note : 13/20

 

 

 

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