une prière avant l'aube

Genre : drame, boxe (interdit aux - 16 ans)

Année : 2018

Durée : 1h57

 

Synopsis : L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l'autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste. 

La critique :

L'univers carcéral continue toujours de passionner le noble Septième Art. En outre, il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Les_30_Meilleurs_Films_sur_l_univers_carceral_la_prison_la_t/660968 pour glaner et déceler la liste des trente meilleurs films sur le monde pénitentiaire. Ce registre cinématographique côtoie tantôt la romance, tantôt la dramaturgie humaine, parfois le fantastique et même occasionnellement l'épouvante.
Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Les Evadés (Frank Darabont, 1994), Un Prophète (Jacques Audiard, 2009), Midnight Express (Alan Parker, 1978), L'évadé d'Alcatraz (Don Siegel, 1979), La Ligne Verte (Frank Darabont, 1999), La Grande Evasion (John Sturges, 1963), ou encore Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973) parmi les classiques somptuaires et sérénissimes.

Vient également s'apposer Une Prière Avant l'Aube, un long-métrage réalisé par la diligence de Jean-Stéphane Sauvaire en 2018. Une Prière Avant l'Aube est une production franco-britannique présentée en compétition officielle lors du festival de Cannes 2017 dans la section Midnight Screenings. La carrière cinématographique de Jean-Stéphane Sauvaire débute vers l'orée des années 1990. A l'époque, l'artiste polymathique officie en tant qu'assistant-réalisateur. Il affûte son style et ses arguties sur Les Nuits Fauves (Cyril Collard, 1992), Les grandes bouches (Bernie Bonvoisin, 1999), Seul contre tous (Gaspar Noé, 1999), Sous les pieds des femmes (Rachida Krim, 1997), Hors-Jeu (Karim Dridi, 1998), Louise - Take 2 (Siegfried, 1998), ou encore Love Me (Laetitia Masson, 2000).
Puis, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, il s'attelle à la confection de plusieurs courts-métrages, notamment La Mule (1998) et A Dios et Matalo (2000), avant de signer, à postériori, ses tous premiers longs-métrages.

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Jean-Stéphane Sauvaire connaîtra son premier succès critique et commercial via Johnny Mad Dog (2008), un film qui obtient le Prix Espoir lors de sa présentation au festival de Cannes (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-St%C3%A9phane_Sauvaire). A fortiori, le metteur en scène affectionne tout particulièrement ces personnages brisés par un triste fatum et se polarise tout particulièrement sur cette période juvénile en déliquescence, un syllogisme qu'il corrobore avec Une Prière Avant l'Aube, sa dernière réalisation en date.
Le film s'inspire à la fois de l'histoire vraie de Billy Moore et de son opuscule autobiographique, A Prayer Before Dawn : A Nightmare in Thailand, publié en 2014. Si Une Prière Avant l'Aube n'a pas forcément bénéficié d'une sortie massive dans les salles obscures, le métrage se distingue dans divers festivals, entre autres ceux de Strasbourg, Liège et Béaune.

En l'occurrence, Une Prière Avant l'Aube a toutes les peines du monde à être diffusée au cinéma, principalement en raison de son âpreté et de sa violence. A cet égard, le métrage s'auréole d'une interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, Une Prière Avant l'Aube se taille une solide réputation sur la Toile et les réseaux sociaux. Certains cinéphiles panégyristes évoquent carrément le ou l'un des meilleurs films de l'année 2018, rien que ça ! De quoi raviver l'appétence de Cinéma Choc dans ses colonnes éparses... Reste à savoir si ce drame autobiographique mérite de tels dithyrambes et de tels satisfécits dans les coursives du blog. Réponse à venir dans les lignes et les linéaments de cette chronique... La distribution du film ne risque pas de vous évoquer grand-chose et pour cause...
Puisque le casting se compose, entre autres, de véritables détentionnaires. 

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Seul Joe Cole fait figure d'exception puisqu'il s'agit d'un comédien professionnel. Viennent également s'agréger Vithaya Pansringarm, Nicolas Shake, Panya Yimmumphai, Pornchanok Mabklang, Billy Moore "himself", Komsan Polsan, Chaloemporn Sawatsuk et Sakda Niamhom. Attention, SPOILERS ! (1) Billy Moore est un jeune britannique qui a fui sa famille et essaye de s'adapter à la vie en Thaïlande. Il s'entraîne à la boxe thaïe (Muay-thaï) et fait des combats pour gagner des primes. Mais il est impulsif et violent, ce qui s'aggrave encore par la consommation de yaba, une méthamphétamine locale très répandue. La police le surveille et il finit par être arrêté pour usage de drogue et se retrouve en prison avec la pègre et les gangs thaïlandais. Dans un climat de violence quotidienne, ne parlant pas la langue, il arrive à survivre, sans aide extérieure car personne ne sait qu'il est incarcéré.

Les prisons formant des équipes de Muay-thaï en vue de championnat interne, il arrive, à force de volonté et de travail, à se faire engager dans le groupe des boxeurs, mais il est atteint d'une hernie interne qui peut à tout moment l'emporter. Il finit par remporter son combat et rencontre finalement son père qui est venu s'occuper de lui (1). Autant l'annoncer sans ambages. Une Prière Avant l'Aube est un film à la fois brutal, percutant et qui n'a pas à rougir de la métaphore avec Midnight Express. Pour souvenir, le long-métrage d'Alan Parker dénotait pour son barbarisme et son primitivisme triviaux. Ainsi, ce drame intimiste s'ingéniait à rosser et à rabrouer un petit trafiquant de drogue sans envergure. Ce dernier connaîtra l'enfer, tout comme Billy Moore dans Une Prière Avant l'Aube.
Les prisons thaïlandaises coalisent à elles seules toutes les conditions insalubres pour s'avilir dans une neurasthénie irrépressible.

une prière avant l'aube

Les détentionnaires sont ainsi parqués par dizaine dans une seule et unique cellule et sous un soleil de plomb. Les matons ne badinent pas et n'hésitent pas à rudoyer les taulards un peu trop frondeurs. Derechef, c'est la loi du plus fort qui prévaut et prédomine. La drogue, les rixes et les viols parsèment le quotidien de ces cellules vétustes. En l'occurrence, Billy Moore doit se colleter à une autre barrière. Le captif doit aussi se départir avec l'idiome local, ainsi qu'avec certains us et coutumes culturels et séculaires. Le jeune homme infortuné ne pige absolument rien des élocutions marmonnées par ses interlocuteurs. Ces derniers se transmutent prestement en assaillant.
A fortiori, Billy Moore semble condamner à croupir et à agonir en prison... Inexorablement... Son aptitude pour la boxe sera la manne providentielle.

C'est ainsi qu'il s'attire (et s'attise...) une certaine déférence auprès de ses congénères. Sagace, Jean-Stéphane Sauvaire filme sa dramaturgie comme une sorte de documentaire, l'objectif étant de conférer à ce parcours sordide l'aspect le plus réaliste possible. De facto, le spectateur est sommé de plonger en immersion avec le protagoniste principal du film. Dès lors, Une Prière Avant l'Aube adopte un point de vue anthropocentrique. Nonobstant ses omissions, le héros n'emprunte pas vraiment (du tout...) le chemin de la rédemption, loin de là... 
Pour obtenir quelques cigarettes, voire quelques substances illicites, Billy s'accointe et s'acoquine avec des gangs locaux, ainsi qu'avec des garde-chiourmes retors, partiaux et pusillanimes. Il tabassera et assassinera certains de ses compères pour survivre.

En filigrane, c'est aussi la violence qui émaille un quotidien abrupt. La nuit, certains détenus frêles et fébriles sont victimes de viols collectifs sous les yeux éberlués de Billy Moore. Pour s'en sortir et espérer des jours plus cléments, le boxeur crâne devra retourner sur le ring et prouver sa vaillance, ainsi que son opiniâtreté durant des combats sanguinolents. Cette âpreté réitère cette hargne vindicative, le risque étant d'exhaler son ultime soupir. A maintes reprises, Billy Moore passera de la vie au coma, coudoyant ainsi le dernier trépas. On comprend mieux le plébiscite autour de ce drame poignant, nihiliste et irrévocable. Ici, point de happy-end. Pour survivre, le héros doit incessamment faire montre de rugosité, de robustesse et de résilience. Jean-Stéphane Sauvaire sait qu'il peut escompter sur la performance ébouriffante de Joe Cole, totalement investi dans son rôle.
Vous l'avez donc compris. Une Prière Avant l'Aube n'a donc rien à envier à une concurrence pourtant apoplectique en la matière. On tient là le ou l'un des tous meilleurs films de genre, mais à réserver à un public particulièrement averti.

 

 

Note : 16.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_pri%C3%A8re_avant_l%27aube