straw dogs 2011

Genre : thriller 
Année : 2011
Durée : 1h49

Synopsis : Un Anglais et sa femme quittent le pays pour aller s'installer au fin fond des États-Unis. Ils se heurtent bientôt à la violence locale.  

 

La critique :

Parmi les films les plus marquants, choquants et virulents des années 1970, les thuriféraires du genre citeront probablement cette trilogie infernale et composée à la fois par Délivrance (John Boorman, 1972), Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) et Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971). Le premier film susmentionné met en exergue nos pulsions archaïques et transies par le primitivisme, via ces sportifs aguerris qui doivent se colleter avec des gueux de passage et à la lisière d'une rivière aventureuse. Orange Mécanique s'apparente davantage à une dystopie anticipationnelle, ainsi qu'à une introspection sur une violence inexpugnable et exponentielle.
Qu'à cela ne tienne, le héros, Alex DeLarge sera conditionné par un gouvernement autocratique qui le transmue en un individu oisif et apathique.

Pour réprimer et juguler la violence, la société a pour panacée de procéder elle-même à un impérium irréfragable, soit la seule façon d'euphémiser les ardeurs sociopathiques de personnes déviantes et à la dérive. Gare à ne pas contredire, ni à circonvenir aux règles dictées et imposées par un gouvernement potentat, sous peine de devenir une sorte d'automate indolent. Et c'est exactement le triste fatum qui attend impatiemment Alex DeLarge. Quant à Les Chiens de Paille, le film de Sam Peckinpah s'associe à la mouvance du rape and revenge, très en vogue durant la décennie 1970. Face à l'apogée du féminisme, les hommes acrimonieux n'ont pas l'intention d'abandonner leur impérium et s'adonnent à une phallocratie vengeresse et rédhibitoire. 
Que soit. La gente féminine ne se laissera pas malmener ni rudoyer impunément. 

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La castration du phallus, autrefois turgescent, devient symbolique et allégorique des bouleversements sociologiques, sexuels et sociétaux. Alors que la réalisation du film Délivrance doit justement échoir entre les mains de Sam Peckinpah, le cinéaste essuie finalement un camouflet de la part des producteurs. Ces derniers lui préfèrent John Boorman. En contrepartie, Sam Peckinpah écope de l'adaptation d'un opuscule, The Siege of Trencher's farm, de Gordon Williams, et publié en 1969. Interdit aux moins de 16 ans dans nos contrées hexagonales, Les Chiens de Paille est soumis au couperet acéré de la censure au Royaume-Uni via une classification "X" et l'ultime réprobation (soit une interdiction aux moins de 18 ans). La séquence de viol, d'une violence inouïe, estourbit durablement les persistances rétiniennes de plusieurs générations de cinéastes et de spectateurs ébaubis.

En outre, c'est surtout le caractère ambigu de cette saynète lubrique qui suscite les invectives et les quolibets. La femme suppliciée accepte passivement le viol pendant que son mari débonnaire part à la chasse. De retour chez lui, l'époux pusillanime prend la défense d'une sorte de trublion du village, accusé d'avoir assassiné une jeune adulescente de passage. La tension monte crescendo et se transmute subrepticement en home invasion. Sam Peckinpah ne réfute pas forcément la thèse de la misogynie pour qualifier son thriller.
Mais pour le réalisateur, il s'agit de dénoncer toutes les turpitudes de l'Humanité. Lorsque son foyer est menacé, l'homme est donc prêt se livrer aux plus viles bassesses. Telle est la leçon, à la fois fatidique et péremptoire, à retenir de Les Chiens de Paille

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De surcroît, Sam Peckinpah a toujours abhorré et vilipendé la violence. Au fil du temps et des décennies qui se sont égrainées, personne n'aurait songé un instant à réitérer les animosités belliqueuses de ce thriller à couteaux tirés. Mais depuis l'orée des années 2000, Hollywood s'est acoquiné avec les remakes usités et faisandés. Les Chiens de Paille ne déroge donc pas à la règle et doit à son tour obliquer vers une nouvelle séquelle, sobrement intitulée Straw Dogs et réalisée par la diligence de Rod Lurie en 2011. A la fois nanti des oripeaux de scénariste, de metteur en scène, de producteur et d'acteur, Rod Lurie compte déjà plusieurs films à son actif, notamment Situation Critique (1999), Le dernier château (2001), ou encore Le Prix du Silence (2008). 
A ce jour, Straw Dogs reste la dernière réalisation en date de Rod Lurie.

