midnight movies 2004

Genre : documentaire 
Année : 2006
Durée : 1h26

Synopsis : Un documentaire original qui explore le parcours de six films cultes des années soixante-dix. Entre 1970 et 1977, ces six films à petit budget, montrés aux séances de minuit, ont influencé la manière de faire et de voir les films, ils ont réinventé le médium en dépassant les frontières du mauvais goût et des tabous sociaux. Assister aux "films de minuit" est devenu un marqueur social, intellectuel, cinéphilique et culturel, un rite de passage pour toute une jeune génération en crise. 

 

La critique :

A la fin des années 1960, les Etats-Unis traversent une véritable crise sociologique, idéologique, politique et identitaire. Ce marasme est à la fois émaillé par l'insubordination de la communauté afro-américaine et par l'assassinat de Martin Luther King en 1968. La révolte gronde au sein même de la société américaine. Les Etats-Unis envoient sa jeunesse agonir et exhaler son dernier soupir sur les terres vietnamiennes. L'oncle Sam ne s'en remettra pas, sa jeunesse en dissidence non plus. Plusieurs mouvements concomitants apparaissent et réclament un peu moins de rigorisme de la part d'un gouvernement jugé potentat. Corrélativement, l'impact est également culturel.
Les femmes s'émancipent d'un joug dit masculin. La pornographie acte et officialise sa naissance au cinéma. Les mouvements féministes abhorrent et vilipendent une phallocratie, elles obtiennent par ailleurs le divorce de masse et s'affranchissent, entre autres, de l'hégémonie du patriarcat.

Evidemment, de tels chamboulements sociétaux ne pouvaient pas bien longtemps escarper au noble Septième Art. Le cinéma s'empare de cette véritable frénésie furibonde. La violence s'installe durablement sur nos écrans rougeoyants et même dans les salles obscures, quitte même à courroucer la censure. Ainsi, des films tels que Délivrance (John Boorman, 1972), Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971), Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974), L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971) et Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) instaurent ce sentiment de défiance et de désappointement contre une société vouée à péricliter, et clouée sur les piloris de l'hédonisme et d'une vendetta expéditive. Parallèlement, Le cinéma aspire à se départir d'une doxa dominante et de productions jugées beaucoup trop aseptisées pour flagorner une populace calomnieuse, voire séditieuse.

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Des artistes tels qu'Andy Warhol et John Waters, qui prônent la liberté d'expression et condamnent la duperie orchestrée par une certaine oligarchie, décident d'attiser davantage cette flamme incandescente. Le Septième Art doit se libérer de ses chaînes et proposer de nouvelles productions iconoclastes. C'est ainsi que naissent les Midnight Movies, à savoir "une catégorie de films à petit budget diffusés tard le soir au cinéma dans les séances de minuit ou par les chaînes de télévision locales aux Etats-Unis. Ce phénomène de la diffusion à minuit de films décalés a démarré au début des années 1970 dans les agglomérations urbaines telles que New York pour ensuite se propager dans tout le pays.
Elle s'est poursuivie jusqu'en 1977" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Midnight_movie_(cat%C3%A9gorie_de_films).

A l'époque, John Waters et ses fidèles prosélytes croient ingénument que leur insurrection sera le nouvel apanage de ce cinéma marginal et indépendant. Paradoxalement, tous ces films transgressifs, digressifs et insolites deviendront la norme, celle qui adule, vénère et divinise le consumérisme et l'eudémonisme à tous crins. C'est par ailleurs ce que tente de discerner le documentaire, intitulé Midinight Movies : du film marginal au film grand public, et réalisé par la diligence de Stuart Samuels en 2006. Attention, SPOILERS ! Un documentaire original qui explore le parcours de six films cultes des années soixante-dix. Entre 1970 et 1977, ces six films à petit budget, montrés aux séances de minuit, ont influencé la manière de faire et de voir les films, ils ont réinventé le médium en dépassant les frontières du mauvais goût et des tabous sociaux. 

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Assister aux "films de minuit" est devenu un marqueur social, intellectuel, cinéphilique et culturel, un rite de passage pour toute une jeune génération en crise. Ainsi, plusieurs films retracent la quintessence, ainsi que l'avènement du Midnight Movie durant la décennie 1970. Ces derniers se nomment principalement El Topo (Alejandro Jodorowsky, 1970), La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968), The Harder They Come (Perry Henzell, 1972), The Rocky Horror Picture Show (Jim Sherman, 1975), Eraserhead (David Lynch, 1977) et Pink Flamingos (John Waters, 1972).
Viennent également s'agréger d'autres influences majeures et prédominantes, notamment Reefer Madness (Louis Gasnier, 1936) et Freaks, la monstrueuse parade (Tod Browning, 1932). A l'orée des années 1970, c'est El Topo qui se solde par un succès impromptu.

L'histoire de ce pistoléro, diligentée par l'érudition d'Alejandro Jodorowsky, émerveille un public unanimement extatique. Pourtant, ce western, transi d'ésotérisme, de vindicte et de psychanalyse, n'est pas voué à flagorner un large audimat, d'autant plus que le film se veut être une véritable expérience cinématographique, acheminant son héros d'infortune à se repentir pour son insatiable brutalité. A postériori, Alejandro Jodorowsky ne rééditera pas une telle performance lucrative, mais l'artiste chilien se laissera - en partie - dévoyer par ce succès inopiné.
Ce n'est qu'à postériori qu'il comprendra et appréhendera les fourberies de la machine hollywoodienne. La Nuit des Morts-Vivants met en exergue une Amérique xénophobe et atone. Via ses lithographies guerroyeuses et mortuaires, le film réactive, bon gré mal gré, les belligérances flagrantes de la guerre du Vietnam. 

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De surcroît, un afro-américain devient la star sérénissime d'un film d'épouvante, dans lequel il est question à la fois d'infanticide, de parricide et de cannibalisme. Tous les ingrédients sont donc coalisés pour susciter quelques cris d'orfraie dans les salles. The Harder They Come corrobore cette révolte afro-américaine et est nimbée par une musique raffinée, le reggae, un genre très en vogue durant les "seventies". The Rocky Horror Picture Show s'apparente lui aussi à une production discordante, éparse et cérémonieuse en côtoyant, tour à tour, l'horreur et la comédie musicale. 
Pink Flamingos
dénote par ses affabulations et ses prévarications sur pellicule. Divine, un travesti ventripotent, culmine arrogamment en tête d'affiche et se sustente des flatulences d'un canidé. Il n'en faut pas davantage pour faire de ce bibendum la nouvelle égérie du cinéma trash et underground.

A juste titre, John Waters et son public de cerveaux échevelés jubilent. Lors de ses séances de minuit, dédiées aux insomniaques, le public se confine dans les substances illicites. John Lennon et la culture hippie s'abreuvent de tous ces protagonistes vandales qui bravent tous les tabous et les interdits admonestés par notre société bien-pensante. L'essor du midnight movie se termine vers la fin des années 1970 via un film inclassable et expérimental, Eraserhead. Si le long-métrage est unanimement salué, courtisé, voire sacralisé par les critiques, ainsi que par une certaine oligarchie artistique, le film se solde par un succès plutôt modeste dans les salles obscures...
Et pour cause... Puisqu
e public ne comprend guère les élucubrations cauchemardesques d'une telle pellicule, sans doute trop baroque et fantasque à l'époque.

Autant l'annoncer sans ambages. Le documentaire de Stuart Samuels est souvent captivant et permet de réactiver ce cinéma impudent de naguère. Malencontreusement, Midnight Movies - Du film marginal au film grand public n'est pas exempt de tout grief. Par exemple, les cas de Reefer Madness et de Freaks, la monstrueuse parade, qui ont pourtant influencé et inspiré toute une génération de cinéastes éberlués, sont à peine invoqués. On pourrait également étayer notre argumentaire en ajoutant Harold et Maude (Hal Ashby, 1971), ainsi que Le Graphique de Boscop (Sotha et Georges Dumoulin, 1976), deux autres films qui ne sont même pas stipulés par le documentaire. 
Mais c'est juste histoire de gloser, d'ergoter et de faire la fine bouche sur les précieux reliquats d'un certain pan du cinéma ; celui qui se chine de la norme, et qui transmute la déviance et la roguerie comme de nouvelles prescriptions harangueuses.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver