trainspotting

Genre : drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 1996
Durée : 1h33

Synopsis : Les aventures tragi-comiques de Mark Renton, junkie d'Edimbourg, qui va tenter de se séparer de sa bande de copains, losers, menteurs, psychopathes et voleurs. 

 

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_films_sur_la_drogue/192699 pour dénicher et déceler le Top 50 des meilleurs films sur la drogue. L'héroïne, la cocaïne et d'une façon générale les opiacés sont les mêmes substrats symptomatiques de notre société en déliquescence. Depuis des temps immémoriaux, ils font office de paradis artificiels destinés à assainir l'état de psychasthénie mentale, dont l'individu est hélas tributaire. Evidemment, la consommation et l'accoutumance aux substances illicites sont larvées par le sceau de la dramaturgie.
Les thuriféraires de ce prisme cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Human Traffic (Justin Kerrigan, 1999), Las Vegas Parano (Terry Gilliam, 1998), le bien nommé Traffic (Steven Soderbergh, 2000), Requiem for a dream (Darren Aronosky, 2000), Moi Christiane F 13 ans Droguée et Prostituée (Uli Edel, 1981), Easy Rider (Dennis Hopper, 1969), le méconnu More (Barbet Schroeder, 1969), Basketball Diaries (Scott Calvert, 1995), ou encore The Trip (Roger Corman, 1967) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.

Vient également s'additionner Trainspotting, réalisé par la diligence de Danny Boyle en 1996. Le cinéaste est désormais bien connu de la scène cinématographique, que ce soit sur ses terres, et en particulier sur le territoire de l'Oncle Sam "himself". Alors qu'il embrasse et oblique vers une carrière théâtrale en tant que directeur adjoint vers l'orée des années 1980, il passe enfin derrière la caméra vers le milieu des années 1990. Petits meurtres entre amis (1994) avalise sa toute première réalisation, un premier essai qui se solde déjà par des critiques unanimement dithyrambiques.
En dépit d'un budget famélique, le film rapporte suffisamment de pécune et de prébendes pour ériger le cryptonyme de Danny Boyle dans un cinéma souvent corseté, voire galvaudé par la profusion du spectaculaire.

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En vérité, Petits meurtres entre amis est conçu, pensé et ratiociné comme le premier chapitre d'une trilogie consacrée aux écueils et aux corolaires de l'argent, ainsi que de ses conséquences délétères sur les relations humaines. Le film sera suivi par Trainspotting, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui, et Une vie moins ordinaire (1997). A postériori, Danny Boyle se laissera dévoyer par la machine hollywoodienne via La Plage (2000), un drame sirupeux qui recueille les invectives et les quolibets d'une presse sarcastique. Viennent aussi s'agréger 28 jours plus tard (2002), Sunshine (2007), Slumdog Millionaire (2008), 127 Heures (2010), Trance (2013), ou encore Steve Jobs (2013). A l'origine, Trainspotting est l'adaptation d'un opuscule éponyme d'Irvin Welsh.
Le projet flagorne immédiatement le producteur Andrew Macdonald.

Ce dernier contacte alors Danny Boyle et le grimaud John Hodge pour scénariser une adaptation cinématographique digne de nom. Trainspotting recevra les ferveurs et les acclamations du festival de Cannes lors de sa présentation en hors compétition. Adulé, vénéré, voire adoubé par le public, le long-métrage s'octroie prestement le statut sérénissime de film culte et générationnel. A raison, Danny Boyle et ses fidèle prosélytes exultent. Le metteur en scène britannique d'origine irlandaise n'a jamais caché son appétence pour réaliser une suite, T2 Trainspotting (2016), elle-même librement adaptée du roman, Porno, d'Irwin Welsh.
Hélas, ce second chapitre ne rencontrera pas le même succès commercial, et fait même grise mine à l'aune des fulgurances de son auguste devancier. 

