suffering bible

Genre : Horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)

Année : 2018

Durée : 1h05

 

Synopsis :

Cinq comptes torturés présentant la face la plus sombre du christianisme. Dans cet univers lugubre flirtant avec le post-apocalyptique, des hommes et des femmes, telles des âmes errantes, se retrouvent confrontés à la tristesse d'un monde idéologique mourant, et avec lui les supplices qui les frapperont de plein fouet.

 

La critique :

Un de plus ! Un de plus du célébrissime et érudit top 250 auquel je m'attaque aujourd'hui et un cru de choix en l'occurrence, quoique plus abordable moralement que les dernières choses que je vous ai présenté. On l'a dit plus d'une fois, auparavant, mais l'Italie ne démérite pas pour son cinéma où les antagonismes y officient avec panache. Vu dans l'inconscient collectif comme le cinéma de l'amour avec ses histoires à la fois belles et déchirantes mises en scène par les cinéastes parmi les plus grands de l'histoire, on ne peut détourner le regard de la couche sombre. Bien sûr, le giallo fut l'occasion rêvée pour asseoir la réputation de l'Italie dans le registre de l'épouvante/horreur.
Lucio Fulci, Dario Argento, Mario Bava sont quasi toujours cités parmi les figures proéminentes mais pas que. Plus ou moins en même temps, le cinéma à scandale naquit de deux icônes, l'une très connue, l'autre plus confidentielle. La plus connue est bien sûr Pier Paolo Pasolini que nous ne présentons plus, l'autre est Alberto Cavallone qui se spécialisera plus tard dans le porno déviant. Preuve en est avec le repoussant Violée par un nain qu'il m'ait été donné de chroniquer avec grand sourire pour un premier billet en français. Et vous savez comme j'aime être le premier à aborder un film sur la Toile française. 

Tout ça n'est maintenant que de l'histoire ancienne mais n'allez pas croire que l'Italie se soit calmée. Preuve en est avec Oltre La Follia de Luigi Zanuso qui provoqua l'incompréhension et le dégoût des rares spectateurs à l'avoir vu. Définitivement, une strate underground vouée au trash, à la déviance et à l'extrême existe et n'est visiblement pas sur le point de se calmer. Dans un pays où la religion est encore très forte, il ne pouvait en être autrement que des cinéastes aventureux s'y attaquent avec véhémence. Jadis, Toto qui Vécut Deux Fois s'y était attaqué de manière un peu trop frontale. Grave erreur, en dépit de sa remarquable qualité. Cinéastes traînés en justice, scandale impensable, protestations virant presque à l'émeute et aux bagarres générales.
Encore une fois, je me demande comment il n'est pas plus souvent cité parmi les plus grandes polémiques de l'histoire du cinéma vu le bordel qu'il créa. Mais pour Davide Pesca, il n'y a pas de raison d'avoir peur de tout ça. Inspiré très certainement pas le métrage susmentionné, c'est une bombe gargantuesque et jusqu'au-boutiste qu'il décharge dans le Septième Art borderline, avec un projet au nom assez cauchemardesque, qui est Suffering Bible. Certains doivent sans doute le connaître car il a pu être une première fois à l'honneur avec son ultra violent Tales From Deep Hell que je n'ai personnellement pas vu. Mais croyez bien que j'aimerai bien le voir après ce que j'ai vu hier soir. 

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ATTENTION SPOILERS : Cinq comptes torturés présentant la face la plus sombre du christianisme. Dans cet univers lugubre flirtant avec le post-apocalyptique, des hommes et des femmes, telles des âmes errantes, se retrouvent confrontés à la tristesse d'un monde idéologique mourant et avec lui les supplices qui les frapperont de plein fouet