Reconnaissons que le cinéaste ne possède ni la filmographie, ni l'érudition d'un Sam Peckinpah ; ce qui laisse présager une certaine circonspection à l'aune de ce remake. Sorti dans l'indifférence générale, Straw Dogs version 2011 ne rééditera pas les polémiques ni les scandales de son auguste devancier. En France, le film sortira en DTV (direct-to-video) et semble condamner à s'enliser dans les bacs vidéo. Nonobstant tous ces impondérables circonstanciels, Straw Dogs est-il en mesure de faire ciller le métrage originel ? On peut légitimement gloser, disserter et tergiverser, mais la réponse sera évidemment prodiguée dans les lignes de cette chronique... Par ailleurs, que ce soit sur les fiches Wikipédia ou AlloCiné du film, aucune animadversion n'est stipulée.
Sous l'égide de Rod Lurie, Straw Dogs est donc purgé du fardeau de la réprobation et de la censure. 

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La distribution du long-métrage se compose de James Marsden, Kate Bothworth, Alexander Skarsgard, James Woods, Dominic Purcell, Rhys Coiro, Laz Alonso et Willa Holland. Attention, SPOILERS ! L'écrivain David Sumner et sa femme Amy emménagent dans la ville natale de cette dernière dans le Sud profond sans savoir encore à quoi s'attendre de la part des fermiers locaux aux comportements plutôt violents. Dans le film de Sam Peckinpah, ce sont tout un faisceau de menus détails qui conféraient à ce thriller incisif toute son âcreté, témoignant ainsi de toute la perniciosité dont est capable l'âme humaine. Au détriment de ces belligérances, c'est une jeune femme, à l'étonnante vénusté, qui subit le courroux de la gente masculine. De facto, la séquence de viol apparaissait comme la caractéristique centrale du drame à venir. "On finit toujours par récolter ce qu'on a semé", clame le mari poltron à son épouse. 

Cette objurgation finira par prendre toute sa sémiotique au cours de ce thriller lambda.Pour Rod Lurie, rien n'a changé depuis le film de Sam Peckinpah. Certes, le metteur en scène montre qu'il sait diriger son casting. Dans leurs rôles respectifs, James Marsden, Kate Borthworth et Dominic Purcell parviendraient presque à phagocyter leurs homologues originels. Néanmoins, Rod Lurie n'est pas ce réalisateur orfèvre, apte à faire vaciller la couronne sérénissime arrogée par Sam Peckinpah en son temps. Ainsi, les 45 premières minutes de ce remake sont assez insipides et réactivent beaucoup trop les ficelles de l'original. Production doucereuse oblige, la scène de viol est, de ce fait, beaucoup moins cinglante. Heureusement, lors de la dernière demi-heure, Rod Lurie se tire de son sommeil léthargique pour enfin proposer un home invasion assez brutal. 
Cette conclusion finale en apothéose permet d'extirper Straw Dogs d'une certaine impassibilité. Reconnaissons que le casting s'en sort avec les honneurs et que le film devrait sans doute flagorner les néophytes, même si l'ensemble reste un peu trop conventionnel. Depuis la sortie de Les Chiens de Paille, le film de Sam Peckinpah a connu toute une pléthore de variations et de séquelles, par ailleurs de qualités ambulatoires. Ce remake débarque sans doute beaucoup trop tard et s'illustre surtout par sa futilité. Les laudateurs du film initial péroreront, grommelleront et brocarderont à raison ce remake sans grand relief, un peu à l'instar de sa mise en scène, beaucoup trop sommaire, pour susciter une réelle appétence. Pourtant, en dépit de toutes ces défectuosités relatées, Straw Dogs se laisse suivre sans déplaisir et mérite donc une mention "passable", ni plus ni moins.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver