the mother baby blues

Genre : horreur, gore, trash, slasher (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h25

Synopsis : Elle vient d’accoucher. Elle a déjà 3 enfants. Seule dans une ferme isolée avec ses 4 gamins, elle craque… Elle prend une décision monstrueuse : tuer ses enfants. Ceux-ci vont devoir se défendre par tous les moyens… 

 

La critique :

Selon les sites médicaux, sanitaires et sociaux spécialisés, le baby blues est une sorte de syndrome dépressif qui concerne certaines femmes suite à l'accouchement. Le trouble se caractérise par une mélancolie, une humeur labile, une perte d'appétit, des insomnies récurrentes et difficultés à se concentrer (Source : https://www.parents.fr/accouchement/psycho/les-symptomes-du-baby-blues-79071). Cependant, le baby blues n'est pas considéré comme une maladie à part entière, mais - derechef - comme un syndrome dépressif post-natal qui survient inopinément.
La symptomatologie peut devenir inquiétante si elle excède les 15 jours de neurasthénie et de désenchantement. Ce thème, aussi énigmatique que spinescent, n'est jamais - ou alors peu ou prou - abordé par les médias.

Même la médecine pédiatrique reste pantoise devant ces quelques cas qui reste, à priori, rarissimes. L'analyse anamnestique du baby blues reste sujette à de multiples interrogations et louvoiements, mais ce syndrome semble affecter quelques matriarches suite à la naissance de leur progéniture. A fortiori, le cinéma horrifique ne s'était jamais focalisé sur cette thématique, si ce n'est à travers la paranoïa foudroyante de Rosemary Woodhouse dans le film Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968). Et encore, dans le cas de cette parturiente, l'enfant attend impatiemment sa naissance et doit édifier les premiers relents et linéaments du futur Armageddon, un complot savamment fomenté et orchestré par une secte satanique.
Mais excepté le cas de Rosemary's Baby, qui abordait avec circonspection le baby blues, préférant se focaliser sur les délires paranoïdes de son héroïne, le cinéma d'épouvante se montrait plutôt pingre et lapidaire sur cette question fuligineuse.

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Avec The Mother, sorti en 2008, le cinéaste Amar Kaleka aborde sans fard ce sujet nébuleux. Pour la faribole superfétatoire, le film est également connu sous plusieurs intitulés, notamment Cradle With Fall et Baby Blues. Quant au metteur en scène d'origine indienne, sa carrière cinématographique débute vers le milieu des années 2000. Selon nos sources, en particulier le site IMDb (Référence : https://www.imdb.com/name/nm2394430/), rien ne prédestine Amar Kaleka à obliquer vers le cinéma gore. A fortiori, le réalisateur semble affectionner davantage les courts-métrages et les documentaires. On lui doit notamment Sirius (2013), Wamba (2010) et Sex Culture Paris (2008), soit autant d'essais inconnus et inédits dans nos contrées hexagonales.
A l'heure actuelle, The Mother reste donc le long-métrage le plus proverbial d'Amar Kaleka, une popularité néanmoins à minorer puisque le film n'a pas connu l'heur d'une sortie dans les salles obscures.

En l'occurrence, The Mother - Baby Blues doit se départir et se colleter avec une concurrence apoplectique en la matière et par l'entremise du support vidéo. De surcroît, les critiques se montrent plutôt pondérées. Si certaines brocardent un schéma narratif un peu trop élusif, ainsi que certaines facilités scénaristiques, d'autres reconnaissent son caractère brutal et irrévocable. Reste à savoir si The Mother justifie (ou non) son visionnage, ainsi que notre appétence dans nos colonnes éparses. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de ce film d'horreur risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Colleen Porch, Aiden Kersh, Ridge Canipe, Holden Thomas, Sean Johnson, Kali Majors et Joel Bryant ; mais j'en doute...
En raison d'un budget que l'on devine anémique, The Mother fait figure de production indépendante et semble condamner à croupir dans les affres de la désuétude.

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Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film ! Attention, SPOILERS ! (1) Une mère, à la tête d’une imposante marmaille, tombe en dépression post-partum (ou pré-neopausum, c’est selon). Alors que son mari, chauffeur-routier de son état, part pour une nouvelle odyssée nocturne sur les nationales (1), la jeune femme est en proie à des hallucinations de plus en plus prégnantes et foudroyantes. Après avoir estourbi le fils aîné de la famille, elle s'en prend au reste de sa progéniture, sombrant dans une psychopathie meurtrière. Certes, en guise de préambule, le film se nimbe de l'admonition suivante : le scénario de The Mother s'inspire d'une histoire bien réelle.
Ce n'est pas la première fois qu'un torture porn, mâtiné de slasher, nous invective de la scansion du fait divers.

En vérité, The Mother s'inscrit dans le sillage et le continuum de Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1977) et de Le Village des Damnés (Wolf Rilla, 1960). Seule dissimilitude et pas des moindres, dans The Mother, ce ne sont pas les marmots qui s'insurgent et se regimbent contre l'autorité patriarcale, ainsi que contre leur parentèle, mais une mère de famille qui est subrepticement assaillie par des fantasmagories psychopathiques. Il est donc question ici de parricide et d'infanticide, un sujet qui reste caution à la polémique et à la controverse.
En l'occurrence, Amar Kaleka n'a pas pour velléité d'explorer ni de discerner les causes de cette dissociation mentale. Certes, on voit poindre, çà et là, quelques éléments succincts et éventuellement explicatifs, comme cette sensation d'abandon et d'esseulement dans un décor agreste et rudimentaire.

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La rusticité vient donc s'accoler à une débauche de frénésie et de violence. De facto, The Mother s'approxime à un huis clos souvent approximatif qui confronte seulement quatre protagonistes, à savoir une maternelle acariâtre et ses trois gosses chignards. A l'aune des forces en présence, on subodore aisément la suite des animosités. La mère, par ailleurs anonyme, étrille sans barguigner sa fillette et son fils cadet. Seul le fiston le plus âgé échappe au courroux acéré de sa mère écervelée. Indubitablement, Amar Kaleka et son scénariste, Lars Jacobson font preuve d'ingénuité, surtout lorsque les deux grimauds s'attèlent sur la psyché en déliquescence de la marâtre bilieuse.
Côté interprétation, ce sont surtout les jeunes comédiens, particulièrement en verve, qui chipent la vedette au casting adulte.

Dans le rôle de la mère atrabilaire, Colleen Porch ne laissera pas des réminiscences indélébiles, loin de là. A contrario, The Mother terrorise et atteint allègrement sa cible par cette peur indicible qu'il parsème en filigrane. Là où certaines productions auraient joué la carte de la suggestion ou auraient miséricordieusement épargné la marmaille, The Mother dilapide, massacre et brutalise sans ciller la progéniture. C'est cette même âpreté, ainsi que ce minimalisme qui confèrent à The Mother - Baby Blues un certain raffinement stylistique. Il est donc question ici d'un cas de psychasthénie sévère, ni plus ni moins. Rarement, le cinéma d'horreur aura mis en exergue une mère aussi revêche, rétrograde et horripilante. Sur ce dernier point, The Mother remplit doctement son office.
Malencontreusement, on pourra légitimement grommeler sur cet épilogue final inconvenant et capillotracté. Mais pour une série B aussi impécunieuse, The Mother reste assurément une production surprenante, aussi rutilante que déconcertante.

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/Mother-The