halloween 6

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans en France, interdit aux - 16 ans dans d'autres pays)
Année : 1995
Durée : 1h28

Synopsis : Dix ans après avoir terrorisé la petite ville d'Haddonfield et avoir disparu avec sa nièce Jamie, le psychopathe Michael Myers, protégé par une bande de sorciers maléfiques, revient sur les lieux de ses sanglants méfaits. Jamie, elle, donne naissance au fils de Michael Myers et appelle une nouvelle fois le docteur Loomis à l'aide. 

 

La critique :

Difficile d'invoquer la saga Halloween sans se polariser sur son historique, ainsi que sur ses éléments anamnestiques. Tout commence à la fin de la décennie 1970, John Carpenter n'a jamais caché sa dilection, voire son effervescence pour le slasher Black Christmas (Bob Clark, 1974), un film d'horreur souvent considéré comme le long-métrage prodrome en matière de slasher. En outre, le maître de l'épouvante réitère le même syllogisme sociopathique qu'il transpose le soir de la fête d'Halloween. Avec Halloween, la nuit des masques (1978), John Carpenter crée et invente une nouvelle forme de croquemitaine, une sorte de psychopathe qui semble entretenir une sorte de contiguïté avec la démonologie et les esprits méphistophéliques.
Hargneux, froid, délesté du moindre sentiment humain, Michael Myers s'évade de l'asile psychiatrique pour étriller des éphèbes estudiantins.

Dans cet aéropage juvénile, la jeune Laurie Strode dénote pour sa pudibonderie ostensible. Par chance, elle échappera à l'opinel acéré du maniaque affublé d'un masque d'albâtre. La terreur est en marche et personne ne pourra juguler cette frénésie de violence, pas même le docteur Loomis, le psychiatre désigné de Michael Loomis. Un second chapitre, Halloween 2 (Rick Rosenthal, 1981), est donc réalisé dans la foulée. Précautionneux, John Carpenter diligente la production de ce second opus. Certes, cette suite baguenaude sur le sillage et le même continuum que son auguste devancier, tout en prodiguant de précieuses informations sur son mystérieux croquemitaine, ainsi que sur cette étrange filiation qui s'imbrique entre lui et Laurie Strode. Malencontreusement, le public, probablement suspicieux, semble décontenancé par les nouvelles pérégrinations meurtrières de Michael Myers. 

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Les scores et les recettes d'Halloween 2 se soldent par une rebuffade commerciale lors de son exploitation dans les salles. Chagriné, John Carpenter décide de tangenter vers de nouvelles directions nébuleuses. Ce sera Halloween 3 : le sang du sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982). Cette fois-ci, Michael Myers est carrément évincé des animosités psychopathologiques. Certes, cette nouvelle débauche de crimes et de déprédations se déroule toujours le soir d'Halloween. Indubitablement, Halloween 3 s'approxime à un épisode dénotatif, voire transgressif dans une franchise, in fine, erratique. Les thuriféraires du matériel originel ne discernent guère l'aspect digressif de ce nouvel opus et admonestent un film qu'ils jugent rétrograde. John Carpenter fulmine et décide de laisser la franchise à de vulgaires cacochymes. Sous l'égide de véritables tâcherons, la saga n'illusionne guère les laudateurs de longue date.

Ainsi, Halloween 4 - Le retour de Michael Myers (Dwight H. Little, 1988) et Halloween 5 - La revanche de Michael Myers (Dominique Othenin-Girard, 1989) envoient le croquemitaine se colleter avec une fillette douée de pouvoirs télékinésiques. Si ces deux nouveaux chapitrent se soldent par un certain succès commercial, ils sont unanimement tancés et rabroués par des critiques dubitatives. Le déclin de la saga est en marche et c'est dans ce contexte peu flatteur qu'est envisagé Halloween 6 - La Malédiction de Michael Myers, réalisé par la diligence de Joe Chappelle en 1995. Ce film constitue la seconde réalisation du metteur en scène, juste après Thieves Quartet (1994), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales.
Joe Chappelle rempilera dans le cinéma horrifique via Hellraiser 4 (1996) et Phantoms (1994), avant d'obliquer vers les téléfilms et les séries télévisées ; notamment Les Experts à Miami (2002 - 2012) et Fringe (2008 - 2012).

Autant l'annoncer sans ambages. Halloween 6 est souvent considéré comme le pire épisode de la franchise, une gloriole éhontée qu'il partage avec Halloween - Resurrection (Rick Rosenthal, 2002). Vers l'orée des années 1990, le grimaud Daniel Farrands griffonne de multiples scénarii qui ont pour velléité d'explorer les zones d'ombre d'Halloween 5. La franchise, alors en déliquescence, est rachetée par la firme Miramax. Spécieux, les producteurs optent pour l'intitulé Halloween 666 : The Origin of Michael Myers, avant de se rétracter pour Halloween : The Curse of Michael Myers, soit l'intitulé anglicisé du film. Faute de budget, Daniels Farrands est sommé de réviser sa copie.
Le script du cacographe est tronqué de sa substance primordiale, au grand désarroi de ce dernier. 
Bien conscient de l'inanité et de la vacuité du montage final, Joe Chappelle s'attelle à rajouter de nouvelles séquences. 

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De facto, il existe alors différentes versions de ce slasher galvaudé dès sa genèse. Halloween 6 : The Director's Cut, Halloween 6 : The Producer's Cut, Halloween 6 : The Rough Cut et Halloween 6 : The TV Cut agrègent quelques saynètes supplémentaires, une façon comme une autre de rattraper cette débâcle artistique. Le fiasco sera également commercial et la saga perdra de sa verve et de sa superbe, jusqu'à disparaître dans les tréfonds de la désuétude pendant sept longues années. Contre toute attente, la censure n'épargne pas ce sixième volet.
Si en France, Halloween 6 n'écope que d'une interdiction aux moins de 12 ans, aux Etats-Unis, le film est auréolé par la mention R-restricted, soit une interdiction aux moins de 16 ans chez nous ; ce qui atténue encore davantage l'impact du film lors de son exploitation au box-office et sur la scène internationale.

Reste à savoir si Halloween 6 - La Malédiction de Michael Myers mérite de telles saillies et de telles acrimonies. Malencontreusement, la réponse est positive. Plus qu'une malédiction, c'est plutôt le terme de "martyr" qui sied le mieux à cette production dispendieuse et aventureuse. Toujours en disgrâce, ce slasher marque la dernière apparition au cinéma de Donald Pleasence dans le rôle du Docteur Loomis, le psychiatre de Michael Myers. Juste après la fin du tournage, le comédien meurt d'une insuffisance cardiaque et laisse derrière lui une franchise atone et orpheline...
Bien triste épitaphe en l'occurrence... Hormis l'acteur, la distribution de ce sixième chapitre se compose de Paul Rudd, George P. Wilbur, Marianne Hagan, Devin Gardner, Mitch Ryan, Kim Darby, J.C. Brandy et Mariah O'Brien.

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Attention, SPOILERS ! (1) Le 30 octobre 1995, six ans après s’être évadé d’un commissariat de police grâce à l’intervention d’un mystérieux homme en noir le 31 octobre 1989, Michael Myers est retenu en otage par une secte, tout comme sa nièce Jamie Lloyd, 15 ans. Celle-ci vient de mettre au monde son enfant que la secte compte sacrifier. Elle réussit à s’échapper avec son bébé mais est tuée par Michael Myers. Pendant ce temps, Haddonfield se prépare à passer un 31 octobre en délaissant Halloween, fête sur laquelle plane l’ombre menaçante de Michael.
Les Strode ont emménagé dans la maison des Myers. Tommy Doyle (le garçon que Laurie gardait dans le premier Halloween) maintenant adulte, Kara Strode et son fils Danny, étudient une ancienne malédiction qui semble planer sur ce dernier.

Le docteur Loomis sort quant à lui de sa retraite pour traquer à nouveau le tueur d'Halloween. Le temps presse d'ailleurs, car après le meurtre de Jamie, la colère de Myers ne fait que croître. Tous les innocents qui croiseront la route du tueur au masque, comme la famille Strode et surtout, les membres de la secte qui l'ont gardés prisonniers vont devoir affronter la mort (1). Naguère flamboyant, Michael Myers n'est plus que l'ombre décharnée de lui-même. Dès le préambule liminaire, le ton est donné et agencé, comme si le film suintait, dès le départ, la modicité. Michael Myers est récupéré par une secte démoniaque, puis dépêché par cette dernière pour commettre un nouveau massacre.
On imagine sans peine les cris d'orfraie de John Carpenter devant cette nouvelle forfaiture ! Depuis Halloween 4, la saga tournicote sur elle-même et ne parvient même plus à duper un public désormais circonspect.

Faute de moyens, Halloween 6 fait office de téléfilm qui pâtit d'une mise en scène sporadique. En outre, Joe Chappelle lui-même se récusera pour ce travail anomique. Indiscutablement, ce dernier n'est pas le metteur en scène idoine pour faire renaître un croquemitaine curieusement amorphe. Si Michael Myers se montre toujours aussi philanthrope lorsqu'il s'agit d'assaillir et d'estamper ses victimes, la majorité des séquences de meurtre se déroulent dans la pénombre la plus totale. Faute d'idées et de réelles arguties dans sa besace, Halloween 6 explore les ombres alambiquées de ses homologues. De facto, cette sixième prévarication sur pellicule ressemble un peu à tout, mais surtout à rien !
Disséminé de bout en bout, Halloween 6 ne possède même pas le charme d'un bon vieux nanar. On aimerait se gausser de ce slasher fuligineux et amphigourique. 
Hélas, entre une interprétation indigente, une réalisation au mieux approximative et un croquemitaine indigent, Halloween 6 s'apparente davantage à un gros "naveton" avarié. Toutes les carences du film sont, in fine, intrinsèques au projet initial ; incessamment galvaudé par des producteurs factieux et fallacieux. Vous l'avez donc compris. Mieux vaut se dispenser de cet Halloween 6 calamiteux.
Pour les louangeurs de la franchise, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 2000 pour revoir une once de luminescence, via le Halloween éponyme (2007) de Rob Zombie.

 

Côte : Navet

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween_6

 

sparklehorse2 Alice In Oliver