Apocalypse_Now

Genre : guerre, drame
Année : 1979
Durée : 3h22

Synopsis : Cloîtré dans une chambre d'hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d'alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l'état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.  

 

La critique :

Si le cryptonyme de Francis Ford Coppola rime invariablement avec plusieurs chefs d'oeuvre notoires du noble Septième Art, on omet souvent de préciser que le cinéaste a été formé et dirigé par Roger Corman, le pape du cinéma bis. Sous la férule de ce parangon de la série B et du cinéma d'exploitation, Francis Ford Coppola s'aguerrit derrière la caméra et signe son tout premier long-métrage, Dementia 13 (1963), une sorte de thriller psychologique qui marche dans le sillage et le continuum de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960). Son style vétilleux et cérémonieux est immédiatement repéré par George Lucas. A l'époque, le producteur et réalisateur n'est pas encore le célèbre auteur démiurgique de la saga Star Wars. Mieux, l'artiste iconoclaste aspire à embrasser une carrière dans le cinéma indépendant et à l'écart des productions faramineuses et hollywoodiennes.

C'est dans ce contexte qu'il s'accointe et s'acoquine avec Francis Ford Coppola sur le tournage de THX 1138 (1969). Hélas, ce film d'anticipation ésotérique et expérimental essuie un camouflet commercial, au grand dam des deux acolytes. Que soit. La carrière cinématographique de Francis Coppola n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Le cinéaste est alors exhorté à réaliser un film de commande. Son nom ? Le Parrain (1972). Peu enthousiaste, Francis Ford Coppola finit par se passionner pour cette systémique familiale transie de vindictes, de règlements de compte, de félonies et de mouvements claniques. Le long-métrage érige la réputation de Francis Ford Coppola au firmament du cinéma hollywoodien. A postériori, le metteur en scène va enchaîner avec Conversation Secrète (1974), Le Parrain - 2e Partie (1974), Outsiders (1983), Rusty James (1983), Peggy Sue s'est mariée (1987), Le Parrain - 3e Partie (1990), ou encore Dracula (1992).

174_webedia-cine-news_0e1_2d0_54d94a104c135a3d917d9139e7_apocalypse-now-coppola-prepare-un-jeu-video-inspire-du-film_1333072-image-extraite-du-culte-apocalypse-now-orig-2

Vient également s'additionner Apocalypse Now, sorti en 1979. A ce jour, ce long-métrage, désormais auréolé du statut de classique et de film culte, reste la production la plus pharaonique, la plus populaire et la plus présomptueuse de Francis Ford Coppola. A l'origine, le scénario d'Apocalypse Now est l'adaptation libre d'un opuscule, Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad. Francis Ford Coppola souhaite transposer le roman dans le contexte de la guerre du Vietnam, une idée qu'avait déjà esquissée Orson Welles par le passé. Mais pour des raisons essentiellement pécuniaires, le projet sera in fine avorté. Même George Lucas sera envisagé, puis approché pour réaliser Apocalypse Now, mais le metteur en scène vaque déjà sur la saga Star Wars, tout juste couronné par le succès mirobolant de La Guerre des Etoiles ,un film rebaptisé Un Nouvel Espoir (1977) quelques temps plus tard.

Pour Francis Ford Coppola, le tournage d'Apocalypse Now s'apparente à un véritable cauchemar sur pellicule. A l'origine, c'est Harvey Keitel qui enfile les oripeaux du rôle principal, le capitaine Benjamin Willard, mais le comédien ne cesse de tonner et de grommeler contre les exigences et les désidératas de Francis Ford Coppola. Atrabilaire, l'acteur quitte le plateau et Coppola se tourne alors vers Charlie Sheen pour suppléer Harvey Keitel en dernier recours. Le décorum est ravagé à moult reprises par des typhons et un climat tempétueux. Marlon Brando arbore un poids pachydermique et doit se débarrasser, en concomitance, de son accoutumance aux stupéfiants. 
Autant de tracas qui ne vont cesser d'importuner Francis Ford Coppola et son équipe durant le tournage du film. 

images

 

A son tour et devant les catastrophes inopinées qui s'agrémentent dans la foulée, Coppola s'abandonne à son tour à la consommation de substances illicites. Le réalisateur est notamment victime de fantasmagories mystiques. C'est sûrement l'une des raisons pour lesquelles Apocalypse Now est souvent adoubé par le monogramme de "film de guerre psychédélique et sous LSD". Une fois le tournage terminé, Coppola s'attèle au montage du film. Méticuleux et perfectionniste, le metteur en scène n'est jamais satisfait du résultat final et propose plusieurs versions à ses producteurs éberlués.
En salles, c'est la version de 141 minutes qui sera diffusée, mais il existe aussi une version Redux de 194 minutes, ainsi qu'une version "final cut" de 183 minutes. 
Dire qu'un tel projet cinématographique tient de l'arrogance et de la grandiloquence est donc un doux euphémisme !

Bienvenue dans Apocalypse Now, probablement le film de guerre sur le conflit vietnamien le plus célèbre, en tout cas le plus écervelé ! Présenté au festival de Cannes, le long-métrage s'octroie l'ultime récompense, une palme d'or qu'il partage communément avec Le Tambour (Volker Schlöndorff, 1979). Indubitablement, Apocalypse Now est une oeuvre polémique, ne serait-ce que pour son tournage cataclysmique. Et cette ambiance frénétique n'est pas seulement une légende ! Un documentaire, Aux coeurs des ténèbres : l'Apocalypse d'un metteur en scène, sera même réalisé par Fax Bahr et George Hickenlooper en 1991. Hormis Charlie Sheen et Marlon Brando (déjà mentionnés dans cette chronique), la distribution d'Apocalypse Now se compose de Robert Duvall, Frederic Forrest, Albert Hall, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Harrison Ford et Scott Glenn. 

Attention, SPOILERS ! (1) Pendant la guerre du Vietnam, les services secrets militaires américains confient au capitaine Willard la mission de retrouver et d’exécuter le colonel Kurtz dont les méthodes sont jugées « malsaines ». Celui-ci, établi au-delà de la frontière avec le Cambodge, a pris la tête d’un groupe d’indigènes et mène des opérations contre l’ennemi avec une sauvagerie terrifiante. Au moyen d’un patrouilleur et de son équipage mis à sa disposition, Willard doit remonter le fleuve jusqu’au plus profond de la jungle pour éliminer l’officier.
Au cours de ce voyage, il découvre, en étudiant le dossier de Kurtz, un homme très différent de l’idée qu’il s’en faisait. 
Deux membres de l'équipage du patrouilleur sont tués avant d'arriver au camp de Kurtz. Arrivé au camp, Willard est d'abord enfermé, puis laissé libre. 

Un autre membre de l'équipage est décapité avant de pouvoir transmettre les coordonnées du camp pour qu'il puisse être bombardé. Le dernier membre de l'équipage, Lance, se fond dans la culture ambiante du camp. Kurtz explique à Willard que ce sont les horreurs auxquelles il a assisté qui l'ont décidé à monter son projet. Willard finit par assassiner Kurtz, et repart avec Lance (1). En vérité, Apocalypse Now se fragmente en deux sections bien distinctes. La première s'apparente à un véritable champ de bataille et de diverses belligérances, et témoigne du bourbier que constitue le conflit vietnamien pour son principal agresseur, donc les Etats-Unis.
Mégalomane averti, Francis Ford Coppola se laisse flagorner par ses excès d'irascibilité et d'impétuosité pour transmuter les martialités ambiantes en un film générationnel, tantôt transporté par la musique stridulante de Jimi Hendrix, tantôt nimbé par la résipiscence des Doors ("The End"), tantôt obnubilé par les sonorités bestiales de Richard Wagner (La Chevauchée des Walkyries). 

téléchargement

Cette acoustique ambiante et cauchemardesque confère à ce film de guerre une aura unique, ésotérique, ineffable et psychédélique. Même le plateau de tournage deviendra lui aussi un champ de bataille et l'histoire est sans cesse commentée sous la forme d'un monologue par un Charlie Sheen harassé, dépité, exténué et lui-même sous l'égide conjugué d'un Marlon Brando ventripotent et d'un Francis Ford Coppola potentat. Quant à la deuxième partie du film, elle est la parfaite antinomie de la première. A cette série de barbarisme et de primitivisme à tous crins, viennent subrepticement s'agencer cette nonchalance, ce dépit et ce désarroi, tous ces sentiments péjoratifs étant symbolisés par la dégaine improbable d'un Marlon Brando habité par ce colonel en dissidence.
Ainsi, la recherche du colonel Kurt tient au pur fantasme, à la quête désespérée et frénétique et donc à la pure allégorie. Au bout du chemin, c'est le désenchantement qui se lamente, témoignant derechef de l'absurdité de tous ces antagonismes. "L'horreur... l'horreur... L'horreur !", déclame dogmatiquement un Benjamin Willard contristé. Ces trois mots représentent sans fard cette allitération, ainsi cet état d'hébétude incarné par un Charlie Sheen totalement médusé. Presque tout a été dit, scruté, sondé et analysé sur Apocalypse Now. Nous ne commettrons donc pas l'impudence d'agréger notre fastidieuse emphase, si ce n'est de corroborer cette sensation ineffable d'atemporalité, soit le terme ad-hoc et qui sied le mieux à cette pellicule déclamatoire.

 

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Apocalypse_Now