bird box

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 2018
Durée : 1h57

Synopsis : Alors qu'une mystérieuse force décime la population mondiale, une seule chose est sûre : ceux qui ont gardé les yeux ouverts ont perdu la vie. Malgré la situation, Malorie trouve l'amour, l'espoir et un nouveau départ avant de tout voir s'envoler. Désormais, elle doit prendre la fuite avec ses deux enfants, suivre une rivière périlleuse jusqu'au seul endroit où ils peuvent encore se réfugier. Mais pour survivre, ils devront entreprendre ce voyage difficile les yeux bandés. 

 

La critique :

La fin du monde, l'Armageddon et d'une façon générale l'Apocalypse ont toujours inspiré le noble Septième Art. Dès les années 1910, le cinéma se focalise sur cette menace potentielle et putative qui guette patiemment notre planète, rayant au passage l'intégralité de l'humanité. Les cinéphiles les plus avisés mentionneront sans barguigner le bien nommé La Fin du Monde (August Blom, 1916). Depuis, les temps funestes et eschatologiques sont incessamment réactivés, soit par le passage imminent d'une météorite de taille cyclopéenne (Armageddon, Michael Bay, 1998), une Troisième Guerre mondiale sous l'égide de l'atome et du nucléaire (Le Jour d'Après, Nicholas Meyer, 1983), une humanité en péril qui se délite et se désagrège sans explication rationnelle (Le Sacrifice, Andreï Tarkovski, 1986), des terres infertiles qui paupérisent et affament l'Humanité toute entière (Interstellar, Christopher Nolan, 2014), ou encore par l'arrivée massive et inexpugnable de zombies anthropophages (La Nuit des Morts-Vivants, George A. Romero, 1968).

Récemment encore, c'était le film Sans Un Bruit - A Quiet Place (John Krasinski, 2018) qui se nimbait de créatures mystérieuses et carnassières, happant et assaillant leurs proies au moindre bruit suspicieux. Dans le cas de Sans un bruit, ce sont nos diverses acuités, en particulier auditives, qui sont mises à rude épreuve. Pour survivre, prière de baguenauder sur la pointe des pieds sous peine de déclencher les furibonderies de créatures à l'appétit pantagruélique ! En raison de son succès impromptu dans les salles obscures, en particulier aux Etats-Unis, le film inspire et engendre de nouveaux émules. Le dernier long-métrage en date se nomme Bird Box, réalisé par la diligence de Susanne Bier en 2019. Après avoir étudié les arts appliqués et l'architecture, la cinéaste danoise obliquera, in fine, vers l'école de cinéma. Sa carrière cinématographique débute avec Songlines (1989), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales.

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Elle enchaînera avec Sekten (1997), Open Hearts (2002), After the Wedding (2006), Nos souvenirs brûlés (2007), Revenge (2010) et Serena (2014). Bird Box est aussi l'adaptation d'un opuscule éponyme de Josh Malerman, publié en 2014. Depuis quelques années, la chaîne Netflix s'est subrepticement imposée dans le paysage cinéphilique. C'est ainsi que des films tels que Le Bon Apôtre (Gareth Evans, 2018), The Silence (John R. Leonetti, 2019), Malevolent (Olaf De Fleur, 2018), Le rituel (David Bruckner, 2017), ou encore Before I Wake (Mike Flanagan, 2016) se sont érigés un simulacre de réputation, que ce soit sur la Toile ou sur les réseaux sociaux.
A raison, les thuriféraires du cinéma d'épouvante semoncent et gourmandent le schéma routinier et rébarbatif de toutes ces productions aseptisées.

Dans le cas de Hush - Pas Un Bruit (Mike Flanagan, 2016), le long-métrage marche dans le sillage du home invasion et n'est pas sans rééditer les fulgurances du très surestimé You're Next (Adam Wingard, 2012). Le Rituel réactive les plaies béantes et encore douloureuses de The Descent (Neil Marshall, 2005). Reste à savoir si Bird Box éludera l'écueil de ce tropisme répétitif, surtout à l'aune d'une trame scénaristique qui rappelle allègrement le syllogisme de Sans Un Bruit. D'une façon générale, les critiques sont plutôt pondérées. Si certains adulateurs saluent et adoubent le long-métrage pour la performance de son actrice principale (Sandra Bullock), certaines saillies sont rédhibitoires et admonestent une production indigente, voire convenue.
Reste à savoir que ce que vaut concrètement la dernière livraison de Susanne Bier. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

