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Genre : Expérimental, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1990

Durée : 8 minutes

 

Synopsis :

Un jeune lycéen s'endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d'étranges signes sont inscrits au tableau.

 

La critique :

Avec le temps et les nombreux billets que j'ai pondus, vous avez pu constater que je nourris une affection toute particulière pour chroniquer "l'inchroniquable" (ce n'est pas français, je le sais...). Chauffer ses neurones à blanc est un plaisir que j'aime m'infliger de temps en temps. Pas trop souvent non plus pour ne pas sombrer dans les affres de l'exaspération ! Je ne reviendrai pas sur tous les cas de compétition auxquels je me suis attaqué car il y a fort à parier que vous les détecteriez par vous-même. Le dernier en date n'est autre que le film ayant précédé celui-ci. Une énième pépite du canadien Guy Maddin du nom de Careful. Mais exit le Canada pour faire place à un climat plus exotique, en l'occurrence celui de l'Espagne. Oui, Nacho Cerdà fait son grand retour sur le blog pour achever sa prestigieuse "Trilogie de la Mort", comme il le dit si bien. Débutée avec Aftermath via la verve légendaire de notre cher ami Alice In Oliver, j'ai pu avoir l'honneur de parler de son segment le plus célèbre, à savoir Genesis. Un splendide court-métrage digne de figurer parmi les meilleures expérimentations dramatiques du Septième Art.

Mais si Aftermath se distinguait par sa violence hors norme et sa fatidique interdiction aux moins de 18 ans, Genesis se montrait nettement plus pondéré en balayant la quasi-totalité de la violence de son frère aîné. Toutefois, nous n'avions pas encore parlé du cas de The Awakening qui n'est, à la fois, autre que le premier segment de sa trilogie mais aussi son premier métrage. Je me permets de préciser directement que l'interdiction aux moins de 16 ans ne provient que de sa présence aux côtés d'Aftermath car il est dénué absolument de la moindre once quelconque de violence. Une façon de faire de sa trilogie un objet hétéroclite sujet à diverses expérimentations.
Mais autant vous prévenir que, compte tenu de sa durée rachitique, The Awakening ne sera pas à l'origine d'un billet de 10 paragraphes. A cela vous rajoutez sa dimension énigmatique n'arrangeant rien histoire de nous faciliter la vie en en parlant et vous avez le cahier de charge qu'il faut pour une petite épreuve à fournir un lendemain de soirée pour le coup modérément alcoolisée. Ce qui fait du bien de temps en temps !

 

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ATTENTION SPOILERS : Un jeune lycéen s'endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d'étranges signes sont inscrits au tableau.

Pourtant, n'allez tout de même pas croire qu'il n'y a rien d'intéressant à tirer de ce (très) court-métrage ! Certes, s'il a été créé du temps où Cerdà était encore étudiant et qu'il n'avait pas encore toutes les compétences nécessaires, difficile que de faire la fine bouche devant une réussite mâtinée d'originalité et d'ésotérisme. Vraisemblablement, le cinéaste est fasciné par le destin de l'âme après la mort, lorsqu'elle quitte son enveloppe charnelle la limitant à notre propre réalité sur Terre. En l'occurrence, celle-ci n'est pas consciente de sa transition entre deux mondes lors de l'instant fatidique de la mort. L'apprentissage de ce nouvel état, cette prise de conscience caractéristique se fait dans une salle de classe. Un lieu qui n'a pas été choisi au hasard vu que ce décor est le lieu de l'apprentissage, du travail cognitif ou tout simplement de l'esprit. Peu importe son enfermement dans l'enveloppe humaine, la prise de conscience est une immuable vérité. Celle-ci frappera un élève visiblement fainéant, somnolent en classe et dont les notes scolaires ne sont guère éloquentes, loin de là car elles sont même très mauvaises. Cette prise de conscience aurait-elle été plus immédiate si l'élève avait été premier de la classe ? Un apprentissage plus assidu aurait il pu "travailler" cette âme à cohabiter plus rapidement avec cette classe frappée par un temps gelé dont le rapprochement avec les limbes apparaît explicite avant de rejoindre l'au-delà ? Ces deux questions méritent d'être posées. 

Ces 8 minutes se verront à suivre son incompréhension. Il ne comprend pas ce qu'il se passe, incapable d'émettre le moindre son si ce n'est l'effroi sur son visage et la paralysie vocale. Il est incapable d'ouvrir la porte, alors que l'environnement se verra frappé de situations mystérieuses. La première concerne l'assemblée le fixant à un certain moment. Un point pour le moins nébuleux dont on a bien du mal à mettre une explication métaphysique. Des symboles religieux récurrents s'affichent au tableau, notamment la croix chrétienne, ainsi que l'Oeil de la Providence (ou oeil omniscient) représentant l'œil de Dieu exerçant sa surveillance sur l'Humanité.
Ce n'est qu'à la fin qu'il apprendra qu'il a été frappé dans le monde réel par une crise cardiaque l'ayant passé de vie à trépas, le tout avec les inquiétudes des écoliers et du professeur. Il ne peut alors qu'accepter cette fatalité de quitter ce monde et toutes les personnes qui l'ont entouré. A n'en point douter que The Awakening causera quelques craintes aux personnes cardiaques en priorité, mais aussi à tout un chacun.

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Parlons maintenant de l'image en elle-même et comme vous vous en doutez, il n'y a aucune velléité à ce que le film soit esthétique. Le tout est somme toute très classique avec, forcément, un seul décor tout ce qu'il y a de plus anodin. On reconnaît clairement une certaine forme d'académisme dans la manière de filmer et de mettre en scène avec un budget que l'on estime aussi élevé que le salaire d'un fermier péruvien. Mais le tout reste correct sans pour autant vibrer nos rétines. Pour la bande sonore, on ne s'éternisera pas davantage dessus car elle reflète à merveille l'atmosphère inquiétante de la micro-pellicule en étant glauque et glaciale. Un très bon point de ce côté-là !
Pour finir, on ne pourra pas vraiment parler de jeu d'acteur. Nacho Cerdà s'est dit qu'il serait bien pour lui d'incarner le professeur. Sinon l'immobilisme de la situation ne nous permet pas de juger ce paramètre. Le héros principal se débrouille mais, encore une fois, inutile de rechercher des performances de prestation.

Comme promis car une promesse est une promesse, la chronique s'achève enfin en bouclant la Trilogie de la Mort sur Cinéma Choc. Pour le coup, je dois bien avouer ma satisfaction d'avoir abouti à quelque chose de plutôt long pour la très maigre durée que nous offre The Awakening. Ceci dit, il aurait été inutile de s'éterniser davantage sous peine de causer la fatigue d'un cinéphile intrigué tenant à découvrir le fin mot de l'histoire. Bien avant le naturalisme d'Aftermath et le lyrisme de Genesis, Cerdà s'était penché sur une approche ésotérique de la mort avec tous les questionnements spirituels qui vont de pair. Esotérisme, naturalisme et lyrisme, tels sont les 3 points reliant cette trilogie en un ensemble cohérent et hétéroclite apportant 3 visions différentes de la mort.
Mais si The Awakening est sans surprise l'opus le moins intéressant de tous, il a le mérite de nous interpeller sur le sort de notre âme après le passage de la Grande Faucheuse. Qu'advient-il de notre conscience une fois mort ? Autant d'interrogations planant dans l'esprit de tous les éléments composant notre société humaine et toutes ayant au-dessus d'elles cette épée de Damoclès que nous appelons la mort.

 

Note : 13/20

 

 

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