demolition man

Genre : science-fiction, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1993
Durée : 1h55

Synopsis : En 2032, à San Angeles, une mégalopole californienne où toute violence a été éradiquée, Simon Phoenix, un tueur psychopathe condamné à une longue peine d'hibernation et de rééducation, profite d'une visite médicale pour s'évader. Seul recours pour le neutraliser : réanimer son ennemi de toujours : John Spartan, un policier surnommé "Demolition Man", cryogénisé à titre de punition pour homicide par imprudence en 1996.   

 

La critique :

Sylvester Stallone ou un comédien régulièrement en résurgence sur Cinéma Choc... Autant l'annoncer sans ambages. Le blog a toujours prisé et affectionné cet acteur orfèvre et issu du cinéma d'action. Pourtant, ses débuts cinématographiques sont plutôt âpres, timorés et alambiqués. Alors qu'il traverse une période de chômage et se retrouve sans domicile fixe, Sylvester Stallone accepte de tourner dans un film érotique, L'Etalon Italien (Morton Lewis, 1970), pour la modique somme de 200 dollars. Mais, à l'époque, ce capital constitue pour l'acteur presque une manne providentielle.
Il enchaîne alors des apparitions élusives, parfois des rôles subsidiaires dans Rebel (1970), Bananas (Woody Allen, 1971), Klute (Alan J. Pakula, 1971), Capone (Stever Carver, 1974), La Course à la Mort de l'An 2000 (Paul Bartel, 1975), ou encore Adieu ma jolie (Dick Richards, 1975). 

Corrélativement, Sylvester Stallone écrit et griffonne le scénario de Rocky (1976), finalement réalisé par John G. Avildsen. Encore méconnu du grand public, le comédien doit se colleter avec les producteurs pour obtenir le rôle principal et ériger son cryptonyme sur l'affiche du film. Production modeste mais nantie d'un scénario pointilleux, Rocky premier du nom va subrepticement propulser Stallone au faîte de sa gloire. D'un vulgaire quidam qui écume les séries B (les séries Z...) adventices, Sylvester Stallone accède manu militari au rang de star.
Le personnage de Rocky Balboa est son parfait homologue. Le boxeur ringard se retrouve lui aussi propulser au firmament de la gloire après un combat contre le champion du monde poids lourds en titre. Dès lors, le boxeur teigneux et opiniâtre ne le quittera plus, pour le meilleur et aussi pour le pire.

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Ainsi, Rocky 2 (Sylvester Stallone, 1978), Rocky 3 (Sylvester Stallone, 1982) et Rocky 4 (Sylvester Stallone, 1985) avalisent et corroborent le statut sérénissime, ainsi que l'hégémonie rogue de Stallone sur le cinéma d'action. Impression accréditée par les sorties, quasi concomitantes, de Rambo (Ted Kotcheff, 1982) et Rambo 2 : la mission (George Pan Cosmatos, 1985). Mais, entre la fin des années 1980 et l'orée des années 1990, la carrière de Stallone commence à montrer quelques signes d'apathie. Rambo 3 (Peter MacDonald, 1988) et Rocky 5 (John G. Avildsen, 1990) se soldent par des échecs cinglants au box-office américain. Certes, Stallone continue d'enchaîner les tournages, mais il n'est plus cette star voluptuaire de naguère. Seul Cliffhanger : traque au sommet (Renny Harlin, 1993) lui permet de retrouver une once de crédibilité et de notoriété.

A l'époque, le comédien louvoie entre un cinéma d'action bourrin et effervescent et des rôles un peu plus nébuleux. C'est dans ce contexte qu'il se retrouve sur le tournage de Demolition Man, réalisé par la diligence de Marco Brambilla en 1993. Certes, lors sa sortie aux Etats-Unis, ce long-métrage ne rapportera pas les sommes escomptées. A contrario, le film triomphe dans le monde entier et permet à ses producteurs de rembourser amplement le budget imparti. De leur côté, les critiques sont plutôt pondérées. D'un côté, certaines saillies sont rédhibitoires et admonestent une série B lucrative et écervelée. A l'opposé, les thuriféraires saluent et adulent une pellicule délicieusement transgressive et beaucoup plus élaborée qu'il n'y paraît. Autant l'annoncer sans fard.
Cinéma Choc se situe clairement dans la seconde catégorie.

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A l'origine, le rôle de John Spartan devait logiquement échoir à Steven Seagal, mais l'acteur décline poliment l'invitation. Même remarque concernant le personnage de Simon Phoenix pour lequel Jean-Claude Van Damme sera envisagé et même approché. Après s'être tourné vers Jackie Chan qui vaque déjà sur d'autres projets, la production opte alors pour Wesley Snipes, un autre parangon du cinéma d'action. Viennent également s'additionner Sandra Bullock, Nigel Hawthorne, Benjamin Bratt, Bob Gunton, Denis Leary, Rob Schneider, Jesse Ventura et Jack Black.
Attention, SPOILERS ! (1) 
À Los Angeles en 1996, Simon Phoenix, un psychopathe traqué par la police, s'est emparé d'une trentaine d'otages avant de se réfugier dans une planque pleine d'armes et d'explosifs. Alors que ses supérieurs hésitent quant aux méthodes à employer, le sergent de police John Spartan, surnommé Demolition Man en raison de ses méthodes expéditives, décide de passer à l'action et parvient à s'introduire dans le repaire de Phoenix.

Ce dernier refuse de se rendre et déclenche une formidable explosion durant laquelle les 30 otages trouvent la mort. John Spartan est accusé d'homicide par imprudence et est condamné à une longue peine d'hibernation et de rééducation au Cryo-Pénitencier de Californie : il y est cryogénisé et devra subir pendant 70 ans une sorte de lavage de cerveau, au terme duquel il devrait être un citoyen qui ne représente plus aucun danger pour les autres, avant d'être sorti de son état d'hibernation. Phoenix est également condamné à une longue peine de détention au Cryo-Pénitencier…
En 2032, la société est désormais non violente, le dernier meurtre remontant au 25 septembre 2010. Simon Phoenix est décongelé plus tôt que prévu et, ne s'avérant nullement guéri de ses pulsions agressives, parvient à s'échapper de la cryo-prison après avoir tué plusieurs personnes.

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La police, ne sachant plus comment lutter contre de tels criminels, décide de recourir à un policier plus expérimenté en la matière : John Spartan. Elle sort Spartan de son hibernation trente-quatre ans plus tôt que prévu et, en échange de sa libération définitive, le charge d'arrêter son ennemi de longue date, Phoenix, avec l'aide des policiers Lenina Huxley et Alfredo Garcia. Au fil de son enquête, Spartan découvrira un monde aseptisé, où dire des gros mots est passible d'amende et où l'on fait l'amour par ordinateurs interposés (1). Vous l'avez donc compris. Sous ses travers de film d'action débridé, Demolition Man s'apparente à une dystopie politique obnubilée par la cessation du crime, la bien-pensance et une société régentée par un gouvernement potentat.
Cet impérium interdit la consommation du tabac, de l'alcool et prohibe sévèrement tout sarcasme ou toute épigramme prononcée par des individus jugés un peu trop triviaux et outranciers.

C'est donc la question de la démocratie qui apparaît en filigrane dans Demolition Man, mais toujours sous l'angle de la dérision et d'un humour goguenard et délicieusement corrosif. Ainsi, nonobstant leurs divergences, John Spartan et Simon Phoenix ne sont pas si différents. Les deux hommes belliqueux sont issus d'une époque désormais révolue, mais agencée par la criminalité, la discorde, la véhémence et ces litanies de rixes et de conflagrations. Tel est par ailleurs le slogan péremptoire d'un Etat retors et tyrannique : "Meurtre, mort, détruire".
Le futur réserve bien des surprises puisque l'humanité est devenue étrangement atone et pusillanime, une aubaine pour Simon Phoenix. Marco Brambilla s'ébaudit continûment de cette dichotomie entre deux époques antagonistes. 

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Une dictature en remplace une autre. D'un monde tuméfié et transi par une sorte de voyoucratie, le monde s'est transmuté en une société réglementée, opaque et amorphe qui ne supporte pas la moindre once de dissidence, euphémisant concomitamment notre esprit archaïque et finalement humain. Aux yeux de leurs nouveaux congénères, John Spartan et Simon Phoenix ne sont que personnages rustres, malotrus et béotiens. Certes, à raison, les contempteurs pourront tonner, maronner et clabauder contre un film d'action lourdaud, par ailleurs symptomatique des productions des années 1980. En ce sens, Demolition Man peut paraître un tantinet rétrograde, d'autant plus que le message est martelé avec peu de finesse et de convenance. Paradoxalement, cette suite quasi ininterrompue de pugilats entre un ex-flic déchu et un psychopathe fonctionne plutôt habilement sur la durée.

In fine, Demolition Man s'apparente à une série B opulente et éparse qui amalgame sans fard L'Arme Fatale 3 (Richard Donner, 1992) via une saynète furtive mais éloquente, ainsi que le monde d'Aldous Huxley et son roman, Le Meilleur des Mondes. Quant à Marco Brambilla, le réalisateur remplit doctement son office.
Sur ce dernier point, on pourrait sans doute fustiger une mise en scène un peu trop falote même si le cinéaste se montre plutôt philanthrope en termes d'action et de déflagrations. Sans doute, Demolition Man aurait mérité un meilleur réalisateur derrière la caméra pour étayer et peaufiner des thématiques spinescentes et toujours d'actualité.
Que soit. Il serait particulièrement vachard de ne pas reconnaître ni discerner les qualités, parfois ineffables, de ce film d'action et de science-fiction, probablement l'un des plus probants de Stallone durant la décennie 1990.

 

Note : 13.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Demolition_Man