Air_Force_One

Genre : Thriller, action, drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 1997

Durée : 2h05

 

Synopsis :

Après avoir semé le trouble au Kazakhstan, le général Alexander Radek est capturé par un commando russo-américain et jeté en prison. Trois semaines après, le président américain John Marshall reçoit un accueil triomphal à Moscou et lance une solennelle déclaration de guerre au terrorisme. Alors qu'il rentre a Washington à bord de l'Air Force One en compagnie de sa femme, de sa fille et de son cabinet, des terroristes investissent l'appareil et séquestrent les passagers.

 

La critique :

Il est des films ainsi qui vous ont marqué dans vos jeunes années où visionner, en cachette ou non, un film interdit aux -12 ans s'apparentait presque au ressenti d'un super-héros qui vient de sauver le monde. Cette sensation typiquement juvénile de toucher à l'interdit, à quelque chose qui n'est pas adapté à cet âge n'a pas de prix et je crois que nous l'avons tous eu un peu un jour ou l'autre. Parfois, il y avait du positif mais parfois du négatif. C'est ainsi que je découvris l'homosexualité vers 10-11 ans en regardant une série interdite aux -16 ans sur Plug RTL en fin de soirée. Il va sans dire que j'étais tétanisé parce qu'il m'était incompréhensible que cela existait. Mais que soit !
Nous étions alors au début des années 2000 qui suivaient en toute logique la vague des films d'action et des thrillers de la fin des années 90. Une époque glorieuse à plus d'un titre pour les nostalgiques et férus d'une ambiance et d'une mise en scène reconnaissables entre milles. C'est dans un DVD d'un film dont j'ai oublié le nom que je vis une feuille en papier glacé avec toute une série de pochettes de films mentionnés. Déjà en ce temps-là, j'avais cette voix qui me disait que je devais visionner tout ça. Parmi ceci, on retrouvait Rock et Les Ailes de l'Enfer qui ont une place très chère dans mon coeur tant j'ai usé leur DVD jusqu'à la moelle. Il y avait, cependant, un troisième métrage que je vis pour la première fois à la TV et dont c'est le seul qui n'ait pas été acheté par mes soins. Son nom ? Air Force One.

Pas besoin de vous faire un dessin sur le pourquoi de ce nom vu qu'il concerne le célèbre avion présidentiel américain. Sorti en 1997, il naquit de la patte de Wolfgang Petersen, un réalisateur allemand capable du meilleur comme du pire. Et de fait, il se fit connaître avec son plus célèbre long-métrage qui est Le Bateau (Das Boot en version originale), une odyssée déclinée en de multiples versions. La commerciale comptait 2h30 alors que la Director's Cut faisait quasiment le double. Procéder à l'exégèse complète de son oeuvre serait assez inutile mais nous pouvons citer L'Histoire Sans Fin ou le controversé Troie. En parallèle, il nous gratifiera d'En Pleine Tempête (mon tout premier DVD pour la petite anecdote) et Poséidon qui ne reçurent pas de franches éloges.
Et malheureusement pour Air Force One, si le succès fut au rendez-vous, les critiques ne furent pas vraiment de son côté ou au mieux mitigées. Il n'y a qu'à voir en tapant sur Google. Pourtant, si vous allez visiter le site Wikipédia du titre, il remporta un certain nombre de récompenses tels le Blockbuster Entertainment Award pour Glenn Close ou le Bogey Award. Certes, ce n'est pas Cannes, Venise ou Locarno, mais c'est quand même pas si mal que ça. Retournant hier soir en enfance, c'était avec un plaisir non dissimulé que je fis un bond dans le temps.

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ATTENTION SPOILERS : Après avoir semé le trouble au Kazakhstan, le général Alexander Radek est capturé par un commando russo-américain et jeté en prison. Trois semaines après, le président américain John Marshall reçoit un accueil triomphal a Moscou et lance une solennelle déclaration de guerre au terrorisme. Alors qu'il rentre a Washington à bord de l'Air Force One en compagnie de sa femme, de sa fille et de son cabinet, des terroristes investissent l'appareil et séquestrent les passagers.

S'il est vrai que Rock et Les Ailes de l'Enfer ne brillaient pas par la recherche et la profondeur de leur histoire, il y avait cette volonté de bien faire, d'offrir le grand spectacle tout en apportant une sympathique dose d'humour et d'autodérision sur la chose. Ce qui explique encore pourquoi je les adore alors que ma vision du cinéma et mes exigences ont radicalement changé. Dans le cas de Air Force One, le constat est complètement différent. On a souvent tendance à catégoriser, à juste raison, de risible patriote chevronné le dénommé Roland Emmerich qui l'a plus que prouvé quand j'ai chroniqué le sympathiquement débile White House Down. Il ne fait aucun doute que Petersen et lui devraient s'entendre, surtout quand on voit ce qui nous est offert après seulement quelques minutes.
Oui, vous ne pourrez échapper à l'incontournable président américain gentil, aimable, pourfendeur de la démocratie qui se prononcera dans un lamentable discours sur son désir d'apporter la démocratie partout dans le monde tout en mettant fin aux règnes de terreur des dictatures. Blague à part mais la CIA et Pinochet furent amis jadis et il n'y avait pas que lui. MAIS BON, ne commençons pas déjà à être rabat-joie dans les premières minutes du film quand bien même les clichés s'accumulent à vitesse indécente entre la collaboration russo-américaine improbable, la Russie quelque peu soumise aux USA, les fameux iraniens semeurs de haine. On a un peu tout le topo de ce qu'il faut pour se taper une bonne barre de rire alors que les 15 premières minutes ne se sont pas encore écoulées. 

J'avais beau me persuader de fermer les yeux sur un contexte géopolitique absurde et l'excellence du président dans le cliché. J'acceptais aussi de ne pas tenir compte de l'intrigue stéréotypée dont on devinait tout de suite les tenants et les aboutissants, jusqu'à la nationalité même des terroristes et leurs intentions, mais ce n'était pas suffisant pour faire face à la suite. La logique est claire et la conclusion à en tirer est qu'Air Force One est un blockbuster propagandiste dans toute sa grotesque quintessence. Les USA sont en panique totale. Un membre de l'Etat-Major s'énerve en criant que personne ne peut s'en prendre aux Etats-Unis. Les américains sont les pauvres petites victimes gentilles et innocentes et les méchants sont logiquement des ultra-nationalistes russes vomissant sur le gouvernement russe actuel accusé d'être à la botte du pauvre pays de l'Oncle Sam.
Libérer le général Radek, telle est leur revendication au risque de voir tous les otages tués toutes les 30 minutes. Après qu'ils aient neutralisés tout le "Secret Service", ils feront face à un passager inconnu aux allures d'un Rambo n'étant autre que le président John Marshall. Bien sûr, pour crédibiliser l'idée, John a fait le Vietnam et est donc en mesure de se frotter à tous les méchants russes. Au vu de toutes les incohérences présentes, je me suis permis de me renseigner sur la période de la guerre du Vietnam juste par pur but d'amusement et, à ma grande stupeur, les dates coïncidaient. L'idée est simple : John va user de toute sa force et sa ténacité pour anéantir un peloton surentraîné qui a mis en pièce tout le personnel de sécurité de l'Air Force One, l'avion le plus sûr du monde.

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Mais comme on le dit souvent, ce n'est qu'un film et il ne faut pas prendre au sérieux ce qu'il s'y passe. Bien ! Je consens donc à accepter ce postulat le sourire aux lèvres. A la différence qu'en ce qui concerne les incohérences, l'excuse du "ce n'est qu'un film" a du mal à passer. Ainsi, j'aimerais vraiment savoir comment on peut détourner aussi facilement les mesures de sécurité de l'Air Force One, l'avion le plus sûr du monde, avant d'embarquer. J'aimerais aussi comprendre comment l'avion le plus sûr du monde parvient à avoir un réacteur en flamme après quelques tirs de mitrailleuse alors que, juste avant d'embarquer, une présentatrice vantait la résistance de l'avion capable de résister au souffle nucléaire et son blindage hors pair. Aurait-on au Kazakhstan des armes d'une puissance inconnue capable de perforer le blindage de l'avion le plus sûr du monde sans trop de difficultés.
Ah et tant qu'on y est, j'aimerais que l'on m'explique l'étrange pressurisation de l'avion le plus sûr du monde. Faire exploser la porte d'embarquement sans que Gibbs ne soit propulsé à l'extérieur, c'était un peu particulier. D'ailleurs, parlons-
en de celui-là. Une taupe du Secret Service qui va se faire une joie d'aider les terroristes mais sans qu'aucune explication ne nous soit fournie. Pourquoi a-t-il fait ça ? Quels liens a-t-il avec les ultranationalistes ? Inutile de vous poser ces questions car vous n'aurez aucune réponse. 

Il y a là toute une batterie de choses étranges qui se déroulent à bord et comme si ça ne suffisait pas, Petersen en rajoute une couche en nous servant sur un plateau d'argent des séquences absolument hilarantes entre ces otages fuyant en parachute, le comité de crise sautant, s'enlaçant et criant dans la joie et la bonne humeur après réussite de l'opération (désolé pour le spoil au fait...). Et puis toujours ce faux suspens exaspérant car non, jamais la Première Dame ou la fille du président ne seront abattues comme des chiens. A un moment, il faudrait que l'on se grave dans le crâne qu'user de ce ridicule procédé n'aide pas la qualité du film. Au contraire, ça l'enfonce !
Néanmoins, Petersen va plus ou moins concentrer tout l'effort sur le rythme du métrage, riche en intensité. On se voit bien forcé de dire que l'on ne se fait jamais vraiment chier durant la projection tant tout va vite et que les événements suivent un schéma pensé pour ne jamais laisser retomber l'attention et créer le bâillement. A ceci vous rajoutez les rires qu'on lâche devant toutes ces accumulations de stéréotypes et astuces beaucoup trop faciles et vous obtenez ce résultat présent, prompt à estomaquer n'importe quel cinéphile qui ne pourra que glousser.

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Et comme de fait, on dévie "again and again" sur le paragraphe consacré à l'esthétique, la bande son et tutti quanti. Pour le premier, on ne va pas se mentir car le tout suit la route. L'image type "thriller/action années 90" ressort bien avec une mise en scène rapide et des plans à toute vitesse. On voit toujours ce qu'il se passe à l'écran donc on ne peut pas vraiment rechigner sur ce point. En revanche, je défie quiconque de ne pas lâcher un rictus involontaire devant la stupidité de la bande-son aux relents patriotiques à exploser de ricanements. Maintenant mixez le tout avec la superbe scène des otages évacuant l'avion en parachute et savourez avec plaisir. Du grand art qui mériterait tout simplement d'être mis sur CD pour s'en délecter ! Et pour la prestation de tout ce petit monde, soyons bref.
Harrison Ford a le charisme d'une huître en tant que président. Gary Oldman cabotine puissance 1000 en chef des terroristes. Wendy Crewson en Première Dame et Liesel Matthews, la fille du président, sont inutiles. Xander Berkeleys, en agent Gibbs, donne l'impression de se faire ouvertement chier. Seule Glenn Close remplit le minimum syndical. On se permettra d'apprécier la belle gueule de Jürgen Prochnow parfait en général Radek. Mais c'est peu, beaucoup trop peu ! 

Ainsi, Air Force One peut se voir comme l'archétype parfait du blockbuster ultra-patriotique n'hésitant pas à tourner en ridicule les quelques pays mentionnés en versant dans le cliché ambulant. Car oui, ce mot reflète à merveille la tournure du film. Tout n'est que clichés, sentiments dégoulinants de niaiserie nationaliste d'américains persuadés que leur pays ne peut être attaqué. Et gnagnagna, il faut rétablir la paix ! Et gnagnagna les Etats-Unis sont les seuls en mesure d'apporter la paix dans le monde ! Et gnagnagna ceux qui nous en empêcheront sont des vilains ! Mais lâcher d'aussi lamentables énormités, c'est faire fi de tous les désastres qu'ont causés les USA de par le monde avec leur ingérence pathologique. On me dira que ce n'est qu'un film et qu'il ne faut pas prendre ça au sérieux.
Sauf qu'Air Force One est avec du recul un blockbuster ignare, propagandiste et profondément irrespectueux. Car comment regarder ça sereinement quand on songe à tous les ravages de l'hégémonie américaine ? A ce petit jeu, White House Down passerait presque pour une réalisation pondérée, alors que ça y allait pas trop mal niveau propagande absurde. Quand bien même le spectacle et l'amusement sont là, jamais l'avion le plus sûr du monde n'a semblé aussi pitoyable d'agacement. Nanar ou navet ? Contre toute attente, il m'est impossible de choisir l'un ou l'autre donc autant les regrouper.  

PS : je vous laisse trouver la splendide erreur de langue française sur la pochette...

 

Note : Nanarvet

 

 

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