A mon grand étonnement, en voulant obtenir de plus amples informations sur le tournage ou autres anecdotes croustillantes, je remarquais que la Toile française ne fit montre d'aucun référencement. Il est vrai que j'étais habitué depuis un petit temps à tomber sur des pellicules honteusement confidentielles pour ne pas être abordées en notre langue mais ici je ne peux cacher avoir été surpris. Qui plus est, aucune image digne d'intérêt n'était disponible, et je n'aime pas faire un billet sans images. C'est avec mon bienheureux "Outil de Capture d'Ecran" ,dispo sur tout logiciel d'exploitation, que je sélectionnais avec amour et, surtout patience, des images dignes d'intérêt afin d'avoir le meilleur rendu possible. Libre à vous de juger mais je me montre assez satisfait. Que soit, en ayant fait forte sensation avec son Tales From Deep Hell, Pesca nous laissait voir son style brut de décoffrage où l'extrême dans sa plus humble pureté était mise à l'honneur. Le point culminant se trouvant dans des performances scéniques hors norme où certains acteurs ne se privèrent pas de se taillader le corps.
La question que les laudateurs du gore qui tâche se posent est : Est-ce que Suffering Bible pourra reproduire les excès de son illustre aîné ? Après lecture préalable de la chronique, présente sur le blog, de son premier métrage, je me vois bien forcé de vous dire que non. Davide Pesca, sur ce coup, s'est bien calmé dans ses intentions. Mais attention, n'allez surtout pas sous-estimer ce qu'il vient de pondre. En l'occurrence, balayez vos soupçons de pellicule plus sage flirtant avec les Saw et Hostel en tout genre car le truc va bien plus loin. Pour la petite anecdote, il peut s'enorgueillir d'une jolie 137ème place dans le top 250. 

Pour rappel, l'Italie a de très grandes traditions catholiques qui perdurent encore à notre époque et qui sont une cible de choix pour certains, dont Pesca. Déjà dans Tales From Deep Hell, il retranscrivait les limbes infernaux d'un homme condamné à visionner les péchés enregistrés sur pellicule de dépravés. Suffering Bible ne déroge pas à la règle et s'y axe même bien plus fortement. Cinq segments cauchemardesques qui feraient se défénestrer les cathos les plus intégristes et que je présenterai, bien évidemment. 

Act 1 : My Only God : Une femme se rapproche d'une femme ligotée et bâillonnée. Un flashback nous apprend que ce sont deux amies inséparables à un point tel que l'une d'elles en a développé une véritable obsession. Pour s'assurer qu'elle et sa compagne ne seront jamais séparées, elle la poignarde sauvagement à plusieurs reprises jusqu'à la mort avant de se suicider en se poignardant à son tour

Act 2 : San Tomas : Un moine se flagelle au martinet dans une pièce face à une croix. L'instant d'après, il se trouve face à la réincarnation de Jésus crucifié sur cette croix, meurtri par une plaie béante. Le moine, ayant sombré dans la folie, va lui extraire son coeur pour le dévorer. Un acte qui lui coûtera très cher. 

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Act 3 : In The Name of Father : Une femme face à une croix et la Bible sacrée commet un rituel d'automutilation au cours duquel elle s'arrache un oeil, se déchire les seins et découpe ses parties génitales 

Act 4 : The Pact : Dans ce qui semble être un appartement, une femme narcissique se fait poignarder jusqu'à la mort par une mystérieuse femme durant un étrange rituel mystique

Act 5 : The Redemption of Lost Souls : Trois pécheurs patientent dans un couloir. Un par un, ils sont conduits par des hommes masqués dans une pièce où ils seront torturés et tués face caméra, le tout dans une ambiance de snuff movie

Voilà qui a de quoi calmer les ardeurs et ce, même si le réalisateur est tempéré (un terme à mettre vraiment entre guillemets) pour cette seconde réalisation qui a de quoi enthousiasmer. Reprenant le concept du film à sketchs de Tales From Deep Hell, il décide de réduire le nombre de segments en les prolongeant afin de développer l'ambiance mortifère qui régnera de la première à la dernière seconde pour chaque histoire. En d'autres termes, on réduit l'aspect frontal de l'extrême et on se polarise sur l'atmosphère. Entre chaque récit se déroule une autre histoire revisitant l'histoire d'Adam et Eve de manière tordue. Représentés à l'écran par des bandages les enveloppant, recouverts de crasse et incapables de marcher, ils sont condamnés à ramper dans une forêt oppressante en se tordant jusqu'à se retrouver pour mourir. Niveau optimisme, on repassera ! Mais, en fin de compte, Suffering Bible n'est qu'un prolongement de son premier bébé dans les thématiques abordées soulignant la perdition de l'homme, sa violence intrinsèque mais pas que vu qu'à ce petit jeu, le métrage gagne en profondeur en traitant du détournement du sacré, de l'atteinte à l'intégrité physique, de la jalousie, de la rage.

