inhumanities

Genre : "Mondo", shockumentary, death movie, horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1989
Durée : 1h16

Synopsis : Dans le continuum de Mondo Cane et de Faces of Death, Inhumanities propose à son tour une nouvelle compilation de la mort avec son florilège d'anecdotes morbides, de supplices et de diverses tortures, voire d'exécutions sadiques d'animaux.

 

La critique :

Quand on évoque les univers corsetés du shockumentary et du death movie, les deux premiers films susmentionnés par les thuriféraires du cinéma underground se nomment Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962), ainsi que Faces of Death, soit Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978) dans nos contrées hexagonales. Dans le cas de Mondo Cane, le documentaire (le documenteur...) prodrome relate sans fard les us et les coutumes oecuméniques de peuplades séculaires à travers le monde entier.
L'objectif est de sonder, d'analyser et de scruter au plus près les rituels, tantôt truculents, tantôt véhéments, tantôt outrecuidants de certaines populations encore engoncées dans certaines traditions archaïques. Ce n'est pas aléatoire si Mondo Cane a durablement estourbi les persistances rétiniennes lors de sa présentation au festival de Cannes.

Or, ce shockumentary est factice et emploie des acteurs amateurs et anonymes pour mieux faire avaler la duperie matoise au spectateur ébaubi. Bien des années plus tard, John Alan Schwartz fera montre d'opportunisme et reprendra le syllogisme fatidique de Mondo Cane, cette fois-ci en se polarisant sur les rites mortuaires. Ainsi, Faces à la Mort se focalise sur cette mort impromptue qui peut survenir et assaillir un ou plusieurs individus lambdas. Bienvenue dans l'univers morbide de Faces of Death ! En outre, ce shockumentary s'accointe avec le "Mondo" et le death movie pour mettre en exergue des accidents routiers et sportifs, des suicides, des supplices pratiqués sur des animaux, ainsi que la sentence capitale appliquée à un détenu en déveine.
Il n'en faut pas davantage pour auréoler Faces of Death de l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans.

Pis, le film est carrément honni, voué à l'opprobre et aux gémonies par la censure. A ce jour, Faces of Death détient toujours le record d'animadversion à travers le monde via plus d'une centaine d'interdictions. A l'instar de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) qui sortira deux ans plus tard, Face à la Mort se nimbe d'un parfum de souffre et de scandale. Paradoxalement, le film de John Alan Schwartz s'arroge la couronne sérénissime de ce fameux Saint Graal, activement prisé par les louangeurs du cinéma extrême. A raison, son auteur démiurgique jubile et transmute le premier chapitre en une saga mercantiliste et interminable. De surcroît, Faces of Death engendre et génère toute une pléthore d'épigones. Les laudateurs de ce registre cinématographique impudent n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999), Traces of Death (Damon Fox, 1993), German Concentration Camps Factual Survey (Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock, 2014), Orozco The Embalmer (Kiyotaka Tsurisaki, 2001), ou encore Banned From Television (Joe Francis, 1998) parmi les death movies notables et éventuellement notoires.

Vient également s'additionner Inhumanities, réalisé par la diligence d'Harvey Keith en 1989. Pour souvenance, Cinéma Choc s'était déjà attelé à la chronique d'Humanities 2 - Modern Atrocities (Wesley Emerson, 1989, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/04/37018855.html). Pour la faribole superfétatoire, ce death movie n'avait pas vraiment enthousiasmé le blog en son temps. L'auteur de ces lignes avait notamment gourmandé ce shockumentary rédhibitoire pour son académisme et son aspect rébarbatif. Paradoxalement, le premier chapitre est régulièrement cité, adulé, vénéré, voire adoubé par les laudateurs invétérés du cinéma trash, un argument suffisant pour attiser notre appétence et notre curiosité. Une scansion corroborée par l'oriflamme putride et scabreuse du documentaire : "The Ultimate death experience". 

13772_scan0017_2

Reste à savoir si Inhumanities mérite éventuellement ces satisfécits, ainsi que ces flagorneries circonstanciées. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm0445245/?ref_=tt_ov_dr) pour dénicher et déceler quelques informations élusives sur Harvey Keith. En l'occurrence, le cinéaste reste plutôt anonyme dans le "bataillon" (si j'ose dire...) cinématographique. Des films tels que Mondo New York (1988) Jezebell's Kiss (1990), Stand-ins (1998), ou encore Stone Cutter (1998) semblent englués et confinés dans les affres de la désuétude et des oubliettes.
Inhumanities reste un objet filmique quasi confidentiel, à moins de dépenser toute sa pécune sur Internet, et en particulier sur des sites comme Amazon ou EBay, sites sur lesquels la vidéo d'Inhumanities atteint des prix gargantuesques, voire astronomiques.

A l'instar des death movies habituels, Inhumanities ne brille guère par son synopsis, plutôt cachectique pour l'occasion. Attention, SPOILERS ! Dans le continuum de Mondo Cane et de Faces of Death, Inhumanities propose à son tour une nouvelle compilation de la mort avec son florilège d'anecdotes morbides, de supplices et de diverses tortures, voire d'exécutions sadiques d'animaux. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout ou presque... Puisque Inhumanities se segmente en plusieurs sections bien distinctes. La première s'apparente à une copie presque éhontée d'Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966) en se polarisant sur les us et les coutumes de peuplades éculées africaines. Pour ceux qui exècrent et abhorrent - à juste titre - les exécutions brutales, leurs meurtres et les supplices pratiqués sur des animaux, merci de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates.

Ainsi, le spectateur hébété assiste au dépeçage, à l'équarrissage et à la décapitation de toute une pléthore d'animaux destinés à satisfaire l'appétit, ainsi que l'instinct sauvage de ces mêmes peuplades. Sur ce dernier point, Inhumanities n'élude pas l'écueil d'une certaine xénophobie immanente. Pourquoi diantre vulgariser ces populations à d'infames anthropophages et évidemment avides de chair humaine ? A contrario, les braconniers sont eux aussi des cibles privilégiées, ce qui permet d'euphémiser certaines ardeurs racialistes, parfois un peu trop ostensibles sur la durée. 
Puis, sans jamais ciller de son sillage méphitique et mortifère, Inhumanities relate quelques opérations chirurgicales pratiquées sur des enfants africains, hélas victimes d'excroissances physiologiques, voire génétiques.

Indubitablement, Inhumanities flatte et flagorne notre scopophile obsessionnelle, voire maladive. A ces tristes réjouissances, viennent également s'apposer des images martiales, des lithographies morbides, ou encore des individus abattus sommairement sur le peloton d'exécution ; toutes ces saynètes rappelant la barbarie, le primitivisme à tous crins et les turpitudes dont les êtres humains sont capables... Au nom de la pécune, du capital, du trafic d'armes et de stupéfiants, l'âme humaine s'avilit dans les plus viles bassesses et dans les plus sordides obséquiosités. Toujours la même antienne... Lors d'un commentaire solennel, la voix-off et monocorde mentionne ce bon vieil adage : "L'être humain est perfide, mais la nature reste sauvage", une lapalissade !
Pour le reste, Inhumanities remplit doctement son office et n'a pas à rougir de la métaphore avec les death movies les plus brutaux de sa catégorie. Indiscutablement, ce premier volet est allègrement supérieur à sa suite sporadique. 
Certes, les contempteurs de ce genre de forfaiture sur pellicule clabauderont et semonceront à raison contre la vacuité et l'inanité de cette production famélique. En revanche, les amateurs patentés du cinéma trash et underground affectionneront davantage ce death movie retors et réservé à un public extrêmement averti.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver