act of seeing with one's own eyes

Genre : shockumentary, death movie, trash, extrême, documentaire, inclassable, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 1971
Durée : 32 minutes

Synopsis : Le réalisateur américain Stan Brakhage pénètre avec sa caméra dans l’un des lieux interdits et terrifiants de notre culture : la salle d’autopsie. C’est un endroit dans lequel, à l’inverse, la vie est chérie, car elle existe pour affirmer qu’aucun de nous ne peut mourir sans que l’on sache exactement pourquoi. C’est une salle pleine d’effroyables intimités où notre vague cauchemar de mortalité prend le nom et le visage d’autres. 

 

La critique :

Vous l'aurez sans doute subodoré... Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose un nouveau shockumentary dans ses colonnes... C'est désormais l'un des travers, voire l'un des principaux leitmotivs du blog depuis quelques semaines, voire depuis plusieurs mois. Cinéma Choc vous propose, depuis quelques temps, toute une litanie morbide de death movies virulents, corrosifs et outrecuidants. Sur la forme comme sur le fond, tous ces "documenteurs", transis de factualité et de véracité (un oxymore...), ne sont, in fine, que des palimpsestes funestes et opportunistes de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara) et de Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978).
De facto, le shockumentary et le death movie s'acheminent intrinsèquement vers le "Mondo" et ont pour vocation de sonder, de scruter et de discerner les us et les coutumes oecuméniques de peuplades séculaires.

Toujours la même antienne... Via Faces of Death, soit Face à la Mort dans nos contrées hexagonales, John Alan Schwartz, qui sévit sous le pseudonyme de Conan Le Cilaire, reprendra sans sourciller le syllogisme harangueur de Mondo Cane. Seule dissimilitude et pas des moindres, Faces of Death proposera un périple mortuaire à travers le monde via des exécutions sadiques, des supplices proférés sur des animaux, des dérives sectaires, des accidents routiers et sportifs et même la sentence capitale pour émailler un programme outrancier et trivial.
Ainsi, Mondo Cane et Face à la Mort vont générer et engendrer toute une pléthore d'épigones. Que ces derniers se nomment The Killing of America (1982), Africa Ama (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978), ou encore Faces of Snuff (Shane Ryan, 2016), tous ces shockumentaries sont transis par la mort, la déréliction et la brutalité d'une humanité exsangue.

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Pis, tous ces death movies reflètent sans fard toute notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive. Ils représentent également la quintessence d'une certaine forme de véridicité et d'analyse sur notre monde en décrépitude. Or, la plupart du temps, toutes ces productions iconoclastes et digressives sont factices et interprétées par des acteurs amateurs et anonymes, une façon comme une autre de duper le spectateur candide et hébété. A contrario, la piperie mercantiliste fonctionne allègrement pour flagorner un audimat de plus en plus fastueux et revendiquant toujours plus d'âpreté et de violence. Comprenez bien : tous ces films sont truqués, tronqués et falsifiés pour imposer le diktat d'une authenticité évidemment séditieuse. Tous ces films sont peu ou prou mensongers, à l'exception notable de The Act of Seeing with One's Own Eyes, réalisé par la diligence de Stan Brakhage en 1971.

Alors là, attention, via ce court-métrage mortifère (un doux euphémisme...), Cinéma Choc pénètre dans une autre dimension, cette fois-ci bien réelle ! Pas question de leurrer, d'illusionner ni d'escroquer un public circonspect. Il suffit de regarder le didactisme narratif du film pour s'en rendre compte. Attention, SPOILERS ! Le réalisateur américain Stan Brakhage pénètre avec sa caméra dans l’un des lieux interdits et terrifiants de notre culture : la salle d’autopsie. C’est un endroit dans lequel, à l’inverse, la vie est chérie, car elle existe pour affirmer qu’aucun de nous ne peut mourir sans que l’on sache exactement pourquoi. C’est une salle pleine d’effroyables intimités où notre vague cauchemar de mortalité prend le nom et le visage d’autres. Décédé en 2003, Stan Brakhage reste sans doute l'un des cinéastes indépendants les plus prolifiques dans le cinéma ésotérique et expérimental.

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A tout jamais, le metteur en scène restera marqué, estourbi et imprimé par le film Traité de bave et d'éternité (Isidore Isou, 1951) qui, par ailleurs, a fait l'objet d'une chronique avisée dans les anfractuosités de Cinéma Choc (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/03/14/36218746.html). Ainsi, Stan Brakhage cherchera éperdument à innover et à imposer son style dénotatif. Window Water Baby Moving (1959) filmera la naissance du premier enfant de l'artiste, une expérience qu'il réitérera lors de l'éclosion (si j'ose dire...) de son troisième marmot (Thig Line Lyre Triangular, 1961). Quant à Sirius Remembered (1959), le "film" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer) montrera sans fard la décomposition du fidèle canidé de la famille Brakhage.
Evidemment, la rhétorique putride de The Act of Seeing With One's Own Eyes ne pouvait qu'attiser la curiosité et l'appétence de Cinéma Choc !

Le court-métrage appartient aussi à la trilogie de Pittsburgh. Il est précédé par Eyes (1970) et est suivi par Deus Ex (1971). A travers ce cycle infernal, "Stan Brakhage filme les trois institutions du contrôle des corps : la police, l’hôpital et la morgue. Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de produire des documents : montrer à l’être humain comment regarder en face, de ses propres yeux, ces expériences limites que sont le crime, la maladie et la mort, en le faisant pénétrer dans ces lieux où ces expériences sont cadrées, régulées, symbolisées" (Source : https://www.centrepompidou.fr/cpv/agenda/event.action?param.id=FR_R-4a2d33f95fc984136126d5f9e256e351&param.idSource=FR_E-4a2d33f95fc984136126d5f9e256e351). En outre, il serait particulièrement ardu, voire épineux, de décrire un tel court-métrage, si ce n'est qu'il s'agit d'un véritable death movie.

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Cependant, ce film se singularise des shockumentaries adventices et habituels via une exploration chirurgicale des cavités et des excavations du corps humain. Le film ne cède jamais à la tentation du "Mondo", ni du consumérisme à satiété pour arborer une dilection probe et sincère pour la mort, et plus précisément pour la dissection de macchabées. Autant l'annoncer sans ambages. The Act of Seeing With One's Own Eyes ne badine pas avec la barbaque rougeoyante et justifie amplement son interdiction aux moins de 18 ans. Le film enterre et inhume à plate couture tous ces concurrents apoplectiques en la matière, justement à cause de cette même authenticité.
Et pour produire l'effet escompté, Stan Brakhage n'a pas besoin de recourir à une musique dissonante et stridulante, ni de s'éparpiller dans les saynètes outrageantes.

En l'occurrence, aucune musique ni aucun effet sonore n'agrémente ce programme rutilant. The Act of Seeing With One's Own Eyes peut donc être répertorié parmi les death movies muets et aphones, relevant derechef de la pure expérimentation sur pellicule. De facto, difficile de décrire, même avec parcimonie, un court-métrage tel que The Act of Seeing With One's Own Eyes, si ce n'est que ce shockumentary s'égrène sur une durée élusive de 32 minutes de bobine. A l'époque et même probablement encore aujourd'hui, le court de Stan Brakhage fait figure de documentaire inédit et quasi révolutionnaire, ne serait-ce que pour ce qu'il montre ; à savoir la mort dans toute sa putréfaction, ainsi que des corps décortiqués et anatomisés par des médicastres chevronnés, des entrailles à la moelle épinière, en passant par les rugosités et les circonvolutions intestinales.
Il ne serait pas surprenant qu'un tel OFNI (objet filmique non identifié) soit montré aux étudiants de médecine, en particulier pour ceux qui ont attrait et vocation à l'odontologie chirurgicale. En ce sens, The Act of Seeing With One's Own Eyes dépasse le cadre même du cinéma et joue dans une toute autre catégorie. Dès lors, inutile de préciser que ce court-métrage, d'un barbarisme inouï, peut aisément s'ingérer dans le Top 250 des films trash, extrêmes et scandaleux (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/18/37177484.html) diligenté par l'omniscience d'Inthemoodforgore. Parfaitement non notable, donc !

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver