bagman-profession meurtrier

Genre : horreur, gore, trash, splatter (interdit aux - 16 ans)
Année : 2004
Durée : 19 minutes

Synopsis : Prenez garde de ne jamais prononcer son nom trois fois... sinon le Bagman sera à vos trousses ! Une bande de drogués est aux prises avec un tueur en série qui porte comme masque un sac d'épicerie brun. Et lorsqu'ils décident de s'en prendre à lui, ils croient pouvoir s'en débarrasser sans bobos. Grave erreur ! Dans ce qu'on peut définir comme une orgie de gore, le Bagman leur fait goûter ses plats favoris à la barbaque... 

 

La critique :

Si on devait s'aventurer à définir le terme anglicisé de "splatter", ce dernier s'apparenterait à un paronyme, voire à un synonyme du "gore", soit à un sous-genre cinématographique du cinéma bis et horrifique d'exploitation. Néanmoins, il convient de distinguer le "gore commercial" qui contient sa litanie de direct-to-video (DTV) habituels et le "gore indépendant", une dernière catégorie dans laquelle s'affilient aisément des auteurs tels qu'Olaf Ittenbach (Beyond the Limits, Dard Divorce, Premutos : the fallen angel, The Burning Moon, ou encore Garden of Love), Ryan Nicholson (Gutterballs, Famine, Live Feed, Torched, Collar, Hanger et Star Vehicle), ou encore Andreas Schnaas (Nikos the Empaler, Anthropophagous 2000 et la saga Violent Shit).
En l'espace d'une quinzaine d'années, tous ces auteurs démiurgiques du cinéma gore (du "splatter") se sont taillés une solide réputation sur la Toile et les réseaux sociaux.

Pourtant, la majorité de leurs efforts et de leurs productions restent assez confidentielles et pour cause puisque leurs pellicules effervescentes écopent, la plupart du temps, de l'ultime réprobation, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans ; en raison de leur primitivisme, de leur âpreté et de leur fort attrait pour le cannibalisme ad nauseam. Dans tous les cas, tous ces longs-métrages rutilants lutinent, butinent et s'acoquinent avec un cinéma retors, scandaleux et déviant qui s'inspire à la fois des travaux d'Herschell Gordon Lewis (Orgie Sanglante, 2000 Maniacs et The Wizard of Gore), des zombies en putréfaction de Peter Jackson en son temps (Braindead, 1992), d'un livre méphistophélique qui s'empare de l'âme et de l'esprit d'individus en déveine (la saga Evil Dead), et plus récemment encore de la vague du torture porn (en particulier les franchises consacrées à Saw et Hostel).

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Indubitablement, aujourd'hui, tous ces longs-métrages stipulés font figure d'augustes bréviaires pour toute une génération de cinéastes et de thuriféraires. Désormais, on ne compte même plus toutes ces séries B trash et horrifiques qui pullulent en dvd et qui tentent de baguenauder dans le sillage et le continuum d'Evil Dead, Massacre à la Tronçonneuse, La dernière maison sur la Gauche et La Colline a des yeux. Faute de budget, Bagman - Profession : Meurtrier, réalisé par la diligence de Jonathan Prévost et François Simard en 2004, est un court-métrage issu de cette mouvance du cinéma gore, la "splater zone" déclameraient péremptoirement les laudateurs les plus patentés.
Autant l'annoncer sans ambages. D'une durée de 19 minutes, Bagman - Profession : Meurtrier est une production québécoise qui se sustente et s'inspire en concomitance du slasher et évidemment du cinéma gore dans toute son érubescence.

Nonobstant sa bonhommie ostensiblement affichée, ce court-métrage parviendra-t-il à faire ciller une concurrence hégémonique et apoplectique en la matière ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique, par ailleurs plus succincte qu'à l'accoutumée et pour cause, puisque nous évoquons une production de 19 minutes (bis repetita). Les raccourcis seront donc eux aussi de rigueur. Il faut se rendre sur le site IMDb et en particulier sur les liens suivants : https://www.imdb.com/name/nm2377450/?ref_=tt_ov_dr et https://www.imdb.com/name/nm2379331/?ref_=tt_ov_dr pour dénicher et déceler quelques informations élusives sur Jonathan Prévost et François Simard.
En l'occurrence, Bagman - Profession : Meurtrier semble être la seule et unique réalisation de Jonathan Prévost. 

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Exempte cette production goguenarde, le metteur en scène impudent n'escompte aucun autre film dans sa besace. A contrario, François Simard a enchaîné avec d'autres courts-métrages, notamment Total Fury (2007) et Ninja Eliminator (2010), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. François Simard a poursuivi dans la voie du cinéma bis avec Turbo Kid (2015) et récemment Summer 84 (2018). La distribution de Bagman - Profession : Meurtrier risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Anouk Whissell, Alain Bakayoko, Jimmy Beaudoin, Dave Bellerive, Guillaume Blais-Dubuc et Stéphane Coutu ; mais j'en doute... Pour la faribole superfétatoire, Jonathan Prévost et François Simard viennent eux aussi d'agréger aux animosités de ce casting de bras cassés.

Attention, SPOILERS ! Prenez garde de ne jamais prononcer son nom trois fois... Sinon le Bagman sera à vos trousses ! Une bande de drogués est aux prises avec un tueur en série qui porte comme masque un sac d'épicerie brun. Et lorsqu'ils décident de s'en prendre à lui, ils croient pouvoir s'en débarrasser sans bobos. Grave erreur ! Dans ce qu'on peut définir comme une orgie de gore, le Bagman leur fait goûter ses plats favoris à la barbaque... Via cette exégèse élusive, Bagman - Profession : Meurtrier ("Le" Bagman pour les intimes...) reprend sans sourciller le syllogisme de Candyman (Bernard Rose, 1992). Cependant, la métaphore s'arrête bien là puisque le court-métrage de Jonathan Prévost et François Simard n'a pas non plus de telles velléités.
En l'occurrence, cette gaudriole sur pellicule rappelle les quarts d'heure insolites et conjugués d'Evil Dead premier du nom, les facéties des productions Troma et l'irrévérence de Braindead

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En outre, pour Jonathan Prévost et François Simard, la gageure s'annonce assez compliquée puisque l'on ne décèle pas, ou alors peu ou prou, le moindre reliquat horrifique dans le cinéma d'horreur québécois en particulier, encore moins la trace élusive d'un film gore potache et qui pique sévèrement les mirettes. A l'exception de quelques exemples sérénissimes, entre autres, l'excellent Les Sept Jours du Talion (Patrick Senécal, 2010) et Les Affamés (Robin Aubert, 2017), l'horreur version québécoise se montre plutôt pingre et lapidaire. En ce sens, Bagman - Profession : Meutrier déroge sciemment à la règle et fait montre d'une roguerie et d'une outrecuidance qui crèvent littéralement l'écran.
Les références sont évidemment éloquentes et il est impossible de nier la probité, ainsi que la sincérité de cet ouvrage, plutôt munificent en termes d'extravagances sanguinolentes.

Les excentricités de ce court-métrage funambulesque réitèrent l'arrogance et l'impudence de la saga The Toxic Avenger, amorcée par Lloyd Kaufman durant la décennie 1980. Malencontreusement, nonobstant ses effets gore et sa débauche d'hémoglobine, Bagman - Profession : Meurtrier s'apparente, in fine, à une sorte de court-métrage estudiantin, produit, griffonné et réalisé par quelques trublions un peu trop avinés. Par-là, comprenez que l'on navigue en pleine série Z et dans un court-métrage transi d'amateurisme. Dans cet exercice, Jonathan Prévost et François Simard ne badinent pas avec la barbaque et nous gratifient de séquences hilarantes, loufoques et truculentes.
Ce périple évasif dans les anfractuosités du "splatter", via sa litanie d'organes démembrés et démantibulés dans tous les sens, tient les promesses annoncées, là où certaines productions, pourtant dilettantes, ne parviennent même pas à esquisser la moindre idée astucieuse. Et rien que pour cette raison, Bagman - Profession : Meurtrier mérite bien quelques congratulations et bonnes grâces dans nos colonnes.

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver