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Genre : Thriller, drame, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 2007

Durée : 2h37 (version classique), 2h56 (version longue)

 

Synopsis :

Début des années 1970, New York. Frank Lucas a vécu pendant vingt ans dans l'ombre du Parrain noir de Harlem, Bumpy Johnson, qui en fait son garde du corps et confident. Lorsque son patron succombe à une crise cardiaque, Lucas assure discrètement la relève et ne tarde pas à révéler son leadership, son sens aigu des affaires et son extrême prudence, en prenant pour auxiliaires ses frères et cousins et en gardant un profil bas. Inconnu de la police comme des hautes instances de la Cosa Nostra, Lucas organise avec la complicité d'officiers basés au Vietnam un véritable pont aérien et importe ainsi par avions entiers des centaines de kilos d'héroïne pure, qu'il revend à bas prix dans les rues de New York. Tandis que Lucas amasse ainsi, en toute discrétion, une fortune colossale, l'inspecteur Roberts du NYPD enquête patiemment sur l'origine et le fonctionnement de ce marché parallèle d'un genre inédit, et finit par soupçonner l'insaisissable Frank Lucas. Une étrange partie de cache-cache commence alors entre ces deux solitaires perfectionnistes dont les destins seront bientôt inextricablement mêlés.

 

La critique :

C'était un mercredi soir. Ressortant d'une harassante journée au labo pour rédiger mon mémoire de fin d'étude, l'envie de regarder un thriller de grande ampleur ne mit pas longtemps à me venir en tête. Ca faisait longtemps et repensant à tous les grands classiques du thriller contemporain devant lesquels j'ai jubilé, je m'attelais à en trouver un. Dans une collection de près de 2000 films répartis sur 4 disques durs et un Mac, ce n'est pas toujours évident de s'y retrouver. On oublie des films sombrant dans les abysses, attendant patiemment de sortir de leur couche de poussière pour être visionnés. On pense aussi parfois ne pas avoir tel film alors qu'une rapide recherche nous apprend que nous avions cette pellicule en question. Depuis fin 2013, mon programme de téléchargement de grande ampleur suite à des rumeurs d'une guerre massive lancée contre le téléchargement illégal m'a ouvert à la cinéphilie.
Et le nombre de films collectés fut grand, très grand. Au détour de SensCritique, je farfouillais avec insistance des listes de thrillers policier afin de tomber sur des oeuvres dans la même veine que des chefs d'oeuvre comme Heat, Casino ou Seven. Puis, j'en venais à tomber sur celui qu'il fallait logiquement que je chronique, soit American Gangster, réalisé par le fameux Ridley Scott qu'il n'est plus nécessaire de présenter. Capable du meilleur comme Alien, Blade Runner ou Gladiator comme du pire tels Cartel (du haut niveau dans son genre celui-là) ou A Armes Egales, il n'empêche qu'il a fini par s'immiscer parmi les réalisateurs de tout premier plan de notre époque en suscitant l'intérêt des cinéphiles à chacune de ses nouvelles réalisations. 

Mais revenons au cas d'American Gangster ! On sait que la réalisation d'un film peut être laborieuse, sujette à moult prises de tête, allant parfois même jusqu'au chemin de croix du Christ. Sans aller jusque dans ce dernier excès, la mise au monde de ce projet de grande ampleur ne s'est pas faite sans mal. Bien au contraire ! Trois cinéastes de renommée furent approchés, regroupant Brian De Palma, Terry George et Ridley Scott qui ressortira gagnant pour s'embarquer dans cette aventure. Du côté des personnages, l'inspecteur aurait pu être interprété par Brad Pitt, Benicio Del Toro ou Joaquin Phoenix, tandis que Frank Lucas aurait vu son rôle revenir à Don Cheadle.
Finalement, la tête d'affiche reviendra à Denzel Washington et Russell Crowe. Le scénario de départ sera aussi sujet à quelques modifications. Et puis, tant qu'à faire, American Gangster sera annulé une première fois avant d'être repris. Pour la petite info inintéressante, le contrat de Denzel Washington prévoyait qu'il soit payé même si le film était annulé. A cause de cette annulation, il reçut, du coup, deux salaires pour le même film. Malheureusement, si l'accueil tant des critiques que du public sera largement positive, les rentrées financières déçoivent, au point que American Gangster ne sera pas considéré comme rentable. A noter qu'il recevra une nomination pour l'Oscar des meilleurs décors et pour celui de la meilleure actrice dans un second rôle concernant Rubby Dee. A l'heure actuelle, on a souvent tendance à le classer parmi les thrillers policiers les plus proéminents des années 2000 mais reste à voir si le tout remplit doctement son rôle.

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ATTENTION SPOILERS : Début des années 1970, New York. Frank Lucas a vécu pendant vingt ans dans l'ombre du Parrain noir de Harlem, Bumpy Johnson, qui en fait son garde du corps et confident. Lorsque son patron succombe à une crise cardiaque, Lucas assure discrètement la relève et ne tarde pas à révéler son leadership, son sens aigu des affaires et son extrême prudence, en prenant pour auxiliaires ses frères et cousins et en gardant un profil bas. Inconnu de la police comme des hautes instances de la Cosa Nostra, Lucas organise avec la complicité d'officiers basés au Vietnam un véritable pont aérien et importe ainsi par avions entiers des centaines de kilos d'héroïne pure, qu'il revend à bas prix dans les rues de New York. Tandis que Lucas amasse ainsi, en toute discrétion, une fortune colossale, l'inspecteur Roberts du NYPD enquête patiemment sur l'origine et le fonctionnement de ce marché parallèle d'un genre inédit, et finit par soupçonner l'insaisissable Frank Lucas.
Une étrange partie de cache-cache commence alors entre ces deux solitaires perfectionnistes dont les destins seront bientôt inextricablement mêlés.

Ridley Scott s'attaque à une lourde tâche puisque American Gangster est tiré d'une histoire vraie. Mais contrairement aux méticuleux désireux de reproduire l'histoire la plus fidèle possible, Scott, lui, opte pour une adaptation prenant quelques petites libertés par-ci par-là mais toujours en restant fidèle à sa trame. D'ailleurs, et ce n'est pas une blague, il faut savoir que les véritables Frank Lucas et Richie Roberts ont tous deux servis de conseillers techniques, laissant les deux acteurs principaux s'inspirer de leurs manières de parler et de leurs gestuelles respectives. On ne peut pas dire que la volonté d'être fidèle n'était pas de la partie. Au démarrage, une première scène choc démontre en très peu de temps que Frank Lucas n'est pas un tendre et qu'il peut partir en vrille à tout moment. Un choix génial car il intimide d'entrée de jeu le cinéphile par son recours à la violence disproportionnée.
C'est après cette charmante introduction que Scott va adopter sa structure scénaristique de base en prenant tout son temps à développer l'histoire. Un voyage dans le temps du plus bel effet dans un Harlem de fin des années 60 empêtré dans une criminalité de la vie de tous les jours, banalisée. Dans cet endroit sordide, le meurtre et surtout le trafic de stupéfiants sont monnaie courante. Les dealers et producteurs s'enrichissent sur le dos d'âmes en déshérence addictes à l'héroïne, cette drogue rendant très souvent dépendant après une seule prise. En plongeant dans la toxicomanie, ces personnes ont perdu pied avec la réalité, leur conscience et leur intégrité physique. Elles sont issues en grande partie du milieu populaire où il est nécessaire de faire la manche, se prostituer ou être endetté pour se rassasier de sa dope.

Les Etats-Unis sont plongés dans une période trouble. Ces individus laissés sur le côté et indésirables symbolisent l'échec d'un mode de gouvernance capitaliste qui n'a pas su tirer tout le monde vers le haut. Certains sont restés en bas et n'ont d'autres choix que d'oublier et s'évader dans un trip artificiel les rongeant mentalement petit à petit. En parallèle, le bourbier du Vietnam ne cesse d'apporter désolation, chaos et morts inutiles. Dans ce monde, tout est argent et ne rime qu'avec argent. Toutes les structures étatiques ou non dévoilent un appétit vorace pour le mercantilisme, l'enrichissement personnel à tout prix quitte à verser dans la plus totale illégalité.
L'armée américaine n'y échappera pas quand on sait les ravages de l'héroïne sur les soldats. Ceux-ci entretiennent des liens directs avec les producteurs et font transiter l'héroïne directement aux USA. De son côté, la police, censée être garante d'intégrité, de morale, de protection et de sécurité, s'est retrouvée totalement gangrénée par la corruption. Les saisies de stocks sont revendus par des policiers peu scrupuleux qui vont parfois jusqu'à la couper, soit faire perdre de sa pureté à la drogue par l'ajout d'adjuvants ou d'alcaloïdes. On peut donc en vendre plus et se faire plus d'argent. Business is business comme dirait l'autre. Nous évoluons donc dans une véritable société à la morale annihilée par le désir pécunier, prônant des valeurs libérales absurdes. Le clin d'oeil sera adressé au célèbre économiste Milton Friedman qui plaidait en faveur des vertus du marché libre et de la libéralisation de la drogue.

 

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Au milieu de tout cela, Frank Lucas désireux de reprendre les affaires de son ancien boss qu'il vénère. Lui aussi va adhérer aux valeurs capitalistes en faisant corps aux valeurs d'enrichissement personnel. Muni d'un costard cravate, il respecte les lois de l'américain modèle. Lève-tôt, discret, bien habillé, fréquentant la messe le dimanche, rien ne semble penser qu'il règne dans le trafic d'héroïne. Trafic qui entraînera sa famille et sa femme dans les travers pervertis de l'argent. Le rêve américain ne symbolise plus la grandeur de jadis. L'aide apportée à la société laisse place à l'intoxication des populations. D'une certaine manière, American Gangster pourrait s'apparenter à la gigantesque métaphore d'une politique capitaliste sans pitié comme nous pouvons en être témoin aujourd'hui mais les armes financières (taxes, hausse des prix...) ont remplacé la drogue et elles sont toutes aussi ravageuses.
Seul reste Richie Roberts qui semble être le dernier à ne pas s'être laissé gagner par l'appât du gain facile, pour, au final, mieux subir les railleries d'un pote flic toxicomane. "Les USA, une nation courant à sa propre perte", tel est le credo que nous pourrions en tirer. Ces deux personnalités que tout oppose vont alors s'affronter lentement mais sûrement. Roberts tient à se lancer dans une expédition punitive, alors que Lucas reste dans son petit monde à se gausser d'un hédonisme construit sur de futurs cadavres en devenir. 

Il faudra alors faire preuve de magnanimité pour savoir encaisser le film car sa longue durée n'aidera pas à fasciner ceux qui ont du mal avec des récits prenant leur temps de tout mettre en place. Mais comment reprocher la longueur quand il s'agit de scénariser l'odyssée d'un trafiquant de drogue légendaire ? Certains, mais tout est subjectif, pourraient aussi reprocher un manque de punch dans l'histoire. Il est vrai que les scènes énergétiques, les règlements de compte, les bagarres et meurtres ne sont pas du tout légion. Et pourtant, Scott arrive à capter en permanence notre attention.
Quelques baisses de régime sont à entrevoir, ce qui était somme toute prévisible, mais la mise en scène tient bien sur toute la longueur. En revanche, je dois bien avouer ce couac incompréhensible de ne pas doubler les scènes rajoutées dans la version longue. Ce n'est pas un problème si vous optez directement pour la VOSTFR mais en choisissant la VF, vous risquez d'avoir quelques surprises dans l'alternance de voix doublées et non doublées. On se questionne sur le pourquoi de cette situation, mais est-ce si grave que ça ? Au moins, ça nous incite à bosser notre audition en anglais. 

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On ne pourrait passer outre le bluffant professionnalisme dans sa reconstitution du New-York d'époque. A peu de choses près, on s'y croirait presque. Les avenues, le mobilier urbain, l'architecture, le style vestimentaire. Tout sonne pour nous embarquer dans un véritable voyage dans le temps. De plus, on remarquera vite une colorimétrie très spéciale où la prédominance de beige, de blanc et de brun est omniprésente. Ceci donne un cachet agréable à l'oeil, le tout en synergie avec de très beaux plans. Côté son, le tout tient la route bien que nos oreilles ne s'en souviendront pas pour toute notre vie. Enfin, parlons maintenant un peu plus des acteurs.
Sans trop de surprise, la palme revient à Denzel Washington mêlant bien sa tête de petit ange à celle d'un trafiquant sadique notoire. Son sérieux, son air parfois enjoué, ses rires peuvent parfois laisser place à un malade extériorisant toute sa furie interne, parfois même sur sa propre famille. En revanche, si Russell Crowe se débrouille correctement, il ne transcende jamais totalement son personnage. Un peu dommage ! Les autres acteurs assureront aussi derrière. On peut mentionner Chiwetel Ejiofor, Josh Brolin, Ted Levine, Rubby Dee, Lymari Nadal Torres, John Hawkes, John Ortiz, Clarence Williams III, Armand Assante et RZA.

Il est, par conséquent, indiscutable que American Gangster remplit aisément son office pour nous offrir un périple tout à fait plaisant dans des Etats-Unis nécrosés par la violence reine tant en son sein qu'à l'extérieur. Plus profond qu'il n'en a l'air dans sa représentation de Frank Lucas comme pur produit du libéralisme et du consumérisme, Scott nous invite à nous interroger et à dénoncer une justice désuète, une absence totale d'éthique chez ceux qui font respecter la loi et, qui plus est, une cohésion inexistante dans ces instances. Ca ne met, en effet, pas en confiance de savoir que le flic à côté de soi est honnête quand on est pourri jusqu'à la moelle par les pots-de-vin. Une belle réflexion et plongée dans le trafic de drogue 70's qui aurait gagné à être un peu plus étoffé et couillu.
Un peu plus de dynamisme n'aurait pas fait de mal. Quelques facilités scénaristiques auront du mal à passer. Le fait de voir la femme de Frank Lucas adhérer aussi facilement à ce milieu, c'est un peu étonnant. Même constat pour sa propre mère ! Mais que soit, sans arriver au même niveau que les grands classiques cités en début de chronique, American Gangster nous fait passer un beau moment de cinéma aux senteurs nocives de Blue Magic.

 

Note : 15/20

 

 

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