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De surcroît, Trainspotting premier du nom s'arroge plusieurs récompenses éminentes, notamment le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur lors festival international du film de Seattle. La presse extatique évoque même "l'Orange Mécanique" des années 1990. Reste à savoir si le long-métrage de Danny Boyle mérite de tels dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En France, Trainspotting écope d'une interdiction aux moins de 16 ans ; mais au Royaume-Uni, le film suscite les acrimonies, ainsi que l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans.
Aux yeux de l'empire britannique, Trainspotting ferait (vraiment un terme à guillemeter et à mettre au conditionnel...) l'apologie de la drogue. Le métrage n'échappe donc pas au couperet acéré de la polémique et de la censure, sérieusement courroucée pour l'occasion.

La distribution de ce drame se compose d'Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Kevin McKidd, Kelly Macdonald, Peter Mullan et James Cosmo. Attention, SPOILERS ! (1) La vie tragi-comique d'un groupe de jeunes marginaux, accros à l'héroïne, dans la ville d'Edimbourg, en Ecosse. Mark Renton, au chômage, comme la plupart des jeunes Ecossais de sa génération, pose un regard lucide sur sa condition de drogué. Renton traîne dans la banlieue d’Édimbourg avec ses copains : Sick Boy (un fanatique de James Bond perfide et tombeur de filles), Spud (un crétin sympathique et docile), Begbie (un dangereux désaxé cherchant toujours la bagarre) et Tommy (un gars honnête et adepte de la musculation). Pour pouvoir se payer l’héroïne qu'ils prennent, sauf Begbie (qui s’en tient à l'alcool) et Tommy (qui ne touche à rien et mène une vie saine), dans l’antre du dealer Swanney (surnommé la « Mère supérieure »), ils commettent de petits délits.

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Renton tente de décrocher et prend des suppositoires à l'opium fournis par Mikey Forrester (un autre trafiquant) pour commencer son sevrage en douceur (1). Mais son accoutumance le rattrape... Indubitablement, par certaines accointances, Trainspotting réactive et rappelle le cinéma social de Ken Loach, la fibre sociétale, la factualité, l'acerbité et la contrition en moins... Le film de Danny Boyle n'a pas vraiment pour velléité de parfaire vers la démonstration cinglante, ni d'égratigner, voire de semoncer cette génération "X", à la fois victime du consumérisme ad nauseam, du délitement de la société occidentale et de l'expansion du chômage, ainsi que de la misère sociale dans notre microcosme urbain. Si le portrait de cette jeunesse en déliquescence transparaît en filigrane, c'est pour mieux asséner cet uppercut fracassant via des saynètes sciemment outrancières.

La séquence du nourrisson décédé et tuméfié ne manquera d'estourbir durablement les persistances rétiniennes. Même remarque pour ces gogues, imbibées de diverses pestilences, et qui voit son héros sourdre d'une cuvette, puis se déliter sous les effets ravageurs de l'héroïne. Dans Trainspotting, il est bien question de drogues dures et évidemment de leur nocuité sur notre organisme, ainsi que sur notre psychisme en décrépitude. Pour distiller son message préventif contre les effets pernicieux de la drogue, Danny Boyle s'appuie, entre autres, sur une galerie de personnages iconoclastes. De facto, il faudra donc composer avec un héros débonnaire, un psychopathe au comportement éruptif, une sorte de trublion du village qui collectionne les rodomontades, un thuriféraire de James Bond et le gentil garçonnet qui s'abandonne lui aussi à cette toxicomanie mortifère.

Tous les éléments allégoriques sont ici apposés et coalisés pour arborer les bonnes grâces du spectateur lambda. Même la bande son rock et électronique, parfois un peu trop prégnante voire dissonante, vient rappeler et remémorer le syllogisme - encore une fois - générationnel de Trainspotting. En dépit de ses subterfuges matois et de certaines facilités scénaristiques, Trainspotting reste un drame éminemment sincère, transporté par cette bonhommie communicative. Le film exhume en catimini un monde hédoniste en plein chamboulement et dans une permutation quasi permanente. Telle est la leçon dogmatique à retenir de ce film presque obsessionnel sur cette déréliction ostensible : "Le monde change, la musique change, même les drogues changent".
Après, de là, à comparer ce film transgressif et dénotatif avec les impudences d'Orange Mécanique, il y a une ligne, une marche, voire un fossé que nous n'oserons pas franchir.

 

Note : 15/20

 

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trainspotting_(film)