Crows_Zero_2

Genre : Action, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2009

Durée : 2h13

 

Synopsis :

Genji s’est imposé comme le maître de son lycée. Mais il doit bientôt faire face aux ambitions guerrières du lycée rival, Hôsen. A la tête de cet établissement, le féroce Narumi a décidé de lancer un assaut sanglant contre le lycée Suzuran. Genji devra alors faire preuve du plus grand courage pour défendre son territoire et les siens.

 

La critique :

Il y a quelques jours, je me décidais très tardivement à chroniquer l'un de mes plus gros coups de coeur, étant Crows Zero signé Takashi Miike, plus que reconnu dans le milieu cinéphile. La raison de mon extatisme tenait dans le fait qu'il s'agissait de l'un de mes films de chevet, au temps de mon adolescence, me procurant une myriade de fun à chaque visionnage. Par extension, ce métrage signait une phase très importante dans le développement de ma passion du cinéma qui allait émerger aux alentours de mes 19 ans puisqu'il pouvait s'enorgueillir d'être le tout premier film japonais que je regardais. Dans l'introduction du premier épisode, je développais surtout l'histoire autour de cette rencontre que je fis par pur inadvertance un jour de la fin de l'année 2010. Cette rencontre ne se fit qu'avec la pochette du premier film qui me tapa directement dans l'oeil en lisant le synopsis.
Au départ, je ne m'attendais qu'à une seule pellicule unique et regarder la bande annonce ne put que solliciter davantage ma féroce envie de regarder Crows Zero dans les plus brefs délais. Seulement, dans le coin des suggestions, apparut subtilement la mention "Crows Zero 2 bande annonce VF". Imaginez un peu ce que je ressentis, yeux écarquillés en appuyant sur le bouton "Play" pour finir la bouche entrouverte à la fin. Je précise d'entrée que je n'avais encore que 16 ans et que la perception du cinéma n'était pas la même que 9 ans plus tard. 

Imaginez également ma joie débordante lorsque je déballais le cadeau sous le sapin en voyant le deuxième épisode offert en même temps que le premier. Ce n'est qu'en arrivant chez mon père quelques jours plus tard, un vendredi soir, que Crows Zero numéro 1 fut inséré dans ma PS3 pour m'offrir durant 2h10 un spectacle inoubliable pour mes petits yeux juvéniles fan de mangas. Ce vendredi soir n'aurait pu se finir comme cela. L'excitation était trop forte et après une petite pause pipi, le deuxième DVD fut inséré à son tour pour, encore, plus de 2 heures de sensations fortes. Depuis cette première fois, la tradition veuille que je sollicite 4h20 de ma soirée pour regarder les deux métrages l'un à la suite de l'autre. Encore maintenant vu que les chroniques se sont suivies sans interlude.
C'est ce qui m'aura d'ailleurs causé quelque petit stress notoire pour ma présentation devant le labo de mon stage de fin d'études. Présentation qui s'est heureusement finie sous une note positive. Mais sincèrement, je me devais de finir ma dernière soirée cinéphile au kot en beauté et quoi de mieux qu'un petit retour dans le passé ? Alors que le premier chapitre avait su manier intelligemment humour, drame, critique sociale et action spectaculaire, allait-on retrouver ce qui avait fait sa force ? Une question que je ne me pose, cependant pas, connaissant le film quasiment par coeur.

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ATTENTION SPOILERS : Genji s’est imposé comme le maître de son lycée. Mais il doit bientôt faire face aux ambitions guerrières du lycée rival, Hôsen. A la tête de cet établissement, le féroce Narumi a décidé de lancer un assaut sanglant contre le lycée Suzuran. Genji devra alors faire preuve du plus grand courage pour défendre son territoire et les siens.

Derrière ce second chapitre prenant ses distances avec Crows, le manga originel, nous retrouvons toujours Takashi Miike, qui ne tenait visiblement pas à en terminer avec Suzuran avec une seule pellicule. Motivé par le grand succès dont a joui le premier ? Peut-être que oui, peut-être que non ! Ce qui est sûr est que Crows Zero 2 était attendu avec impatience et se soldera par un succès encore plus important que son auguste devancier. Les passionnés exultent, les critiques sont globalement enthousiastes. Certains louent une suite de qualité similaire au premier, quand certains en viennent même à dire que le deuxième chapitre supplante son aîné. A l'opposé, d'autres font la moue, trouvant que le film se prend trop au sérieux, en éludant l'aspect comique et second degré qui en avait séduit plus d'un dans le premier opus. On reproche même des combats plus rares et manquant de punch.
Il était, de toute façon, évident que Crows Zero 2 allait devoir supporter la comparaison avec son grand frère. A peu de choses près, on peut lâcher cette cinglante phrase généralement négative "on prend la même chose et on recommence" car nous avons ce plaisir de retrouver 99% des personnages rencontrés. Genji, Serizawa, Izaki, les frères Mikami, Tokaji, Makise, Chuta et j'en passe font leur grand retour. Nul doute que les thuriféraires du premier se trouveront directement en terrain connu. Une force de taille vu qu'elle fournit de quoi approfondir davantage la personnalité de chacun des personnages. 

Toutefois, Miike ambitionne de ne pas faire se dérouler ce segment uniquement dans l'enceinte de Suzuran mais bien en allant plus loin. Désormais, le lycée des corbeaux doit se frotter à un ennemi d'une toute autre taille, à savoir le lycée Hôsen, plus ou moins apparenté à Suzuran de par la présence de lycéens hargneux et de redoutables combattants. Néanmoins, il diffère par l'uniforme blanc et les garçons quasiment tous crâne rasé à l'exception du boss et de ses bras droits. Apparemment, il semblerait presque y avoir une hiérarchie basée sur la coupe de cheveux. Une observation plutôt amusante quand on y pense. Pourtant, ce lycée ne débarque pas comme un chien dans un jeu de quilles vu que Suzuran a déjà eu affaire avec bien avant que Genji ne rentre chez les corbeaux.
Un petit saut dans le passé avec en toile de fond la classique chanson "I Wanna Change" nous place deux ans auparavant dans une guerre d'établissements scolaires se vouant une haine farouche. Par un incident malencontreux, Genji va briser la trêve instaurée par les deux écoles, ravivant les rancoeurs tenaces de Hôsen désireuse d'écraser Suzuran. Bref, on se retrouve plongé dans les codes complets du manga de combat et avec eux l'absence évidente de réalisme. Une caractéristique qui aura valu des critiques pour le moins malhonnêtes de certains lui reprochant son irréalisme alors qu'il n'y avait aucun but à être réaliste de base. Pourtant, encore une fois, la sauce prend à condition de lâcher son cerveau. Toutefois, des différences nettes ressortent quand on analyse avec précaution Crows Zero 2.

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Tout d'abord, il est évident que les laudateurs de Crows Zero premier du nom seront très probablement désappointés par la disparition presque totale de la dimension humoristique ne se cantonnant qu'à quelques scènes qui font mouche mais loin de la cocasserie de Ken, parti vers d'autres horizons. Sur le coup, Crows Zero 2 acquiert un ton beaucoup plus sombre puisque le récit central repose essentiellement sur une vengeance concernant un meurtre perpétré il y a deux ans. Deuxièmement, Miike prend le lourd pari de faire en sorte que les combats ne soient pas les seuls à faire avancer l'histoire. En d'autres termes, en comparaison du premier, on remarquera une légère atténuation. Je dis bien légère car le cinéaste ne s'est pas privé de garder la grandeur des combats.
On serait amené à dire qu'ils sont peut-être un peu moins viscéraux mais le tout est rattrapé par l'ampleur des bastons dont l'apothéose se fera dans l'assaut final contre et dans Hôsen même. Mais une autre force de Crows Zero était de toucher la jeunesse et d'alerter sur la fracture générationnelle. Comme toujours, on ne retrouve aucun professeur, directeur et le seul parent que l'on verra sera le père de Genji, yakuza de surcroît donc pas vraiment un modèle d'éducation. L'absence de communication est toujours aussi alarmante. Les lycéens ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour avancer sur leur propre chemin de la vie.

Crows Zero 2 renouvelle son analyse de l'écolier de Suzuran où loyauté envers le chef, le courage, l'honneur et la détermination sont les actes mis en avant pour grandir, quand bien même cela se fera dans la violence la plus totale. Sur le coup, on sent que la structure de commandement de Hôsen est davantage fondée sur le respect, l'unité et une forme d'éthique du combat, en comparaison de Suzuran, en roue libre et où les tensions entre les uns et les autres ne retombent jamais vraiment. On pourra le voir avec Chuta et Makise bouillonnants dans leur envie de sauvagerie et d'en découdre avec leurs adversaires. La seule chose les faisant vibrer étant le combat, les nez cassés et les mâchoires en sang. La quête du pouvoir est, pour Suzuran ou Hôsen, l'objectif suprême à atteindre.
Pourtant, comme le dit Rinda-man, la conquête n'est qu'un leurre. Elle est éphémère parce que d'autres arriveront pour prendre la place de l'autre et ainsi de suite, suivant un éternel recommencement. 

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Les admirateurs d'architecture seront aussi ravis de retrouver les décors aussi froid et austère de Suzuran avec ses tags, sa rouille et sa vétusté record. Un contraste totalement différent avec Hôsen où tout est propre et bien ordonné, comme si nous avions là un lycée tout à fait normal. Les combats, eux aussi, sont toujours aussi bien filmés et mis en scène. Même au niveau de la bande son, Miike nous fait redécouvrir les classiques du premier qui s'intégraient si bien à l'atmosphère. Certains pourraient parler de repompage mais mieux vaut garder des thèmes musicaux qui fonctionnaient à merveille que tenter de faire quelque chose qui n'aurait pas le même impact.
Enfin, comme dit avant, l'essentiel des acteurs revient pour nous offrir toujours une grande prestation et renforcer davantage leur personnalité propre à chacun et notre attachement envers eux. En revanche, cela ne sera pas le cas de Hôsen car, en dehors de Narumi et de Tatsuya Bito, les autres n'ont bénéficié d'aucun quelconque travail en profondeur. On appréciera l'extravagance de Ryo, le psychopathe aux longs cheveux, et de Matoba, un taureau qui en fera voir de toutes les couleurs aux petites frappes de Suzuran qui auront le malheur de croiser son chemin. Mais pour les autres...

Que soit, on ne peut réfuter le fait que Crows Zero 2 est une suite de grande qualité qui n'a rien à envier à son aîné. Loin d'un simple recyclage obscène, Miike choisit d'opter pour un récit se centrant sur les combats hargneux incrustés dans une sombre période qu'a connu Suzuran avant l'arrivée de Genji. Un choix très bien pensé mais qui aurait gagné à être un peu plus étoffé. De fait, le prolongement entre les deux épisodes est fait tout en finesse, l'un ne sachant se passer de l'autre. Les contempteurs trouveront sans doute Crows Zero 2 un poil radin dans la quantité des scènes de bagarre mais reste que l'intensité est toujours là. Plus mature, plus sombre et plus violent que son aîné, ce deuxième et déjà ultime épisode de la saga de Genji et de Serizawa se clôt en beauté, laissant derrière nous un sentiment de trop peu. Là n'étant pas un point négatif car on aurait juste aimé les voir encore nous divertir en bonne et due forme. Ainsi, longtemps les rumeurs en tout genre ont parlé d'une ultime suite qui serait un prolongement des envies vengeresses de Hôsen avec en boss le petit frère de Machio Bito.
Il n'en sera rien, vu que le troisième film sera une pseudo-suite n'ayant quasiment plus rien à voir avec les événements passés. La seule chose qu'il a été en mesure de faire fut de ruiner la saga en laissant la réalisation à un inconnu. En conclusion, c'est avec ces fameuses étoiles dans les yeux que je boucle ce splendide diptyque qui m'aura émerveillé dans ma tendre adolescence et envers lequel je conserverai toujours un profond attachement. 

 

Note objective : 15/20

Note non objective : 18/20

 

 

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