yeit le géant d'un autre monde

Genre : fantastique
Année : 1977
Durée : 1h33

Synopsis : Une équipe découvre dans les glaces du Groenland, le corps d'un Yéti congelé. Morgan Hunnicut, un industriel, persuade son ami le Professeur Waterman de diriger l'opération « Décongélation du Yéti ». Mais, une fois décongelée, la créature parvient à s'échapper, et elle n'est pas très commode... 

 

La critique :

Ce n'est un secret pour personne. Dans les années 1930, la sortie de King Kong (Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, 1933) marque une rupture fatidique et rédhibitoire dans l'histoire du Septième Art en général. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma fantastique en particulier, Willis O'Brien, le concepteur érudit de la créature et le génial démiurge de la technique de la stop motion (image par image), donne vie à l'un des plus prodigieux colosses, une sorte de gorille de taille cyclopéenne qui s'énamoure d'une aventurière bien humaine.
Pourtant, sur la forme comme sur le fond, King Kong premier du nom n'est, in fine, qu'un avatar de Le Monde Perdu (Harry O'Hoyt, 1925), un autre long-métrage fantastique qui signe le grand retour des dinosaures à la surface de notre planète, et par ailleurs perclus sur une île oubliée, parfois au centre de la Terre, voire à la lisière de nos pôles (nord ou sud selon les velléités).

Paradoxalement, c'est bien King Kong qui va remporter le précieux pactole et s'arroger la couronne de film culte et de classique sérénissime. La trame narrative obéit toujours à la même allégeance et envoie un groupe d'expéditeurs, aussi chevronnés que téméraires, se colleter avec des créatures issues de l'ère paléontologique. Dans cette litanie de dinosaures dolichocéphales, c'est le tyrannosaure, aussi titanesque que carnassier, qui s'octroie à la fois les ferveurs et les cris d'orfraie d'un public médusé. Seul King Kong était donc en mesure de contrarier l'omnipotence du théropode autocratique. Ainsi, le monstre aux allures anthropomorphes et doté d'une âme humaine va engendrer de nombreux épigones, la plupart du temps des séries B adventices et fauchées comme les blés. 
Qu'ils se nomment Godzilla (Ishiro Honda, 1954), Rodan (Ishiro Honda, 1956), Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), Cloverfield (Matt Reeves, 2008), ou encore Jack le tueur de géants (Nathan Juran, 1962), toutes ces pellicules ne sont, in fine, que des palimpsestes, plus ou moins indigestes, de Le Monde Perdu et de King Kong.

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En raison de son succès pharaonique au box-office, King Kong sera maintes fois exhumé de ses sépulcres, que ce soit par l'entremise d'un nouvel épisode opportuniste (Le Fils de Kong, Ernest B. Schoedsack, 1933), d'un remake éponyme (King Kong, John Guillermin, 1976), d'une suite amphigourique (King Kong 2, John Guillermin, 1986), d'une version opulente et somptuaire (King Kong, Peter Jackson, 2005), le nanar décérébré (Konga, John Lemont, 1961), deux homologues asiatiques (King Kong contre Godzilla et La Revanche de King Kong), puis récemment, un dernier succédané en date (Kong Skull Island, Jordan Vogt-Roberts, 2017). 
En l'occurrence, le monstre gargantuesque n'éludera pas l'écueil de la série Z et du nanar échevelé. Le Colosse de Hong-Kong (Ho Meng-hua, 1977), The Mighty Gorga (David L. Hewitt, 1969), ou encor Itoka le monstre des galaxies (Kazui Nihonmatsu, 1969) sont autant d'inepties funambulesques sur pellicule.

Vient également s'agréger Le Yéti, le géant d'un autre monstre, réalisé par la "diligence" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer...) de Gianfranco Parolini en 1977. Pour la faribole superfétatoire, le metteur en scène transalpin sévit ici sous le pseudonyme de Frank Palmer ; une façon comme une autre d'expatrier cette "bisserie" au-delà de ses terres ritales, et plus particulièrement chez l'Oncle Sam. A la fois comédien, producteur, scénariste et évidemment réalisateur, Gianfranco Parolini est un pur produit (si j'ose dire...) de la série B impécunieuse. 
Les thuriféraires du metteur en scène (mais enfin, qui sont-ils ?) n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Samson contre Hercule (1961), Hercule se déchaîne (1962), Ursus l'invincible (1964), ou encore Les trois fantastiques supermen (1967).

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Dès lors, inutile de préciser que le cinéaste ne possède pas une carte de visite particulièrement voluptuaire. En l'occurrence, Yéti, le géant d'un autre monde rencontrera les ferveurs du site Nanarland via une chronique avisée et sarcastique (Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-yeti-yeti-le-geant-dun-autre-monde.html). Reste à savoir si ce nanar subalterne mérite de tels épigrammes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Donal O'Brien, Mimmo Crao, Antonella Interlenghi, Tony Kendall et John Stacy. 
Attention, SPOILERS ! Une équipe de scientifiques découvre, dans les glaces du Groenland, le corps d'un Yéti congelé.

Morgan Hunnicut, un industriel, persuade son ami, le Professeur Waterman, de diriger l'opération « Décongélation du Yéti ». Mais, une fois décongelée, la créature parvient à s'échapper, et elle n'est pas très commode... Tout du moins en apparence... Car en réalité, ce yéti serait doué d'empathie, de bienveillance et même d'une once d'humanité. Certes, plus de quatre décennies séparent le King Kong de Merian C. Cooper et Yéti, le géant d'un autre monde de Gianfranco Parolini. Pourtant, c'est bien le classique soyeux de 1933 qui remporte l'assaut final sans émettre le moindre balbutiement.
En des temps immémoriaux, le cinéma fantastique ressuscitait l'ère oryctologique via la technique de la stop motion et proposait un formidable bestiaire via une floraison de stégosaures et de diplodocus à l'appétit pantagruélique. 

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Faute de budget, Yéti, le géant d'un autre monde n'aura que pour modeste offrande une sorte d'homo sapiens gigantesque qui grogne, gémit et glapit à la moindre incartade. Les présentations liminaires sont presque interminables et s'ingénient à déceler la véritable identité de ce nouvel homme des cavernes. La question est, entre autres, de savoir si nos joyeux scientifiques doivent aussculter un sasquatch, un Bigfoot ou l'abominable homme des neiges... Une question passionnante (sic...) qui se conclura par ailleurs sur un camouflet théorétique.
A fortiori, le sasquatch... L'abominable homme des neiges... Le yéti (?) serait un lointain ancêtre de l'être humain et dissimulerait les arcanes les plus incommensurables de notre existence sur notre vaste planète. Vous avez bâillé durant ces anagogies fastidieuses ?

Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans Yéti, le géant d'un autre monde ! Non, cette production aventureuse n'est pas ce nanar abominable, ni cette pellicule aussi fantasque qu'il prétend être. En l'occurrence, le long-métrage de Gianfranco Parolini côtoie dangereusement les affres de la désuétude et du "naveton" avarié. Sans les apparitions fantaisistes de son abominable homme des neiges, le film ne serait pas ce nanar épouvantable, mais une sorte de série B obsolescente. Rien que pour le faciès hagard de son homme de Cro-Magnon, et surtout pour cette dichotomie, hélas ostensible, entre le monstre lui-même et les protagonistes en déveine qui l'entourent ; Yéti, le géant d'un autre monde justifie son visionnage, à condition bien sûr d'être un thuriféraire patenté de nanars joliment désuets ! Rarement, d'un point de vue technique et des effets spéciaux, d'une rare hideur, un métrage n'aura fait preuve d'une telle incompétence. 

Ignominieux, les effets de dilatation et d'élargissement illustrent surtout l'impéritie de Gianfranco Parolini à filmer convenablement un monstre conçu à partir d'un vrai acteur humain. Manifestement, le metteur en scène a toutes les peines du monde à faire émerger son monstre dans une foule éruptive et bientôt molestée par le colosse lui-même. La suite, vous la connaissez... Même sans avoir vu le film... Si le métrage élude l'écueil de la conclusion pleurnicharde, la créature ira se tapir quelque part dans la grotte du coin, inlassablement stigmatisée et ostracisée par la populace humaine.
Toujours la même antienne... De facto, Yéti, le géant d'un autre monde apparaît comme un émule désargenté de King Kong, puisqu'il reprend le même didactisme narratif ; à la seule dissimilitude que les inimitiés ne se déroulent pas dans une forêt tropicale, mais sur des terres gelées et sous les fracas houleux d'un vent furibond et tempétueux. Là aussi, le gorille... pardon... Le yéti s'entiche et s'acoquine d'une adulescente, aussi insignifiante que transparente. 
En sus, Gianfranco Parolini ne nous refuse aucune excentricité et nous affuble d'un jeune mouflet aphone qui retrouvera subrepticement son acuité vocale devant la stature robuste et drue du monstre à l'étonnante chevelure. Tout un programme ! Toujours faute de budget, Yéti, le géant d'un autre monde ne propose aucun (je ne dis bien "aucun") combat colossal entre son yéti amorphe et autre une bête féroce et acariâtre. 
Vous l'avez donc compris. A l'aune de ce nanar décrépit, c'est surtout l'ennui abyssal qui guette cette production infortunée, derechef à la lisière du navet.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver