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Genre : Shockumentary, documentaire, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2006

Durée : 1h35

 

Synopsis : Ce documentaire, qui explore les aspects les plus sombres de la nature humaine et de la psyché, s'intéresse à ces individus qui ont choisi de mettre fin à leurs jours en sautant du légendaire Golden Gate Bridge en 2004. 

La critique :

Je sais ce que vous devez songer et même ce que vous devez déclamer, gloser, pérorer et décrier : encore un shockumentary sur Cinéma Choc ! Oui, je corrobore vos irascibilités et vos pondérations circonstanciées. Dans son outrecuidance, son indécence et son incompétence crasse, le blog vous assène un nouveau shockumentary dans ses colonnes éparses. Lors d'un billet spécial, intitulé "Les mondo, les shockumentaries et les death movies : ceux qu'il faut retenir", (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/16/37426599.html), Cinéma Choc se polarisait sur ces prétendus documentaires transis d'authenticité et de véracité.
Contre toute attente, ces registres souvent rutilants se sont pas toujours synonymes d'impudicité, de barbarisme à tous crins, ni de décadence.

Par exemple, si le "Mondo" acte et officialise sa naissance via le bien nommé Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Max Cavalari et Franco Prosperi, 1962), en se centrant sur les us et les coutumes de peuplades séculaires, il peut aussi revêtir les oripeaux de long-métrage préventif. Ainsi, dans le cas de La Bombe - The War Game (Peter Watkins, 1962), le shockumentary devient un outil politique, idéologique, eschatologique et funeste contre les effets délétères de la radioactivité, et en particulier sur les conséquences pernicieuses d'une Troisième Guerre mondiale putative.
Impression corroborée par la sortie de Threads (Mick Davis, 1984), un autre shockumentary qui se focalise lui aussi sur les jours post-atomiques, en suivant le triste fatum d'une matriarche et de sa nouvelle progéniture.

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Dans le même sillage et continuum, German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944/2014) explore certaines facettes cachées de la Seconde Guerre Mondiale et plus précisément l'ouverture de certains camps de concentration allemands. Dans un tout autre style, Black Metal Veins (Lucifer Valentine, 2012) scrute et analyse les effets néfastes de la cocaïne et de l'héroïne, ainsi que cette accoutumance qui finit par voir agonir et dépérir quelques individus lambda dans un appartement vétuste. Après avoir sondé la mort, la déréliction (Faces of Death, John Alan Schwartz, 1978), la toxicomanie, une hypothétique Troisième Guerre mondiale, un monde radioactif, ainsi que les écueils et les corollaires de la Seconde Guerre Mondiale, le shockumentary ne s'était pas encore polarisé, tout du moins à notre connaissance, sur le suicide.

Certes, dans certains death movies adventices, certains suicides étaient relatés, mais ne faisaient aucunement l'objet d'une introspection chagrinée. Selon le site Wikipédia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide), le suicide "est l’acte délibéré de mettre fin à sa propre vie. À l'échelle mondiale, environ un million de personnes se suicident chaque année. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le suicide est la treizième cause de mortalité dans le monde, tout âge compris, et parmi les premières causes de mortalité chez les jeunes. Les tentatives de suicide sont estimées entre dix et vingt millions chaque année dans le monde".
Ce phénomène brutal et mélancolique est par ailleurs le principal leitmotiv de The Bridge, réalisé par la diligence d'Eric Steel en 2006. 

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Ce cinéaste américain est surtout connu pour ses talents de producteur via sa participation à des oeuvres telles que Les cendres d'Angela (Alan Parker, 1999), A tombeau ouvert (Martin Scorsese, 1999), Shaft (John Singleton, 2000), et Julie et Julia (Nora Ephron, 2009). Selon nos sources, The Bridge reste, pour le moment, la seule et unique réalisation d'Eric Steel. Il s'agit également de son long-métrage le plus proverbial et pour cause... Puisque ce documentaire a fait l'objet de nombreuses saillies lors de sa présentation aux Etats-Unis.
En raison de son sujet tumultueux, à savoir les suicides à profusion sur le pont du Golden Gate Bridge, ce shockumentary sera prestement censuré, puis interdit de diffusion, que ce soit sur le territoire américain et même dans nos contrées hexagonales. 

Ce pont faramineux est même classé parmi les sept merveilles du monde et constitue le monument le plus notoire de San Francisco. Pourtant, depuis sa construction en 1937 jusqu'en 2014, le nombre de suicides serait estimé à plus de 1400 personnes (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_du_Golden_Gate). Avec un sujet aussi spinescent, on subodore aisément les difficultés et les impérities d'Eric Steel pour ériger un tel shockumentary, d'autant plus que les scènes de suicides sont hélas bien réelles et révulsent durablement les persistances rétiniennes.
Telle est, par ailleurs, l'exégèse de The Bridge. Attention, SPOILERS ! (1) The Bridge est un documentaire d'Eric Steel sorti en 2006. Il s'agit d'un documentaire choc et déprimant, traitant des 24 suicides qui ont eu lieu du haut du Golden Gate Bridge de San Francisco en 2004. 

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Eric Steel a filmé, pendant un an, le célèbre pont ainsi que les tristes fins de vie de 23 personnes. Il a également interviewé les familles des victimes, les témoins des suicides, ainsi qu'un survivant" (1). A travers ces témoignages, The Bridge tente d'analyser et de discerner la vie de toutes ces victimes et de comprendre les éventuelles raisons qui les ont amenées à commettre l'acte fatal. Si ce shockumentary n'a pas pour aspérité de procéder à une diatribe politique ni idéologique sur notre société eudémoniste, il reste néanmoins controversé en proposant une vision sociologique de tous ces êtres humains contristés et désabusés qui finissent par franchir la rembade, et à se jeter précipitamment pour finalement exhaler leur dernier soupir. Ce sont donc la psychasthénie, le désarroi et le désenchantement qui parsèment et émaillent ce shockumentary sincère et émotionnel.

Autant l'annoncer sans ambages. Même si le film d'Eric Steel n'a pas pour velléité de jouer sur les théorèmes de la surenchère, la complaisance et le sensationnel, il montre néanmoins cinq véritables séquences de suicide, de quoi révulser les néophytes et même les thuriféraires habituels du cinéma trash et underground.
Pour comprendre ce phénomène, le documentaire procède à une sorte d'analyse systémique en laissant la parole aux témoins de ces suicides, ainsi qu'à leurs entourages et à leurs familles respectives. Certes, à ce cheminement funeste et rédhibitoire, on retrouve presque à chaque fois une accoutumance aux substances illicites, l'existence d'une neurasthénie mentale, des troubles psychopathologiques, ainsi que la prégnance et la prévalence d'un mal de vivre.
Tous ces éléments anamnestiques expliquent en partie ces autolyses, emportant avec elle une famille entière, ainsi que l'affliction et la consternation.

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Mais, nonobstant ces moments d'égarement et cette résipiscence qui nimbe ce documentaire, The Bridge n'a pas vraiment pour vocation de prodiguer de plus amples explications. Sur la forme comme sur le fond, ce shockumentary s'apparente à un hommage saisissant à toutes ces personnes qui sont décédées parfois dans l'anonymat et l'égotisme vulgarisé. Au détour d'une anecdote à fortiori superflue, la réponse est aussi irrévocable que péremptoire. Les suicides s'amoncellent sur le pont du Golden Gate, à tel point qu'ils sont devenus quelconques et même des phénomènes ordinaires ; un didactisme qui témoigne, entre autres, du mal-être et de l'égocentrisme qui règnent arrogamment dans notre société consumériste et contemporaine. Toutefois, exempt son sujet révoltant et presque assourdissant, The Bridge n'est pas exempt de tout grief.

En un sens, on peut comprendre les arguties et les invectives de ses nombreux contempteurs. En outre, le documentaire n'offre, in fine, aucune explication sociétale sur le thème du suicide, même si on dissémine çà et là quelques explicitations élusives. Sur ce dernier point, The Bridge apparaît comme un shockumentary idiosyncrasique, voire anthropocentrique. En résumé, chaque personne, chaque témoin ou chaque victime survivante a sa propre façon de réagir face à ce geste ultime et souvent fatal. Chaque individu adapte donc son comportement et ses propres émois à l'aune de ces circonstances souvent désastreuses. De facto, ce documentaire joue exclusivement la carte de l'émotionnel.
Or, on aurait aussi apprécié qu'Eric Steel affine et peaufine davantage sa thématique proéminente. Que soit. Hormis ses carences et ses impondérables, force est de constater que The Bridge remplit doctement son office. Après le générique final, les divers témoignages et saynètes d'autolyse révulsent, bouleversent et poursuivent invariablement notre psyché en déliquescence. 

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.sebmagic.com/article-the-bridge-les-suicides-du-golden-gate-bridge-56745663.html