memory of the camps

Genre : documentaire, historique, shockumentary, death movie (interdit aux - 18 ans)
Année : 1945, 1985
Durée : 1h07

Synopsis : Débuté en 1945 sous la direction de Sidney Bernstein, Memory of the Camps, documentaire réputé édifiant sur les camps de concentration, n'avait jamais été montré dans son intégralité. Une anomalie historique et cinématographique bientôt réparée. Oublié avant d'être retrouvé par un chercheur américain dans les années 80, ce film avait été présenté dans une version incomplète lors du Festival de Berlin en 1984 puis à la télévision américaine l'année suivante sur PBS, mais encore une fois dans une qualité déplorable et sans la dernière bobine. Aujourd'hui, la version imaginée par Bernstein et Hitchcock, qui avait travaillé comme consultant sur le montage, va enfin être montrée au public. Memory of the Camps, restauré grâce au travail minutieux du Musée Impérial de la Guerre anglais, sera diffusé à la télévision britannique au début de l'année 2015, pour commémorer le 70ème anniversaire de la fin de la 2ème Guerre Mondiale. Les téléspectateurs peuvent s'attendre à un film insoutenable. Il se murmure qu'Hitchcock, après en avoir vu les premières images, avait décidé de prendre une semaine de repos...

 

La critique :

A la fin de la Seconde Guerre mondiale et après la défection de l'Allemagne d'Adolph Hitler, l'Europe est un continent à la dérive et à l'agonie qui doit, de prime abord, songer à se rebâtir. Corrélativement, le coeur des Français vacille après la défaite cinglante de 1940 contre l'Allemagne nazie. Naguère considérée comme une armée flamboyante qui avait triomphé arrogamment de l'ennemi germanique durant la Première Guerre mondiale, l'empire hexagonal est carrément exclu des débats lors de la conférence de Yalta ourdie, entre autres, par Joseph Staline et Winston Churchill.
Ces accords doivent instaurer la paix, pas seulement en Europe, mais aussi sur la scène internationale. Une hérésie. Si l'Europe veut redevenir flamboyante, elle doit s'adjoindre les services d'une nouvelle Allemagne, désormais segmentée en deux parties, l'une à l'Est et l'autre à l'Ouest.

Dans ce contexte encore houleux, mais davantage transi par la recherche d'une certaine pérennité, il n'est nullement question de réouvrir les plaies algiques et encore béantes des camps de la mort nazis. Parallèlement, la guerre froide fait rage et oppose les deux nouvelles puissances hégémoniques du monde. D'un côté, les Etats-Unis, considérés comme le ou l'un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, aspirent à imposer un capitalisme fructueux et exponentiel. A contrario, l'U.R.S.S. de Staline érige le communisme comme une sorte d'impérium autocratique.
Le sujet des camps de concentration est promptement évacué, ostracisé, voire rabroué. Pour le public encore candide et surtout pour les rares survivants de ces complexes concentrationnaires, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'aux années 1950 avant que ce sujet, pour le moins spinescent, soit enfin dévoilé. 

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Le documentaire Nuit et Brouillard (Alain Resnais, 1955) met en exergue cette horreur indicible et toutes les turpitudes dont est capable l'être humain dans son insondable brutalité. A l'origine, Nuit et Brouillard s'inspire et reprend certaines saynètes mortifères d'une autre précieux document cinématographique, German Concentration Camps Factual Survey (Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock, 1955). Lors de l'ouverture des camps de la mort, les Alliés, en particulier les Britanniques, découvrent avec stupeur le sort de milliers (de millions...) de détentionnaires qui ont péri, entre autres, dans des conditions insalubres. Ainsi, des tas de cadavres cachectiques gisent sur un sol ensanglanté.
La famine, le typhus, la gale et d'autres maladies malignes imprègnent des structures mortuaires et conçues pour meurtrir et étriller des centaines d'êtres individus à la chaîne.

Si les Juifs sont hélas les principales victimes de ces entreprises funestes, les résistants politiques, les prisonniers de guerre et les populations tziganes ne sont pas non plus épargnées, et n'échappent pas hélas à cette industrie morbide. Le camp d'Auschwitz transparaît alors comme le symbole de l'Holocauste. Bien des années plus tard, Claude Lanzmann transmutera l'Holocauste en "Shoah" via un documentaire éponyme. "Et je leur donnerai un nom impérissable", scande avec contrition et solennité le cinéaste. L'histoire et les hommes doivent à tout prix se souvenir des exactions et des ignominies commises dans les camps de la mort, et sous l'égide du Troisième Reich.
"Plus jamais ça !", s'écrient continûment les pacifistes et même les édiles politiques du monde entier. Ainsi, tout le primitivisme et tout le barbarisme de ces camps de concentration sont en partie dévoilés lors du Procès de Nuremberg. 

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Mais, à l'origine, ce sont les Britanniques qui exhortent Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock à réaliser un documentaire sur l'ouverture de ces prisons aux oraisons funèbres. Encore une fois, le projet doit s'intituler German Concentration Camps Factual Survey (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/04/02/37173523.html), mais essuie, in fine, un camouflet pour des raisons essentiellement politiques. En vérité, ce documentaire proéminent disparaîtra subrepticement des radars et ne ressortira des archives que dans les années 1980. D'autres vidéos, tournées par les Alliés et les Nazis, seront retrouvées presque aléatoirement et constituent les pierres angulaires de German Concentration Camps Factual Survey.
Après un long travail de restauration et d'interminables louvoiements, le film ne sortira en vidéo qu'en 2014.

Auparavant, c'est le documentaire La Mémoire Meurtrie, soit Memory of the Camps de son titre originel, qui ressort lui aussi prestement de son tombeau. A l'origine de ce long-métrage historique, on trouve toujours Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock à l'initiative de ce projet. En vérité, La Mémoire Meurtrie ne constitue que la première partie de German Concentration Camps Factual SurveyCe documentaire a notamment pour vocation d'expliciter les raisons pour lesquelles German Concentration Camps Factual Survey n'est jamais sorti sur nos écrans, se colletant ainsi avec les irascibilités et les impartialités de la censure. Les raisons de cette réprobation ont déjà été invoquées en début de chronique. L'Allemagne exsangue doit être exempte des accusations de crimes contre l'Humanité, à l'exception de ses tortionnaires et de ses figures tutélaires qui ont conspiré et besogné pour la politique antisémite d'Adolph Hitler.

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L'Europe se doit d'ériger un nouvel empire afin de contrarier la suprématie des Etats-Unis et de l'U.R.S.S. dans le monde entier. Une chimère. Pour Alfred Hitchcock, La Mémoire Meurtrie doit absolument tout montrer et donc ne rien éluder. Le cinéaste britannique a pour velléité de réaliser un long-métrage factuel qui esquiverait l'écueil du documentaire inique, propagandiste et savamment fomenté par les Alliés. La Mémoire Meurtrie ne sortira qu'en 1985 après quarante longues années de silence. Attention, SPOILERS ! Débuté en 1945 sous la direction de Sidney Bernstein, Memory of the Camps, documentaire réputé édifiant sur les camps de concentration, n'avait jamais été montré dans son intégralité. Une anomalie historique et cinématographique bientôt réparée. 
Oublié avant d'être retrouvé par un chercheur américain dans les années 80, ce film avait été présenté dans une version incomplète lors du Festival de Berlin en 1984, puis à la télévision américaine l'année suivante sur PBS, mais encore une fois dans une qualité déplorable et sans la dernière bobine. 

Aujourd'hui, la version imaginée par Bernstein et Hitchcock, qui avait travaillé comme consultant sur le montage, va enfin être montrée au public. Memory of the Camps, restauré grâce au travail minutieux du Musée Impérial de la Guerre anglais, sera diffusé à la télévision britannique au début de l'année 2015, pour commémorer le 70ème anniversaire de la fin de la 2ème Guerre Mondiale. Les téléspectateurs peuvent s'attendre à un film insoutenable. Il se murmure qu'Hitchcock, après en avoir vu les premières images, avait décidé de prendre une semaine de repos...
Evidemment, La Mémoire Meurtrie ressemble presque trait pour trait à German Concentration Camps Factual Survey puisque lui aussi se centre sur l'ouverture du camp de Bergen-Belsen. Il permet de découvrir une terreur indicible, à la fois émaillée par l'arrivée de plusieurs milliers d'individus en train, claustrés et parfois asphyxiés par le manque d'oxygène ; ce qui permet d'abattre les personnes indésirables et de sélectionner les prisonniers les plus robustes.

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Mais une fois dépêchés sur place, les captifs sont subdivisés en deux files bien distinctes. La première conduit directement vers les chambres à gaz. L'autre mène vers les camps de travail. Hommes, femmes, vieillards et enfants sont séparés et ceux qui sont jugés trop chétifs (du fait de leur âge ou de leur physique) sont manu militari exterminés. Mais La Mémoire Meurtrie ne se focalise pas seulement sur le camp de Bergen-Belsen. Les cas de Ravensbrück, Auschwitz, Dachau et Mauthausen sont eux aussi évoqués. En l'occurrence, c'est le camp d'Auschwith, fractionné en trois sections (Auschwitz I, Auschwitz II Birkenau et Auschwitz III Monowitz), qui apparaît comme la quintessence et le symbole meurtri de l'Holocauste. Il s'agit davantage d'un complexe concentrationnaire qui coalise à la fois des camps qui parquent les prisonniers dans des conditions épouvantables, des fermes agricoles, une entreprise spécialisée dans la confection du caoutchouc synthétique, des infirmeries, des laboratoires qui pratiquent des expériences médicales et chirurgicales (principalement l'histologie et la parasitologie) sur des êtres humains, et évidemment des chambres à gaz.

Les historiens éberlués relèvent même l'existence d'un bordel dans lequel s'organisent des séries de bacchanales, une façon comme une autre de satisfaire les pulsions satyriasiques des bourreaux "nazillards". Dès lors, on peut légitimement affubler La Mémoire Meurtrie du sceau de shockumentary, voire de death movie, tant ce documentaire suinte la mort, la déréliction et le sadisme à tous crins. La Mémoire Meurtrie s'inscrit dans le continuum politique et idéologique du Procès de Nuremberg et rajoute même sa floraison de cadavres putrescents, décharnés, calcinés et électrifiés.
Rien ne peut dépasser l'horreur, la factualité ni la véracité historique. En l'occurrence, German Concentration Camps Factual Survey en montrera encore davantage, témoignant derechef de cette brutalité ineffable. En filigrane, Sidney Bernstein évoque la genèse d'un tel projet cinématographique. Le metteur en scène orfèvre, imprégné par l'aura charismatique d'Alfred Hitchcock, souhaite que le monde entier puisse s'approprier ses images terrifiantes. 
La Mémoire Meurtrie avait aussi pour objectif de participer à la dénazification de l'Allemagne.
Ce documentaire oublié rappelle que le devoir et le travail de mémoire ne doivent jamais défaillir... Plus jamais ! Pas de note donc pour ce documentaire du fait justement de sa prévalence. In fine, face à de telles images chocs et d'une violence insondable, mieux vaut se taire et laisser parler la véracité historique...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver