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Genre : Drame, thriller, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 2000

Durée : 1h50

 

Synopsis :

À la suite d'une fusillade dans la Zone Commune de Sécurité séparant les deux Corées, deux soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts. Cette affaire donne lieu à un incident diplomatique majeur entre les deux pays. Afin que la situation ne dégénère pas, une jeune enquêtrice suisse est chargée de mener les auditions des soldats qui étaient en poste... Elle se rend très vite compte que les divers témoignages rendent l’enquête complètement indémêlable… Que s’est-il vraiment passé, ce soir-là, entre les soldats des deux Corées, dans la Zone Commune de Sécurité ?

 

La critique :

Effectivement, vous l’aurez aisément deviné mais le cinéma asiatique a le vent en poupe chez moi pour l’instant. Entre la Cat III et la Nouvelle Vague japonaise, nos chers amis d’Asie n’en finissent pas de sublimer le catalogue de Cinéma Choc à leur manière. Optant pour une violence absurde, le WTF de grande envergure ou le drame torturé, chaque lecteur est susceptible de trouver son bonheur. Mais si la Chine et le Japon sont les indéniables stars, cela serait fort malhonnête que d’occulter la Corée du Sud, qui voit ses films emblématiques être chroniqués à intervalles plus ou moins réguliers, depuis les premiers balbutiements du site. Je ferai l’impasse sur la citation de tous les noms sans quoi il faudrait accorder un gros paragraphe en plus à la chronique. De manière générale, nous pouvons dire, avec circonspection de mise, que les grands cinéastes coréens ont été abordé au moins une fois. Seul, peut-être, Song Sang-soo n’a pas bénéficié de nos faveurs pour des raisons évidentes.

Et c’est à Park Chan-wook que revient le privilège de faire son retour pour une 3ème fois sur le site après la chronique de l’excellent Old Boy de notre illustre démiurge Alice In Oliver et de Thirst, ceci est mon sang, traité par moi-même, qui m’avait un peu laissé sur la faim. Je désintègre alors votre espoir de voir enfin les autres segments de sa fameuse trilogie de la vengeance (mais pas d’inquiétude là-dessus car Alice In Oliver vous a concocté un savoureux billet à venir sur Lady Vengeance) car c’est sur son premier long-métrage d’importance que je vais me focaliser. A cette époque, le réalisateur sortait de débuts décevants d’un point de vue succès commercial.
La foule ne s’intéressait pas à ses projets et il craignait de devoir renoncer à sa carrière. C’est sans compter sur la société de production Myung Films le contactant pour adapter le roman DMZ de Park Sang-yun que la sortie du tunnel se fera. Joint Security Area naquit et le sauva en l’élevant parmi les éléments prometteurs du cinéma coréen. Sa trilogie de la vengeance (et surtout Old Boy) contribuera à l’élever au rang de cinéaste majeur de son pays. Hissé parmi les grands classiques de la Corée du Sud, il ne pouvait en être autrement que de le voir débarquer un jour ou l’autre sur le blog.

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ATTENTION SPOILERS : À la suite d'une fusillade dans la Zone Commune de Sécurité séparant les deux Corées, deux soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts. Cette affaire donne lieu à un incident diplomatique majeur entre les deux pays. Afin que la situation ne dégénère pas, une jeune enquêtrice suisse est chargée de mener les auditions des soldats qui étaient en poste... Elle se rend très vite compte que les divers témoignages rendent l’enquête complètement indémêlable… Que s’est-il vraiment passé, ce soir-là, entre les soldats des deux Corées, dans la Zone Commune de Sécurité ?

Avant toute chose, il faut clarifier le point sur la situation géopolitique de l’époque. La sortie de Joint Security Area coïncidait avec un contexte de détente entre les deux Corée symbolisé par un sommet à Pyongyang entre les deux dirigeants des pays. Le réalisateur affirmait qu’il aurait été impossible de réaliser ce métrage 10 ans plus tôt en raison de la censure et des tensions trop vives et ce pour une raison évidente que nous allons voir juste en-dessous. Disposant d’un budget très confortable, l’un des plus gros du cinéma coréen pour tout dire, le film se solde par une énorme réussite commerciale où il cumule plusieurs millions d’entrées d’abord dans son pays natal puis au niveau mondial où il se distingue dans de nombreux festivals où il remporta de nombreux prix.
Il est alors cité comme le deuxième plus gros succès de l’histoire du cinéma coréen. Réputé pour être engagé à gauche, ce qui lui vaudra d’être secrètement surveillé, ses ambitions n’étaient pas du tout de diaboliser les « ennemis » de la République façon tirade propagandiste grossière. Bien au contraire !

Joint Security Area est le tout premier film coréen à ne pas considérer les deux pays comme radicalement ennemis. S’il plane évidemment une atmosphère de rejet et d’hostilité entre les deux bureaucraties, celles-ci seront occultées pour ne s’intéresser qu’à quelques personnages. Ainsi, la narration de JSA est éclatée en suivant deux périodes. La première est l’événement actuel. Une fusillade a eu lieu dans la ZCS et deux nord-coréens sont morts. Pour freiner cet incident diplomatique, une commission de supervision des nations neutres, composée de la Suède et de la Suisse, est créée pour faire la lumière sur cette triste affaire et apaiser les tensions.
Le Major Sophie Jean est chargée d’une enquête déjà bien enclenchée. En effet, le suspect principal s’est rendu et a avoué. Son coéquipier est aussi de la partie mais tous les deux sont en état de choc. Pour le Major, la question n’est pas de savoir qui a tiré mais pourquoi la première balle a été éjectée. En parallèle à tout cela, des flashbacks reviennent sur les circonstances de ce drame.

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Au beau milieu de ce bourbier, quatre hommes de deux pays que tout oppose vont finir par faire connaissance, nouer des liens et tisser une véritable amitié à l’abri des regards indiscrets. Ils se rejoignent en effet la nuit pour jouer aux cartes, fumer, boire et discuter dans la joie et la bonne humeur. Pas de bons ni de méchants mais juste des hommes simples cherchant à connaître l’autre sans nécessairement porter de jugements condescendants. Park Chan-wook éloigne volontairement les conflits politiques et sociaux pour ne se centrer que sur les rapports inter-individuels.
Une dimension anthropologique en ressort très nettement où endoctrinement pro-Sud/anti-Nord est écarté pour ne laisser place qu’à la pure neutralité, une objectivité sans faille amenant à poser un regard amer sur la Corée du Sud, bien loin de l’éthique parfaite que certaines personnes peu scrupuleuses vantent. Le Major sera la détentrice de l’impartialité, l’œil neutre malmené par les nombreux facteurs socio-politiques mis en jeu.

Son travail germe sur une insouciance qui a mal tourné et a conduit à ce que deux hommes perdent la vie. Mais avec du recul, ce ne sont pas eux les véritables responsables de ce carnage mais bien les gouvernements se vouant une hostilité absurde qui en est devenu banalisée. Aliénés par la propagande anticommuniste ou anticapitalisme, les soldats en viennent à perdre leur empathie envers leurs anciens frères historiques. Même dans la bonne entente, la peur est palpable et nous en aurons le brillant exemple ici présent. Joint Security Area est définitivement un brûlot incendiaire envers la situation que vivent les deux Corée courant après des chimères.
Une situation qui n’entraîne dans son sillage que la souffrance, l’isolement et la peur. Autant dire que le long-métrage, sous sa supposée simplicité, marque et se montre beaucoup plus malin qu’il n’en a l’air en contant le destin d’hommes qui sont nés simplement du mauvais côté de la frontière et qui auraient pu être amis dans la vraie vie, à la lumière éclatante. Bien que la mise en scène ne soit pas un exemple d’intensité, le film parvient à suffisamment susciter l’intérêt du cinéphile en le prenant à la gorge, traversé par toute une batterie d’émotions dont la prédominante n’est que la déception. Déception d’autant plus grande quand nous savons comment les thrillers coréens se finissent (SPOIL : tout sauf en happy-end).

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On pourra aussi se permettre de dire que l’image, à défaut d’être resplendissante, est tout à fait correcte en qualité. Les plans sur la fameuse Ligne de Démarcation Militaire (ou 38ème parallèle) ou la nature environnante sont de toute beauté. On remarquera vite les gros plans sur le visage des personnages traduisant leurs émotions à l’instant fatidique. Procédé qui n’en sera que plus riche en puissance durant les moments de tension. La bande son est propre sans être exceptionnelle. Et pour ce qui est des acteurs, on verse dans le très bon. Les amateurs seront ravis de voir le très grand Song Kang-ho camper à merveille un sergent nord-coréen.
Mais pas que car Lee Byung-hun est aussi de la partie en tant que héros principal en arborant les traits d’un sergent sud-coréen. A ce casting en béton armé se rajoute Lee Young-ae que Park Chan-wook retrouvera 5 ans plus tard dans Lady Vengeance. Les comédiens mineurs (Kim Tae-woo et Shin Ha-kyun) ne démériteront pas dans leur jeu plus que convaincant.

Pour ne rien changer, la Corée du Sud réalise un très bon long-métrage sous toutes les coutures. D’une remarquable complexité où nous retrouvons une dimension politique tenace, c’est une enquête faussement rudimentaire lorgnant plus dans l’insidieux que nous vivons. Tout cela n’est pourtant que peu de choses face à un Joint Security Area se définissant avant tout comme un authentique drame humain accusant les maux de la guerre, la déshumanisation et l’incommunicabilité en résultant. C’est un appel à la réconciliation entre les peuples qui prouve au fond que les coréens du Sud semblent en avoir marre de cette situation et que tout ce qu’ils désirent est de retrouver la sérénité et peut-être même la paix avec leurs voisins pour bâtir une Corée fondée sur l’unicité.
Une envie s’apparentant bien plus à l’utopie quand nous songeons à toutes les impasses que vivent encore ces deux pays. Là n’est pas l’objectif de cette chronique d’accuser l’un ou l’autre mais de rejoindre ceux qui espèrent que ces incessantes discordes finiront par devenir de l’histoire ancienne.

 

Note : 16/20

 

 

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