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Hormis Sandra Bullock, la distribution du long-métrage se compose de John Malkovich, Trevante Rhodes, Sarah Paulson, Jacki Weaver, Rosa Salazar, Danielle Macdonald, Lil Rel Howery et Tom Hollander. Attention, SPOILERS ! Alors qu'une mystérieuse force décime la population mondiale, une seule chose est sûre : ceux qui ont gardé les yeux ouverts ont perdu la vie. Malgré la situation, Malorie trouve l'amour, l'espoir et un nouveau départ avant de tout voir s'envoler. Désormais, elle doit prendre la fuite avec ses deux enfants, suivre une rivière périlleuse jusqu'au seul endroit où ils peuvent encore se réfugier. Mais pour survivre, ils devront entreprendre ce voyage difficile les yeux bandés.
Autant l'annoncer sans ambages. Indubitablement, Bird Box est victime du syndrome Netflix, une maladie maligne qui consister à piller et à bouffer un peu à tous les râteliers en espérant faire avaler le subterfuge au spectateur candide.

Ainsi, Bird Box amalgame sans sourciller le post-apocalyptique, l'aveuglément de l'Humanité face à une menace exponentielle, l'épouvante, les morts-vivants histrioniques et une expédition qui se voudrait homérique. Derechef, la privation sensorielle continue de générer des émules. Après la perte de l'acuité auditive dans Sans Un Bruit, c'est la privation de l'acuité visuelle qui est mise en exergue dans Bird Box. Ainsi, le film de Susanne Bier s'échine à relater la genèse d'un chaos annoncé en essaimant, à satiété, la méthode du flashback.
De facto, Bird Box fonctionne comme une sorte de périple initiatique qui voit une mère de famille se colleter avec dame nature pour échapper aux dents probablement acérés de bêtes carnivores, que l'on ne verra par ailleurs jamais.

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A ce sujet, l'interdiction aux moins de 16 ans, stipulée sur le site Wikipédia du film (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bird_Box_(film) est totalement incompréhensible tant Bird Box se montre pingre et timoré. En l'occurrence, Susanne Bier opte pour la subjectivité en espérant béatement créer une atmosphère éthérée, un peu à la manière d'un Alfred Hitchcock en son temps. A cet égard, Bird Box réitère les incantations comminatoires et maléfiques de Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963), la jubilation et l'érudition en moins. 
Ce voyage, sans enjeu, sans mouvement, sans permutation et finalement sans écueil dénote essentiellement par son oisiveté, hélas ostensible sur sa durée, presque deux heures de bobine tout de même ! Au détour de quelques saynètes d'action et de courses frénétiques dans la forêt du coin, le spectateur aguerri se remémorera les travers de La Route (John Hillcoat, 2009), toujours la subtilité en moins.

"Regarde et le monde se purifiera", s'écrie un individu contaminé et recueilli avec aménité par Sandra Bullock et ses sbires. Encore une fois, cette introspection sur le monde qui nous entoure est à peine ébauchée et ne mène nulle part, si ce n'est sur une piste nébuleuse et sur un long-métrage encore plus alambiqué. A la rigueur, seuls les néophytes se laisseront peut-être appâter par ce curieux maelström dénué de toute envergure et à la fin capillotractée. Sur la forme comme sur le fond, Bird Box s'apparente à un épisode pilote d'une nouvelle série télévisée, un peu à la manière d'un The Walking Dead, avec son florilège de personnages désincarnés et stéréotypés.
Vous l'avez donc compris. 
Bird Box échappe de justesse à notre courroux exacerbé en raison, essentiellement, de la performance de sa comédienne principale, Sandra Bullock. La comédienne se hâte, se précipite et se démène vaillamment pour sauver cette production stérile, amorphe et atone. Elle est bien la seule à y croire... Dans les semaines, les mois et les années à venir, espérons seulement que Netflix se montrera un peu plus finaud et inspiré pour produire des films un peu plus élaborés. En outre, Bird Box fait figure de bel épouvantail, une armature de bois et d'osier idoine pour flagorner les pauvres volatiles que nous sommes.  

 

Note : 08/20

sparklehorse2 Alice In Oliver