On peut vite voir une subtile critique de l'intégrisme avec ces personnes sans identité se flagellant par "amour pour Dieu". Un peu comme durant le Moyen-Âge où les cathos pratiquaient cela pour, apparemment, s'absoudre de leurs péchés. Pourtant, plus le visionnage avance et plus on se rend compte que la religion n'est pas soumise à une critique gratuite. Bien loin de là, elle n'est même pas ciblée, au détriment de l'Homme corrompu, totalement aliéné par des préceptes qu'il est incapable de comprendre ou même de percevoir. L'exemple le plus évident est celle de ce moine meurtrissant ce en quoi il croit pour lui arracher le coeur, soit le centre de la vie, peut-être, dans un but de devenir une idole. Ainsi, malgré sa 137ème place, Suffering Bible ne lésine pas sur le trash et avec lui des effets spéciaux dantesques. Le point culminant sera sans hésitation The Redemption of Lost Souls (quoique In The Name of Father a de quoi causer de grosses sueurs froides) qui est le plus dérangeant mais aussi le plus brutal. Une femme vitriolée et égorgée comme un porc, un homme dont le dos (et par extension la colonne vertébrale) est massacré à la hache et un autre dont le ventre goûtera à la disqueuse. Vous aurez compris que jamais la pression ne sera relâchée, que l'intensité suivra presque une courbe exponentielle, en dépit de The Pact qui n'est pas très intéressant. Là est toute la problématique des films à sketchs. Quoi qu'il en soit, difficile de voir les 65 minutes passer avec lenteur. 

SB3

Cette chronique ne pourrait s'achever sans aborder la question de l'esthétisme qui joue un grand rôle dans le climat anxiogène et suffocant. Il est vrai que le cinéma italien a toujours eu une connexion avec le stylisme et le raffinement visuel. Et nous pouvons le dire sans embarras que cet état de fait se retrouve ici. Oui, le cinéma gore et extrême n'est pas à relier systématiquement au manque d'ambition et un résultat final torché sans dimension artistique. Davide Pesca ne se prive pas de travailler visuellement son film et l'aboutissement est on ne peut plus remarquable. Evoluant tantôt dans des teintes vespérales et tantôt dans quelque chose de plus ensoleillé, les segments ont tous leur particularité avec leur ambiance propre, leur choc visuel propre. La variété est de mise et c'est à féliciter.
Pareillement pour la bande sonore admirable en tout point dans son trait ténébreux, glauque et bien malsain comme il faut. Difficile, cependant, de parler des acteurs car le film est à 99% muet. Ils se débrouillent correctement mais ça reste toutefois limité et, surtout, nous n'avons pas le temps de nous attacher à eux compte tenu de la durée des segments. 

Dès lors, je ne peux cacher le fait que j'ai toujours été, et encore maintenant, sceptique à chaque fois que je teste la qualité d'un produit trash. A la différence du cinéma conventionnel, un certain sentiment de crainte émane un peu à chaque fois. Peur d'être face à du graveleux, du putassier, un travail d'ambiance morne, une esthétique fade, des intentions se résumant à décharger la barbaque sans aller plus loin. On a toujours entretenu une distance entre la qualité et le trash, comme si ces deux termes étaient systématiquement incompatibles. Pourtant, observons Nekromantik ou Cannibal Holocaust, et même Salo qui ont bien plus à offrir que ça. Sans arriver jusqu'à leur niveau, nous pouvons décemment dire que Suffering Bible est une anthologie de qualité évidente et pour le moins culottée qui a ce mérite de ne pas prendre ses spectateurs pour des cons. Même en réfrénant ses ardeurs, la brutalité est toujours bien là et à même de faire fuir sans le moindre pet de difficulté les spectateurs les plus sensibles.
Loin d'être insoutenable mais bien badass, pour résumer. Alors que je croyais être condamné à ne pas pouvoir regarder gratuitement ce titre (ou condamné à acheter le DVD) au vu de mes travaux d'investigation s'étant soldés par des échecs, le miracle se produisit en tombant sur un site de téléchargement italien absolument inconnu au bataillon qui me l'offrit en très bonne qualité qui plus est. Avis aux amateurs qui souhaiteraient le visionner. Toujours est-il que Davide Pesca a un potentiel évident pour se hisser parmi les pontes du cinéma extrême du 21ème siècle. On ne peut que l'encourager à continuer sur cette lancée, loin de l'envahissante sagesse cul-cul du mainstream.

 

Note : 15/20

 

 

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