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Genre : Thriller, policier, fantastique (interdit aux - 12 ans)

Année : 1976

Durée : 1h31

 

Synopsis :

L'inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent dans la ville de New York, dont les différents auteurs prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu.

 

La critique :

Depuis la nuit des temps, la religion n'a eu de cesse d'interpeller et de questionner l'homme sur ce qu'il y au-dessus de lui. Sommes-nous le fruit de l'évolution ayant pris sa source là où tout a commencé, au Big Bang, ou alors une force au-dessus de nous nous a mise au monde ? Cette question ne manque pas de susciter les anathèmes, et plus que jamais dans une société marquée par un retour en force de la religion tentant de se placer au-dessus de l'Etat pour imposer son diktat à tous, et par extension aux gens qui ne partagent pas les mêmes convictions. D'un côté, les scientifiques et autres cartésiens se basant sur les preuves scientifiques, de l'autre les religieux se basant sur la Bible, Coran, Torah ou autres. A une époque où la bien-pensance et le politiquement correct nécrosent une société par leur pratique de l'autruche, il était logique que les conséquences irrémédiables des débats religieux soient vues comme tabous afin d'éviter d'éventuelles perturbations sociales.
Aucun besoin de dire que par le biais des arts et de la culture, des personnalités historiques reconnues ou plus confidentielles se sont intéressées à cette thématique aussi passionnante que complexe. La peinture, le théâtre, l'opéra, la littérature virent également la bande dessinée, le manga et même le jeu vidéo. Bien sûr, le cinéma n'y échappe pas et de courageux réalisateurs ne se privent pas de relever le défi et de bousculer les règles de bienséance au grand dam des fermés d'esprit et des obscurantistes. 

A peu de choses près, la sortie d'un film de ce genre s'auréole parfois de quelques grincements de dents ou pire. L'exemple de La Dernière Tentation du Christ vit une sortie plutôt enflammée, sans mauvais jeux de mots. La Passion du Christ ne se priva pas de déclencher une amère polémique. Même constat pour La Religieuse et surtout Les Diables dont le séisme qu'ils provoquèrent se fait encore ressentir. Ceci étant les exemples les plus connus car des métrages comme Des Hommes et des Dieux ou Ordet, en plus de recueillir les dithyrambes, sortirent sans être frappé de l'animosité d'intégristes fous à lier. Pléonasme je sais ! Visiblement, le dénommé Larry Cohen avait lui aussi envie d'apporter sa modeste contribution à ce sujet spinescent. Il est évident que le personnage n'est pas un illustre inconnu des cinéphiles et surtout des férus de petits films horrifiques satiriques.
Indubitablement, c'est avec Le Monstre est Vivant que sa réputation se fera par la houlette d'un bébé mutant tueur semant la terreur autour de lui. On lui devra aussi Epouvante sur New York et The Stuff, par ailleurs déjà chroniqués sur le blog. Peut se rajouter à cette filmographie Meurtres sous Contrôle, ou God Told Me To de son titre originel. Pour le coup, un titre bien meilleur que sa traduction à peine torchée ! Impossible de trouver des informations élusives sur diverses critiques houleuses. Bien au contraire vu qu'il a même su s'arroger du statut de film culte et a marqué le festival d'Avoriaz, malgré une confidentialité de tout premier ordre. En ce qui me concerne, je n'ai appris son existence que bien plus tard par le biais de l'excellente "La liste qui dérange et perturbe" de SensCritique avec 368 films au compteur. Je me permets de vous poster le lien pour les intéressés (https://www.senscritique.com/liste/La_liste_qui_derange_et_perturbe/4421 ).

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ATTENTION SPOILERS : L'inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent dans la ville de New York, dont les différents auteurs prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu.

Il était évident qu'avec un synopsis de ce genre, il ne fallait pas attendre longtemps pour que je me rue dessus les étoiles dans les yeux. Ainsi, malgré tous mes films attendant patiemment leur tour, Meurtres sous Contrôle eut le privilège du film VIP passant devant tout le monde pour une séance en fin de soirée après un classique du film d'horreur qui ne m'a pas spécialement plu. Tout laisse à penser que ce métrage s'apparente à une petite pellicule assez rudimentaire et aux moyens financiers limités. Ce qui n'est pas faux pour le deuxième point mais là n'est qu'un détail. Car si l'appréhension guette, couplée à une certaine excitation frénétique, Larry Cohen ne se prive aucunement de calmer l'assemblée par une scène d'introduction particulièrement dérangeante. Un tireur isolé tue une dizaine de passants au hasard dans les rues de New York, se délectant de les abattre comme des chiens du haut du grand réservoir pour se jeter dans le vide le sourire aux lèvres.
Avant cela, il déclare à l'inspecteur Nicholas que Dieu lui avait ordonné de faire ça. Pensant avoir à faire à un illuminé, ou dirais-je un cas isolé ou même un loup solitaire (deux expressions très à la mode à notre époque), il se rend vite compte qu'un certain vent de folie touche des personnes se transmuant en psychopathe sans raison apparente, tuant des citoyens juste comme ça, à la demande de Dieu disent-ils. Un homme qui poignarde des gens au supermarché, un massacre lors du défilé irlandais ou un père soulagé d'avoir abattu sa femme et ses enfants. Nul doute que l'on en arrive vite à comprendre et à confirmer sa place dans la liste, la première séquence nous mettant dans le bain.

Bien sûr, Cohen n'a pas de telles velléités de verser dans le bourrin, le putassier juste pour exciter un peuple avide de meurtres sans aucun fond derrière. Car Meurtres sous Contrôle est avant tout une diabolique dénonciation de l'impact des sectes, de l'obscurantisme et de l'emprise de la religion quand elle prend le pas sur la logique, la raison et la conscience d'un homme. Un parallèle est à faire entre ce New York plongé dans un chaos religieux et le Moyen-Âge où on tuait des personnes jugées hérétiques à tort et à travers en se proclamant de la "volonté de Dieu". A la différence que le meurtre n'émane plus du clergé mais de la population. Personne n'est à l'abri et toute personne est susceptible d'être tuée. Pas de jugement qui ne tienne. La volonté de Dieu est de tuer sans sommation. Pour les personnes les plus fragiles psychologiquement, les plus influençables, il est inquiétant de voir qu'on peut leur faire gober n'importe quoi, même si ça nécessite qu'elles recourent à la violence.
Rapport aux sectes dont les moyens d'existence sont souvent plus que louches, multipliant les prévarications à outrance, et étranglant leurs adeptes à la solde d'un gourou tout puissant. En fin de compte, ces sectes ne sont pas éloignées des travers des grandes religions cultivant ce goût prononcé pour la violence quand elle peut servir leurs intérêts, ramener de nouveaux fidèles ou annihiler une religion concurrente. Alors que la religion, dans sa représentation classique, est perçue comme pure, source de tolérance, d'humilité, de sagesse et de pardon, l'obscurantisme ne fait que semer le chaos, la désolation et la fracture sociale.

 

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Et c'est là que ce dérangeant constat s'impose sans commune mesure. En se plaisant de semer la terreur, la religion d'essence pieuse ne fait qu'un avec le Diable qui cultive lui aussi cet amour prononcé pour répandre le mal autour de lui. Dans ce cas précis, christianisme et satanisme ne font qu'un dans leurs objectifs et leur finalité. Mais ce constat peut bien sûr être étendu aux autres religions. Il n'y a pas que le christianisme qui peut être tancé là-dessus. Dire ça aurait pu me valoir il y a quelques siècles à me retrouver aux prises avec l'Inquisition, pendu ou expédié sur le bûcher au "nom de Dieu" alors qu'il n'a jamais voulu cela. Mais c'est bien une admirable démonstration des intégristes qui, au final, n'ont rien compris des enseignements bibliques, préférant une autorité religieuse dictatoriale qui punirait les infidèles en les jetant droit dans les flammes de l'enfer.
Si le tout est empreint de provocation, difficile de reprocher à un réalisateur très en forme la présence de nombreux questionnements sur l'essence même de cette Foi que les fous triturent, dénaturent selon leurs propres interprétations souvent faussées. 

Alors que Meurtres sous Contrôle démarre dans la tradition du simple polar, Cohen va obliquer dans des directions osées en versant dans le polar mâtiné de thriller pour finir droit dans la case du fantastique quand les pouvoirs divins seront de mise, alors que la quête de réponse se fera toujours plus en profondeur. Autant dire que ce mix, pour le coup très inhabituel, fonctionne plus que bien et étale au grand jour les ambitions d'un réalisateur désireux d'aller à contre-courant du classicisme type. Seulement, aussi pétri de bonnes intentions qu'il soit, le film n'est pas exempt de tout reproche, loin de là. Plusieurs défauts rédhibitoires feront tiquer, à commencer par une durée bien trop courte donnant l'impression que tout file à vitesse grand V sans prendre non plus un minimum son temps.
Certes, il n'y aura pas de problèmes d'intensité mais le goût de trop peu ressort. Un rallongement de 20 bonnes minutes aurait été indispensable. Secundo, les meurtres présentés se retrouvent exclusivement avant la première moitié du métrage. Plutôt frustrant ! Enfin, mais ça sera subjectif, les révélations à propos du personnage principal ne seront pas vraiment de bon goût. L'impression d'un "concours de bites" entre lui et ce prophète des temps modernes, pour le coup génial dans son apparence, ressort quelque peu.

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Niveau esthétique, on reste sur une patte visuelle purement années 70 avec cette impression de couleurs vieillies et d'image kitsch. Meurtres sous Contrôle ne bercera pas vos rétines devant une superbe image absente, bien que certaines scènes à l'image de celle juste au-dessous sont tout à fait plaisantes. De même, les plans et cadrages seront de qualité certaine pour bien visualiser ce qui se passe à l'écran. Pour le son, ça reste rudimentaire et, sans surprise, les musiques religieuses seront de la partie à certains endroits. Enfin, pour déborder sur l'habituelle partie de la prestation des acteurs/actrices, tout ce petit monde s'en sort bien, sans non plus transcender leurs personnages. On cite au casting Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis, Sylvia Sydney et Sam Levene pour les principaux. 

En conclusion, nous pouvons décemment dire que Meurtres sous Contrôle est un thriller probe, honnête et pour le moins efficace qui a le mérite de se démarquer du genre pour incorporer une dimension fantastique et même horrifique durant certains passages. On peut compter sur Cohen pour nous gratifier d'un flot de scènes déstabilisantes. Il faut voir comment le père assassin décrit avec béatitude les événements qui ont conduit à ce qu'il abatte sa fille comme du gibier. Il faut voir aussi le massacre du début. On tient un petit métrage qui ne pète pas plus haut que son cul et qui devrait, en toute logique, plaire aux inconditionnels de cinéma original et houleux à condition de ne pas être trop difficile sur les tares inhérentes d'un récit qui aurait mérité à être plus étendu et mieux exploité.
Pour le coup, le potentiel a été un peu laissé de côté et c'est bien dommage car tous les ingrédients étaient là pour donner naissance à un pur chef d'oeuvre. Pour les intéressés, ceux-ci seront ravis de savoir que le film est dispo en intégralité ET en français sur YouTube, ainsi qu'en très bonne version sur le nouveau Zone Téléchargement. Pour ceux qui souhaiteraient le support physique, il va falloir lâcher une "petite" somme d'argent pour l'obtenir. Bref, une réalisation recommandable. Que dire de plus ?

 

Note : 13/20

 

 

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